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Construction Navale

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Saint-Nazaire : Les chantiers repris à 100% par l’Etat  

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Comme prévu, la France, via l’Agence des Participations de l’Etat, a acquis les parts que le groupe sud-coréen STX Offshore & Shuipbuilding détenait dans les chantiers nazairiens depuis 2008. Ces 66.66% s’ajoutent aux 33.34% que l’APE possédait déjà. L’opération, qui devait initialement intervenir au plus tard le 29 juin, a été reportée de quelques jours pour des questions techniques liées à la transaction financière, le rachat étant officiellement acté mercredi 11 juillet.

L’Etat ne restera pas à 100% au capital de STX France et va rapidement céder une partie de ses parts à Naval Group, aux salariés et à une vingtaine d’entreprises sous-traitantes réunies au sein d’une société commune, COFIPME. Ces trois nouveaux actionnaires devraient respectivement prendre autour de 11.7%, 2.4% et 1.6%. Il conviendra notamment de voir si, éventuellement, la participation salariale est légèrement augmentée, l’appel à souscription ayant rencontré un fort succès puisque 57% des personnels ont répondu favorablement à cette opportunité. « Cela montre que les salariés ont confiance en leur entreprise », se félicite-t-on à la CFDT.

La semaine prochaine, la page de STX sera définitivement tournée avec un symbole, le changement de nom, Saint-Nazaire redevenant Chantiers de l’Atlantique. Une décision qui devrait être actée mardi lors d’une assemblée générale des actionnaires.

Reste maintenant la question principale : combien de temps la nationalisation temporaire va-t-elle durer ? La prochaine étape doit voir l’Etat céder 50% des parts au groupe public italien Fincantieri pour un montant de 59.7 millions d’euros. L’APE doit garder en définitive 33.34%, le 1% supplémentaire étant prêté à Fincantieri pour une période de 12 ans, avec option d’achat à terme. Cela doit permettre au constructeur italien de disposer de la majorité absolue. Celle-ci est cependant assortie de toute une batterie de conditions et garanties qui seront inscrites dans le futur pacte d’actionnaires. Elles toucheront notamment au maintien de l’activité, de la diversification (du moins dans les énergies marines et l’offshore), des emplois et des investissements pour la modernisation du site, ou encore à la sauvegarde des bureaux d’études et du savoir-faire pour éviter une fuite vers un pays tiers … Et si Fincantieri ne respecte pas ses engagements, la France reprendra son fameux %, tout en conservant un droit de préemption sur les parts italiennes en cas de nouvelle cession. Une clause de revoyure est prévue, afin de contrôler régulièrement le respect des engagements pris par les Italiens. Ces contrôles seront effectués au bout de 2, 5, 8 et 12 ans. 

Selon les accords franco-italiens de septembre 2017, la vente à Fincantieri devait se dérouler extrêmement rapidement, ce qui ne sera finalement pas le cas. Lors de sa venue à Saint-Nazaire le 14 juin dernier, le ministre français de l’Economie, Bruno Lemaire, a affirmé sa volonté d’aboutir à la mise en œuvre de l’accord. Mais cela ne devrait pas se faire, au mieux, avant l’automne. Raison invoquée : l’attente du feu vert des autorités européennes de la concurrence ainsi que l’avis de commissions indépendantes en France et en Allemagne. Un délai qui permet opportunément au gouvernement français de se donner un peu plus de temps, notamment pour voir l’évolution de la situation politique et financière de l’Italie, ainsi que l’avancée ou non du projet d’alliance dans le naval militaire entre Fincantieri et Naval Group. Un projet sous l’ombrelle duquel on se souvient que la France avait accepté la reprise de Saint-Nazaire par les Italiens, mais qui se révèle finalement beaucoup plus complexe que prévu.

Quoiqu’il en soit, après plusieurs années d’incertitude et de craintes, la France vient d’atteindre ce qui constituait ces derniers mois son objectif prioritaire : sortir les Coréens de Saint-Nazaire et prendre le contrôle du chantier. Ce qui lui permet maintenant d’avoir les coudées franches pour gérer au mieux les intérêts et l’avenir de l’entreprise.

 

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)