Construction Navale
Saint-Nazaire : Les chantiers tentent d'éviter le naufrage

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Saint-Nazaire : Les chantiers tentent d'éviter le naufrage

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Faute de nouvelles commandes, les salariés des chantiers de Saint-Nazaire commencent sérieusement à s'inquiéter pour l'avenir du site. Face à la baisse d'activité, jusqu'au printemps, STX France est parvenu à éviter les mesures de chômage partiel via des redéploiements et formations. Mais cette politique, qui n'a pas été sans conséquence pour la sous-traitance, trouve aujourd'hui ses limites. Les trois paquebots actuellement en construction voient la date de leur achèvement avancer rapidement. L'un d'eux sera parti début juillet et les deux autres quitteront l'estuaire de la Loire d'ici la fin mai 2010. Derrière ? Pour le moment rien, ou presque. Et c'est bien le problème puisque, au fil de l'état d'avancement des coques, les équipes passent normalement d'un navire à l'autre. « Aujourd'hui, ce sont des centaines de salariés locaux qui sont menacés par la perte de leur emploi. Imaginons ce qui va se passer dans quelques jours quand le MSC Splendida quittera les Chantiers, c'est près de 700 emplois qui seront directement touchés ! », s'inquiète la CGT. L'Etat a bien commandé un Bâtiment de Projection et de Commandement, pour lequel l'usinage des premières tôles est intervenu le mois dernier. Mais ce contrat ne représente que 20% de la charge annuelle du site. Aussi, alors que l'assemblage du dernier paquebot inscrit au carnet de commandes vient de s'achever, cet été, un millier de salariés de STX devrait connaître le chômage partiel. Et cela pourrait, ou devrait, s'aggraver à l'automne.

MSC : Seule bouée de sauvetage

C'est pourquoi les syndicats sonnent d'alarme, à commencer par la CGT. « L'urgence s'impose pour la prise de commandes, notamment celle avec MSC où le projet de deux navires demeure d'actualité. Le feuilleton concernant cette affaire doit aller au-delà des épisodes de communication. Le projet d'un car-ferry pour la Brittany Ferries doit être pris avec la plus haute considération pour être construit à St Nazaire », affirme le syndicat.
Le projet le plus « chaud » est celui des deux nouveaux paquebots pour MSC Croisières. Coût estimé : Entre 800 millions et un milliard d'euros environ. L'armateur italo-suisse avait annoncé la construction de ces bateaux à l'été 2008, avant de les mettre au conditionnel en décembre dernier. Motif ? La volonté de renégocier les prix avec les chantiers, notamment suite à la baisse du prix des matières premières. Six mois sont bientôt passés et la commande tant attendue, portant sur deux unités dérivées des Fantasia, n'est toujours pas intervenue. Et, dans le contexte économique actuel, aucun autre contrat avec la croisière est attendu à court termes. Les nouveaux MSC sont donc bel et bien vitaux, faute de quoi, on n'ose imaginer l'avenir de l'entreprise. Plus un paquebot en construction à Saint-Nazaire partir de mai 2010 ? Impensable. Ou, plutôt, impossible. Même si l'Etat se décidait, par miracle, à commander le second porte-avions de la Marine nationale, il serait trop tard. Car, avant de lancer la réalisation d'un tel bâtiment, une grosse année d'études serait dans le meilleur des cas nécessaire.

Financements : La CGT demande à l'Etat de trouver une solution

Dans l'attente, la région nazairienne, l'emploi local et les compétences seraient « saignés à blanc », pour reprendre les termes d'un syndicaliste, certes imagés, mais objectivement réalistes. « Sortir du naufrage que l'on nous propose passe impérativement par la conclusion de ces commandes MSC. Les conditions commerciales ne sont pas réunies, nous dit-on ! L'armateur et la direction des Chantiers ne semblent pas trouver d'accord sur le prix », explique la CGT. La Confédération en appelle donc à l'Etat, qui possède 33.34% de STX France (49.9% si l'on ajoute les parts d'Alstom). « L'Etat doit, en tant qu'actionnaire, se positionner rapidement pour apporter une solution sur le plan financier dans le but de concrétiser ces commandes. Une réelle volonté politique pour notre industrie doit être démontrée ». S'ils sont commandés, les deux navires, dérivés du MSC Splendida, permettraient d'assurer de la charge jusqu'en 2012. D'ici là, on peut espérer que l'économie se soit relevée et qu'une nouvelle vague de commandes intervienne dans l'industrie de la croisière, où les investissements sont pour le moment en sommeil.
Pour mémoire, STX France compte 2500 salariés, auxquels il faut ajouter 4800 sous-traitants travaillant sur le site. En 2002, le constructeur employait 13.000 personnes, dont environ 5000 en interne.
Afin de défendre l'emploi, les salariés des chantiers et de leurs fournisseurs sont appelés à manifester le 13 juin.

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