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Saint-Nazaire : Les Italiens n’auraient mis que 80 millions sur la table
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Saint-Nazaire : Les Italiens n’auraient mis que 80 millions sur la table

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La somme serait encore moins importante qu’évoquée fin décembre. L’offre déposée par Fincantieri devant le tribunal de Séoul pour la reprise des 66.6% détenus dans les chantiers nazairiens par le groupe STX Offshore & Shipbuilding ne serait pas d’une centaine de millions d’euros, mais de seulement 80 millions, a-t-on appris auprès de sources sud-coréennes proches du dossier. Un montant très faible qui n’est pas sans rappeler celui qu’avait déboursé en 2006 le Norvégien Aker Yards pour s’offrir 75% des anciens chantiers de l’Atlantique, dans une situation alors délicate et cédés par Alstom pour 50 petits millions d’euros. Entretemps, la situation a pourtant bien changé. Le constructeur français, une décennie plus tard, est en pleine forme. Certes, la rentabilité de la navale demeure très faible mais la société est bénéficiaire et la visibilité de son carnet de commandes s’étend sur 10 ans dans le domaine de la croisière (14 paquebots prévus d’ici 2026, et d’autres à venir). De plus, STX France poursuit avec succès sa politique de diversification vers des secteurs plus profitables, comme les énergies marines et les services, qui représentent désormais autour de 20% de son chiffre d’affaires.

Dans ces conditions, comment expliquer que le prix proposé par Fincantieri soit si bas, alors même que l’on craignait une âpre bataille pour la reprise de Saint-Nazaire. Avec, à la clé, des sommes susceptibles d’atteindre des sommets, en clair des propositions s’élevant à plusieurs centaines de millions d’euros ?  

D’abord, il n’y a finalement pas eu bataille. Les candidats asiatiques potentiels, à commencer par Genting (qui a déboursé cette année 230 millions pour s’offrir les chantiers allemands Nordic Yards, devenus MV Werften) ont finalement renoncé à déposer des offres, qui auraient sans nul doute été très élevées. Seul le mystérieux fonds sino-britannique PHHM aurait fait une proposition au tribunal, qui ne l’a finalement pas sélectionnée bien qu’elle soit apparemment nettement plus importante que celle des Italiens. Quant au consortium emmené par Damen et comprenant les armateurs RCCL et MSC, les deux principaux clients des chantiers français, il a volé en éclat au dernier moment pour des raisons qui ne sont pas encore très claires. Or, si les trois anciens partenaires avaient été jusqu’au bout, leur mise aurait été sans nul doute plus importante que celle de Fincantieri.

De là, on peut légitimement se demander si le groupe italien croyait réellement en ses chances, sachant que le trio Damen/RCCL/MSC bénéficiait d’un large soutien en France. Il y a trois possibilités : soit Fincantieri n’avait pas les réserves financières pour aller au-delà des 80 millions, soit il savait d’une manière ou d’une autre qu’il était finalement seul en lice, l’incitant à baisser son prix mais en prenant alors un risque non négligeable, ou bien il n’escomptait pas emporter la partie et postulait simplement pour la forme, éventuellement, dans le but de recueillir des informations supplémentaires sur son concurrent tricolore. Il se serait alors contenté d’un prix « plancher ».

Quoiqu’il en soit, les Italiens ont volontairement ou non joué une partie magistrale et sont aujourd’hui en mesure de s’offrir Saint-Nazaire pour un prix défiant toute concurrence. Du grand art, ou un sacré coup de chance.

 

Fincantieri Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)