Construction Navale
Saint-Nazaire : Les salariés des chantiers n'éviteront pas le chômage partiel

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Saint-Nazaire : Les salariés des chantiers n'éviteront pas le chômage partiel

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Si STX France, en manque de commandes, est parvenu jusqu'ici à éviter le recours au chômage partiel grâce aux redéploiements de personnels et aux formations, ces solutions vont rapidement trouver leurs limites. Cet été, c'est un millier de salarié des chantiers de Saint-Nazaire qui devrait être obligés d'arrêter de travailler. En comité d'entreprise, la direction a fait le point, en fin de semaine dernière, sur une situation plutôt inquiétante. « Avec les navires en cours qui s'achèvent, cela va être de plus en plus dur de redéployer les personnels et d'envoyer les gens en formation », s'inquiète un responsable syndical. Pour la direction de la fabrication, dont l'activité va du parc à tôle au montage (soit 944 personnes dont 813 ouvriers), quelques 50.000 heures chômées seraient imposées d'ici la fin août. Cela équivaudrait à environ 8 jours chômés par salarié. Quelques 700 personnels ont bénéficié de la formation « LEAN », sur le suivi de la production et l'amélioration de la production. Mais cette formation, d'une durée de 7 jours (soit une semaine et demie), se terminera en juin. Pour la période qui suit les vacances d'été, les syndicats ne semblent pas très optimistes. Ils attendent les prévisions pour septembre et octobre, que la direction ne devrait finalement pas donner au cours du CE du 28 mai.

Les derniers bateaux partent et le BPC fait office de goutte d'eau

Depuis l'hiver dernier, STX France, en mal de commandes, a redéployé les équipes de ses services en sous-charge vers sa filiale spécialisée dans la production des cabines et sur l'armement des navires. Cette solution, qui a permis d'éviter le chômage partiel aux salariés des chantiers (près de 3000 personnes), s'est néanmoins faite au détriment des coréalisateurs. Ainsi, des sous-traitants n'ont pas vu leurs contrats renouvelés, pour laisser la place aux personnels de STX. Ayant bien fonctionné pendant plusieurs mois, ce dispositif va devenir progressivement inefficace avec l'achèvement des derniers paquebots inscrits dans le carnet de commandes. Le plus avancé, le MSC Splendida (1647 cabines), débutera demain ses essais en mer et quittera Saint-Nazaire le 4 juillet. Que faire des personnels de la direction industrielle travaillant sur ce navire, soit 90 techniciens et agents de maîtrise ? Un tiers d'entre eux devrait être redéployé et, pour deux autres tiers, 10 jours de chômage partiel d'ici la fin août seraient prévus.
En septembre, les tôles du Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC), commandé le mois dernier par le ministère de la Défense, arriveront en préfabrication. Une petite bouffée d'oxygène qui permet de relancer la production (l'usinage a débuté le 6 mai), mais qui sera très loin d'alimenter les besoins de la machine nazairienne (le BPC ne représente que 20% de la charge annuelle du chantier).

MSC : La dernière chance

Au premier semestre 2010, les deux derniers paquebots nazairiens seront achevés. Le MSC Magnifica (1275 cabines) sera livré en mars et le Norwegian Epic en mai. D'ici là, la situation s'aggravera progressivement, non seulement pour STX, mais aussi pour les centaines d'entreprises sous-traitantes gravitant autour. Dans ce contexte, le chantier n'a pas d'alternative : il faut, à tout prix, décrocher de nouvelles commandes. Seulement voilà, les opportunités à court terme sont très peu nombreuses. Côté militaire, il y a le quatrième BPC de la série mais, s'il est lancé, comme son aîné, il ne sera pas suffisant pour sauver le plan de charge. Seule la construction du second porte-avions, représentant plus de deux années pleines de travail, serait efficace. Mais l'Etat refuse obstinément, pour le moment, de notifier ce programme, dont le coût n'équivaut pourtant « qu'à » 10% des sommes engagées en 2009 dans le cadre du plan de relance de l'économie (somme qui serait étalée sur les 7 années du programme). On notera que la réalisation du PA2 ne pourrait pas intervenir immédiatement, une période assez longue d'études restant à effectuer.
Il ne reste donc, comme gros client potentiel, que le milieu de la croisière. Or, cette industrie est des plus prudentes actuellement. En pleine crise économique, les compagnies doivent en effet digérer les nombreux navires commandés ces dernières années, et qui arrivent au stade de la livraison (34 unités doivent entrer en service d'ici 2012). Aucun projet ne semble en mesure de voir le jour rapidement, à l'exception des deux nouveaux paquebots (dérivés des Fantasia et Splendida) annoncés l'an dernier par MSC Croisières. Le principal client de STX France avait annoncé en décembre dernier son souhait de renégocier les prix. Les discussions avec le chantier et les banques se poursuivent, STX n'étant évidemment pas en position de force. A défaut d'un miracle, si ces deux bateaux sont abandonnés, on imagine mal comment Saint-Nazaire pourrait passer l'année 2010...

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