Construction Navale
Saint-Nazaire : L'Etat dans le capital des chantiers avant la fin décembre

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Saint-Nazaire : L'Etat dans le capital des chantiers avant la fin décembre

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Après le rachat du groupe norvégien Aker Yards par le Sud-coréen STX Shipbuilding les cinq organisations syndicales des chantiers navals de Saint-Nazaire et Lorient ont été reçues, hier, au ministère de l'Economie et des Finances. Les conseillers de Christine Lagarde ont indiqué que l'Etat devrait entrer, d'ici le 31 décembre, à hauteur de 9% dans le capital Aker Yards France, filiale tricolore d'Aker Yards. Toutefois, cette prise de participation reste soumise à une évaluation d'experts de STX et de l'Etat, permettant de valoriser ces 9% (en clair, combien l'Etat devra débourser pour entrer dans la société). Il faudra, en outre, que l'accord franco-coréen soit validé par le conseil d'administration Aker Yards Europe (STX Europe à partir du 3 novembre), ce qui n'est pas encore le cas.
Lors de sa visite à Saint-Nazaire, le 5 septembre dernier, Nicolas Sarkozy s'était engagé à ce que les syndicats, sous le sceau de la confidentialité, aient accès au texte de l'accord. « La communication de cet accord faisait partie des engagements du Président de la République, mais il ne nous à pas été montré lors de cette réunion. Tout au plus son contenu nous a été précisé et commenté », regrette-t-on à la CFE-CGC. La CFDT, également « déçue », précise qu'il « faudra attendre l'aval du conseil d'administration d'Aker Yards Europe pour en disposer ».

Concurrence : La « paix » durant 10 à 18 ans

Bercy a néanmoins communiqué aux représentants du personnel, oralement, l'esprit de l'accord. « STX reconnaît AY France : Comme une partie fondamentale de sa stratégie qu'elle s'engage à maintenir, étendre et développer. Comme un chantier de classe mondiale, capable de se développer, et déclare vouloir maintenir la capacité, développer le savoir faire, et assurer la sécurité et la confidentialité de celui-ci », explique la CFE-CGC. L'un des points les plus importants était, par ailleurs, la durée pendant laquelle STX s'engageait à ne pas concurrencer la construction de paquebot hors de l'espace économique européen. Cet engagement porte sur une période de 10 ans, renouvelable sur 8 ans supplémentaire sur simple demande d'une des parties. L'Etat disposera d'un représentant au conseil d'administration de STX France et d'un droit de véto sur certaines décisions (nomination du management, fermeture d sites...), dont le détail n'est pas encore connu. Des rencontres régulières sont par ailleurs prévues pour que le gouvernement soit informé de la stratégie du groupe.
Concernant la montée dans le capital de l'Etat, ce dernier disposera d'un droit de préemption sur les 25% encore détenus par Alstom dans Aker/STX France et qui doivent être cédés en 2010. Les modalités de cette opération ne sont toutefois pas encore fixées.

Les syndicats mitigés

Pour la CFE-CGC, cet accord « tel qu'il est décrit pourrait constituer une certaine protection de l'activité de St Nazaire et Lorient, mais un accord ne vaut que si il est défendu, et la première condition est que l'Etat entre effectivement dans le capital d'AY France ce qui n'est pas encore le cas ». A la CFDT, les sentiments sont également mitigés. « D'un côté la satisfaction de voir les services de l'état toujours très concernés et des garanties intéressantes contenues dans le protocole d'accord (le seul existant en Europe !). Mais avec d'un autre côté la déception de ne pas voir l'application effective de l'accord avec une attente possible jusqu'au 31/12/08 et le regret de voir des engagements pris par le Président de la République, face aux salariés le 05 septembre dernier, non tenus à ce jour ». Les assurances de Bercy et les 10 ans de non-concurrence n'ont pas convaincu la CGT. « Nous faisons le constat que le clou est enfoncé pour délocaliser notre activité, aucune garantie sur le long terme », explique le syndicat. Très inquiet également, Force Ouvrière réclame la nationalisation totale des chantiers et l'étude d'un rapprochement avec DCNS.
Pour mémoire, STX détient désormais plus de 92% d'Aker Yards. Le groupe, qui compte une quinzaine de chantiers, principalement en Europe, avait repris les ex-Chantiers de l'Atlantique (Alstom Marine) en 2006. Saint-Nazaire et Lorient sont rattachés à la branche Cruise & Ferries d'Aker, qui regroupe également les sites finlandais de Turku (paquebots), Rauma et Helsinki (ferries).
En France, Aker emploie près de 2700 personnes et, suivant les cycles d'activité, de 3000 à 6000 sous-traitants.

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)