Construction Navale
Saint-Nazaire met à l’eau un nouveau géant

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Saint-Nazaire met à l’eau un nouveau géant

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Moins de 10 mois après sa mise sur cale, le paquebot MSC Meraviglia est sorti samedi, au petit matin, de son berceau au chantier STX France. Le navire de 315.8 mètres de long pour 43 mètres de large à la flottaison (51.8 au niveau des superstructures) avait été mis à l’eau dans la nuit après le remplissage de la forme B, débuté peu après 18 heures, la veille, à l'issue d'une cérémonie organisée par MSC Cruises. La compagnie italo-suisse, qui voit là son 13ème paquebot naître à Saint-Nazaire, avait réuni une centaine d'invités au pied du géant, où des salariés du chantier se sont joints à la fête avant la délicate opération de sortie.  

 

Dans la forme B vendredi après-midi (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Dans la forme B vendredi après-midi (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Celle-ci a débuté à 6H30 du matin. Assisté par 7 remorqueurs, le MSC Meraviglia a lentement manœuvré dans l’estuaire de la Loire alors que le soleil n’était pas encore levé. Une première navigation de courte durée pour réaliser un trajet de quelques centaines de mètres et rejoindre le bassin C, gigantesque forme de 450 mètres de long pour 90 mètres de large où son armement va se poursuivre à flot. C'est également là que les cheminées, dont la partie supérieure était trop haute pour être montée dans le forme de construction, seront achevées. 

 

6H30 samedi, la manoeuvre de sortie de la forme débute (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

6H30 samedi, la manoeuvre de sortie de la forme débute (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Première navigation dans l'estuaire de la Loire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Première navigation dans l'estuaire de la Loire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le « E34 », comme on l’appelle à Saint-Nazaire, a été amarré proue vers la terre. Une position habituelle pour les navires achevés ici, dictée par des questions de tirant d’eau (l’avant est généralement moins enfoncé que l’arrière) et des considérations techniques relatives aux essais. Avant les sorties en mer, il faut en effet mettre progressivement en service la partie énergie/propulsion et réaliser les premiers tests des machines, y compris en faisant tourner les hélices, ce qui est possible avec un navire dont la poupe est dirigée vers la sortie du bassin.

 

L'assemblage du MSC Meraviglia (© STX FRANCE)

 

Une construction très rapide

La découpe de la première tôle de ce prototype de 167.600 GT de jauge, le plus gros construit jusqu’ici par MSC Cruises et le premier d’une nouvelle classe allant comprendre quatre unités, est intervenue le 20 avril 2015, un an après la signature du contrat lançant le projet Vista de la compagnie italo-suisse. Tout est ensuite allé très vite. La coque du MSC Meraviglia a été fabriquée extrêmement rapidement grâce à la modernisation de l’outil industriel des chantiers nazairiens. Le très grand portique, opérationnel depuis 2014 et offrant des capacités de levage bien supérieures à celles de son aîné (1400 tonnes contre 750), qui rend celà étant encore d'appréciables services, a permis de réduire significativement le nombre de blocs, passé de 88 pour les précédents paquebots de la classe Fantasia (140.000 GT) à seulement 48, certaines structures pesant plus de 1000 tonnes. Alors que le premier de ces blocs a été mis sur cale en novembre 2015, le niveau de pré-armement des structures avant assemblage dans la forme de construction (mise en place de la tuyauterie et des chemins de câbles notamment) est bien supérieur, limitant de facto le travail à bord. Ce dernier a également été optimisé. Les sous-traitants chargés de emménagements interviennent, ainsi, de plus en plus tôt et, avant même la mise à flot du navire, certains espaces sont déjà bien avancés. C’est le cas par exemple des moulures en plâtre de la promenade du navire, en partie réalisées, des structures du casino ou encore des cuisines. Quant aux logements, pour l’essentiel des modules préfabriqués produits par une usine dédiée, ils sont déjà 1900 à bord, sur les 3037 cabines que comprendra le bateau (dont 2246 pour les passagers). Même l’aspect extérieur du MSC Meraviglia évolue par rapport à ce que l’on voyait lors des mises à l’eau il y a quelques années encore, avec une coque déjà largement peinte.

 

L'assemblage du MSC Meraviglia (© STX FRANCE)

 

2500 personnes vont bientôt s’activer à bord

En tout, le navire, dont le coût atteint 750 millions d’euros et représentant 7 millions d'heures de travail, en est aujourd’hui à 60% d’achèvement. Vendredi dernier, quelques 1800 personnels de STX France et de ses coréalisateurs travaillaient à bord. Avec la montée en puissance des travaux dans les espaces intérieurs, cet effectif va grimper à plus de 2500 personnes dans les mois qui viennent (voir notre reportage réalisé le 2 septembre à bord du navire). 

Premiers essais prévus fin mars

Si le navire était un « poids mort » lors de son transfert de la forme B au bassin C, il est équipé de l’ensemble de ses machines, dont ses générateurs et propulseurs principaux, deux moteurs électriques (pods) placés dans des nacelles orientables à la poupe et servant également de gouvernails. Alors que les espaces techniques et publics vont continuer de voir le jour, la partie énergie/propulsion va être progressivement mise en fonction en vue des premiers essais en mer, prévus pour la fin mars. Lors de cette campagne au large de Belle-Ile, les équipements de navigation et de sécurité, mes performances des machines (qui doivent permettre au paquebot d’atteindre une vitesse contractuelle maximale de 22.7 nœuds), la manoeuvrabilité du navire ou encore les niveaux de vibration et de bruits dans ses différentes zones seront mesurées. Une seconde sortie en mer est programmée en avril, avec au préalable deux semaines de cale sèche dans le bassin C.

 

8 heures samedi matin, le MSC Meraviglia est dans le Bassin C (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

8 heures samedi matin, le MSC Meraviglia est dans le Bassin C (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Baptême au Havre en juin 2017

La livraison du MSC Meraviglia est prévue à la fin du mois de mai 2017. Le navire rejoindra directement Le Havre, où il sera baptisé le 3 juin, avant de partir pour Marseille afin d’être exploité en Méditerranée occidentale sur des croisières d’une semaine comprenant des embarquements dans la cité phocéenne.

7 autres paquebots à suivre pour MSC

Sistership du E34, le F34, dont la construction débutera l’an prochain, sera baptisé MSC Belissima. Il sera livré début 2019. Suivront deux unités du type Meraviglia +, version agrandie de leurs aînés grâce à l’ajout d’une section d’environ 15 mètres. Longs de 331 mètres et affichant une jauge de 177.100 GT, avec à bord 2444 cabines et suites pour les passagers, les G34 et H34 doivent être achevés fin 2019 et fin 2020.

MSC Cruises passera ensuite à une nouvelle classe de paquebots géants, avec une jauge d’environ 200.000 GT et quelques 2750 cabines. Quatre mastodontes du type World sont prévus dans la lettre d’intention signée en avril dernier à l’Elysée, en présence de François Hollande, et qui doit se traduire en commande dans les prochains mois. Ces paquebots, équipés d’une propulsion fonctionnant au gaz naturel liquéfié, doivent être livrés en 2022, 2024, 2025 et 2026.

 

Les formes de construction de STX France (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Les formes de construction de STX France (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

D’autres géants et unités de luxe pour RCCL

Entretemps, Saint-Nazaire travaillera sur les navires de son autre client principal, le groupe américain RCCL. En cours d’assemblage, le B34, sistership de l’Harmony of the Seas (227.700 GT, 2747 cabines), intègrera la flotte de Royal Caribbean International au printemps 2018. Alors qu’une version agrandie (C34) sortira en 2021, STX France va lancer le mois prochain la construction du premier des quatre nouveaux navires de Celebrity Cruises. Réalisées dans le cadre du projet Edge, ces bateaux (J34, K34, L34, M34) de 117.000 GT et 1450 cabines, conçus pour le marché haut de gamme, seront achevés en 2018, 2020, 2021 et 2022.

En tout, le carnet de commandes de STX France compte donc actuellement 14 paquebots (y compris les World de MSC) pour un montant total de 12 milliards d’euros.

 

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France) MSC Cruises