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Saint-Nazaire : MSC s’engage jusqu’en 2030 avec deux nouvelles séries de navires
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Saint-Nazaire : MSC s’engage jusqu’en 2030 avec deux nouvelles séries de navires

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Les Chantiers de l’Atlantique vont signer ce lundi 20 janvier le plus importante série d’accords de leur histoire, avec en tout 10 nouveaux paquebots en perspective, pour une valeur comprise selon nos informations entre 7 et 8 milliards d’euros. Les documents vont être paraphés à Matignon par le constructeur français et la compagnie italo-suisse MSC en présence du premier-ministre Edouard Philippe.

Deux World confirmés, quatre nouveaux géants à suivre

Cet engagement de l’armateur comprend trois volets. Le premier, attendu, est sans surprise la transformation en commande ferme des troisième et quatrième paquebots géants du type World Class, pour un montant d’un peu plus de 2 milliards d’euros. Tête de série de ce programme, le futur MSC Europa a vu sa construction débuter le 31 octobre dernier à Saint-Nazaire en vue d’une livraison en mai 2022. Son premier sistership suivra en mai 2024. Quant aux deux autres, désormais confirmés, ils rallieront la flotte de MSC en 2025 et 2027 (au lieu de 2026 pour le quatrième). Longs de 333.3 mètres pour une largeur de 47 mètres et une hauteur de 68 mètres, ces mastodontes de 205.700 GT de jauge disposeront de 2632 cabines et suites, avec une capacité maximale de 6761 passagers (5264 en base double), servis par 2139 membres d’équipage. Le MSC Europa sera le premier paquebot réalisé en France fonctionnant au gaz naturel liquéfié. Il embarquera également un prototype de pile à combustible fonctionnant au GNL afin de réduire les émissions de CO2.  

 

Vue du futur MSC Europa (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

Vue du futur MSC Europa (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

 

Des paquebots à voile en plus

Mais ce n’est pas tout puisque MSC et les Chantiers de l’Atlantique vont également signer aujourd’hui des protocoles d’accord (Memorandum of understanding – MOU) pour deux nouvelles classes de navires. Le premier projet porte sur une nouvelle génération de paquebots géants dotés comme les World Class d’une propulsion GNL et peut-être encore plus grands. Quatre unités sont prévues pour un investissement de plus de 4 milliards d’euros. Et ce n’est pas tout puisque MSC s’engage également avec Saint-Nazaire dans un autre projet, cette fois sur un navire de croisière plus petit et doté d’une propulsion vélique et d’autres énergies vertes. Un bateau qui s’inscrit dans le sillage du projet Silenseas des Chantiers de l’Atlantique. En dehors du prototype, une autre unité sera commandée (deux autres prévues ensuite), pour un montant supérieur à 1 milliard d’euros.

 

Le concept Silenseas (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

Le concept Silenseas (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

 

Ces petits paquebots à voiles, capables d’accueillir quelques centaines de passagers, devraient intégrer la future filiale luxe de MSC Cruises, dont les quatre premiers navires (64.000 GT, 500 cabines) vont être construits en Italie par Fincantieri pour des livraisons entre 2023 et 2026. On rappellera d’ailleurs que Fincantieri a par ailleurs encore en commande pour MSC deux paquebots du type Seaside EVO (339 mètres de long, 41 de large, 169.400 GT, 2270 cabines) prévus pour entrer en service en 2021 et 2023. Il s’agit d’une version agrandie des MSC Seaside et MSC Seaview (323 mètres, 153.500 GT, 2066 cabines) livrés par le constructeur italien en 2017 et 2018.

Livraisons d’ici 2030 et accent sur l’environnement

Pour en revenir aux nouvelles unités que l’armateur a choisi de confier à Saint-Nazaire, elles doivent toutes être livrées entre 2024/25 et 2030 (le planning n’est pas encore précisément fixé). Avec ces navires, MSC Cruises veut mettre l’accent sur les aspects environnementaux et, notamment, atteindre et même dépasser les objectifs préconisés par l’Organisation Maritime Internationale pour 2030, voire 2050. D’où, en dehors du GNL et de la pile à gaz, des projets sur des énergies vertes, dont la propulsion vélique mais aussi probablement l’hydrogène.

En termes de charge, World Class 3 et 4 représentent à eux seuls 14 millions d’heures de travail, soit 2400 emplois pendant trois ans et demi. Quant aux quatre paquebots géants qui les suivront, ils totaliseront à eux quatre autour de 30 millions d’heures de travail. Auxquelles s’ajouteront donc celles générées par les voiliers, plus petits mais très intéressants en matière de standards, d’études et de diversification sur le marché de la croisière.

 

Le MSC Grandiosa, livré fin octobre (© BERNARD BIGER)

Le MSC Grandiosa, livré fin octobre (© BERNARD BIGER)

 

MSC confirme son statut de plus gros client de Saint-Nazaire

Ces commandes et projets s’ajoutent à ceux déjà en cours à Saint-Nazaire, y compris pour MSC Cruises, qui en dehors des World Class a une autre série déjà en construction dans l’estuaire de la Loire. Après le MSC Grandiosa achevé fin 2019, son sistership, le MSC Virtuosa est en cours d’armement en vue d’une livraison en octobre de cette année. Ces deux navires de 331.4 mètres de long pour 43 mètres de large, 181.500 GT de jauge et 2440 cabines forment la classe Meraviglia +, une version agrandie des MSC Meraviglia et MSC Bellissima, navires de 326 mètres, 167.600 GT et 2246 cabines livrés en mai 2017 et février 2019 par les Chantiers de l’Atlantique. Un troisième Meraviglia + est également en commande pour une mise en service en 2023, avec la particularité d’être le premier de cette classe doté d’une propulsion GNL.

MSC, qui exploite à ce jour 17 paquebots (dont 15 construits en France) entérine son statut de premier client des chantiers nazairiens, où il a fait construire depuis 2003 pas moins de 13 paquebots pour un investissement d’un peu plus de 8 milliards d’euros (9.7 milliards avec les deux Meraviglia + restant à livrer). S’y ajouteront donc les 4.5 milliards des quatre World Class, puis les deux nouveaux projets d’une valeur supérieure à 5 milliards d’euros.

 

Le Symphony of the Seas (© EMMANUEL BONICI)

Le Symphony of the Seas (© EMMANUEL BONICI)

 

Six autres paquebots pour RCCL

En dehors de l’armateur italo-suisse, les Chantiers de l’Atlantique ont également beaucoup de pain sur la planche avec leur second grand client dans le secteur de la croisière. Ils travaillent en effet sur deux classes de paquebots destinés à des filiales du groupe américain RCCL. D’abord la poursuite de série des plus gros navires de croisière du monde : après les Harmony of the Seas (2016) et Symphony of the Seas (2018), le Wonder of the Seas est en construction. Ce géant de 362 mètres de long, 47 à 66 mètres de large, 231.000 GT et 2759 cabines entrera en service au printemps 2021 au sein de la compagnie Royal Caribbean International. Une autre unité de ce type a été d’ores et déjà commandée pour 2023, une dernière étant prévue en 2026 (non encore officiellement confirmée). Dans le même temps, le chantier doit livrer en mars à Celebrity Cruises le second des cinq nouveaux paquebots de la classe Edge. Il s’agit du Celebrity Apex, navire de 306 mètres de long pour 39 mètres de large, 129.500 GT de jauge et 1467 cabines. C’est le sistership du Celebrity Edge, livré en octobre 2018. Trois autres paquebots basés sur le même design vont suivre mais ces « Edge Jumbo » seront plus grands  (327 mètres, 140.600 GT, plus de 1650 cabines). Ils entreront en flotte en 2021, 2022 et 2024.

 

Le Celebrity Edge (© JEAN-CLAUDE BELLONNE)

Le Celebrity Edge (© JEAN-CLAUDE BELLONNE)

 

Trois sous-stations pour des champs éoliens offshore

Parallèlement, les chantiers nazairiens continuent de travailler sur le marché des énergies marines renouvelables. Ils viennent de lancer la construction de la sous-station électrique qui équipera le champ éolien offshore du banc de Guérande, au large de Saint-Nazaire. Un parc développé par EDF et le groupe canadien Enbridge qui comprendra 80 machines de 6 MW. La sous-station commandée, d’une puissance de 480 MW, sera installée en mer en 2021. Deux autres sous-stations doivent suivre en 2022 et 2023 pour les futurs champs éoliens installés en Manche au large de Fécamp et Courseulles-sur-Mer. Et de nouveaux contrats à l’export de sous-stations sont également espérés.

 

La sous-station électrique du futur parc de Guérande (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

La sous-station électrique du futur parc de Guérande (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

 

Le retour des bâtiments militaires

Du côté des bâtiments militaires, les affaires ont également repris. Les Chantiers de l’Atlantique vont notamment réaliser les quatre nouveaux bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) de la Marine nationale. La construction du premier de ces nouveaux navires logistiques de 194 mètres de long, 27.4 mètres de large et 31.000 tonnes de déplacement en charge doit débuter au printemps en vue d’une livraison fin 2022/début 2023. Les trois autres suivront en 2025, 2027 et 2029.

 

Vue des futurs BRF (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

Vue des futurs BRF (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

 

Porte-avions en vue

Et pour la suite, il y a bien sûr le programme PANG (porte-avions de nouvelle génération) de la Marine nationale, qui permettra de remplacer le Charles de Gaulle et, si les ressources budgétaires sont suffisantes, de revenir à une flotte à deux porte-avions afin d’assurer la permanence opérationnelle de cet outil militaire et diplomatique de premier plan. Le ministère des Armées prévoyant que le premier PANG soit à la mer en 2036 pour succéder deux ans plus tard au Charles de Gaulle, la construction de ce nouveau porte-avions devrait commencer à Saint-Nazaire au plus tard vers 2030/31.

 

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)