Construction Navale
Saint-Nazaire : Pas de commandes depuis un an, faut-il s'inquiéter ?

Actualité

Saint-Nazaire : Pas de commandes depuis un an, faut-il s'inquiéter ?

Construction Navale

La situation des ex-Chantiers de l'Atlantique semble aujourd'hui paradoxale. D'un côté, l'outil industriel tourne à plein régime. Après la livraison du MSC Poesia en avril, Aker Yards France travaille actuellement sur quatre autres paquebots, un cinquième devant être mis en chantier prochainement. Ces navires représentent un total de 660.000 tonneaux de jauge et 8875 cabines. La charge de travail est donc très importante et les effectifs du site devraient dépasser, l'an prochain, 8000 personnes (sous-traitants inclus). Mais, côté face, cette embellie cache une autre réalité. La réduction des délais de construction, grâce aux gains de productivité, permettra de livrer tous ces paquebots d'ici octobre 2010. Après, le carnet de commandes est vide. Depuis la signature du contrat du MSC Magnifica, début 2007, aucune commande n'a été engrangée. La parité euro/dollar, l'augmentation du coût des matières premières et la problématique du financement des navires incitent les armateurs à une plus grande prudence. Les compagnies, qui se sont lancées frénétiquement dans les constructions neuves ces dernières années, semblent dans le même temps profiter de cette période pour « digérer » l'entrée en flotte de nombreux paquebots, offrant généralement de très fortes capacités. Tous ces navires doivent être remplis et, si le marché de la croisière reste florissant, il peine parfois à suivre le rythme des livraisons. On observe donc une pause certaine dans les commandes.

Faire sans Carnival et Royal Caribbean

Alors que Saint-Nazaire n'a pas signé de contrat depuis début 2007, les autres chantiers européens ont enregistré plusieurs commandes sur l'année écoulée. Fincantieri a notamment pris deux unités de 130.000 tonneaux pour Carnival, deux paquebots de 115.000 tonneaux pour Costa, le Queen Elizabeth pour Cunard ou encore un bateau de luxe de 32.000 tonneaux pour Seabourn. S'y sont ajoutés, début 2008, les trois navires hauts de gamme commandés par la Compagnie des Iles du Ponant. Meyer Werft a, de son côté, confirmé deux nouveaux paquebots de 71.000 tonneaux pour AIDACruises et deux unités supplémentaires du type Celebrity Solstice (122.000 tx), portant la série à cinq navires. Quant aux chantiers finlandais d'Aker Yards, il se sont vus notifiés par RCCL le second géant du type Genesis, l'Allure of the Seas (220.000 tonneaux), et ont signé un préaccord en vue de réaliser un quatrième Freedom of the Seas (158.000 tonneaux). La visibilité de ces chantiers porte donc jusqu'en 2012, soit environ un an à un an et demi de plus que Saint-Nazaire.
En dehors du Seabourn, on notera que toutes les unités commandées hors France sont des bateaux répétitifs ou directement dérivés, s'ajoutant à des séries déjà en cours. C'est sur cette politique des séries, forcément moins onéreuses que des prototypes, que Fincantieri, Meyer Werft et Aker Finnyards s'appuient actuellement. C'est également celle dont bénéficie depuis quatre ans les ex-Chantiers de l'Atlantique avec MSC Cruises et ses quatre Musica, version agrandie des deux Lirica (2003 et 2004). Mais la compagnie italienne, bien qu'ayant sauvé l'entreprise française avec ses importantes commandes (8 paquebots seront livrés en moins de 7 ans), n'a pas la force de frappe des deux leaders mondiaux de la croisière : Carnival et Royal Caribbean. Les deux groupes restent pour le moment fidèles aux industriels italiens, allemands et finlandais. Quant au numéro 3 mondial du secteur, NCL, après la commande de deux géants en France fin 2006, le contexte défavorable du marché et la nécessaire restructuration du groupe sous la houlette d'Apollo Management n'ont pas plaidé, ces derniers mois, pour de nouveaux investissements.

Une commande espérée d'ici l'automne

« Il n'y a pas beaucoup de facteurs favorables, actuellement, aux investissements dans la croisière », reconnaît-on à Saint-Nazaire. « Le problème de l'Euro et le coût de la matière première ont mis beaucoup de projets en sommeil ». La situation est, pourtant, loin d'être encore critique. Car, si la frénésie des commandes n'est plus de mise actuellement, les observateurs estiment que le marché va inévitablement repartir, ne serait-ce que pour absorber une clientèle toujours plus nombreuse et exigeante.
Dans le même temps, si l'heure est à la prudence, certaines compagnies souhaitent quand même se lancer dans de nouvelles acquisitions. « Il reste des armateurs avec lesquels nous travaillons et qui, malgré le contexte défavorable, peuvent commander ». Le constructeur français discute sur plusieurs projets et espère en voir aboutir au moins un d'ici l'automne. Mais, dans l'estuaire de la Loire, on reste prudent car, dans ce milieu, jusqu'à ce que le contrat soit signé, il n'est jamais acquis. Ainsi, en tout début d'année, Saint-Nazaire était très confiant pour renouer avec un de ses anciens clients. La commande était espérée fin janvier mais l'armateur, s'il n'a pas abandonné son projet, l'a finalement modifié, relançant les négociations avec les différents chantiers. Aker Yards France ne désespère pas, non plus, reconquérir un jour Carnival, pour lequel il avait réalisé le Queen Mary 2. « Si nous sommes en compétition sur un prototype, nous avons toutes nos chances », estime-t-on à Saint-Nazaire. Quant à MSC, on attend toujours de savoir sur quel type de navire il compte investir. Du Musica, du Fantasia, une classe intermédiaire ? L'armement italo-suisse ne semble pas fixé mais, au mois d'avril, n'a pas caché son intention de commander de nouveaux bateaux. Enfin, NCL devrait probablement, à terme, poursuivre sur la lancée des deux F3 (150.000 tonneaux).
Même si le marché s'est dégradé ces dix derniers mois, il reste donc de belles perspectives à Saint-Nazaire. Mais l'entreprise doit, rapidement, faire face à la baisse d'activité dans ses bureaux d'études. Ces derniers, après avoir débordé de travail pour concevoir les MSC Fantasia et F3 de NCL, voient aujourd'hui leur charge se réduire progressivement. Et les menaces pesant sur le projet de second porte-avions pour la marine n'arrangent rien. Il était en effet prévu qu'ingénieurs et architectes se mobilisent, après l'été, sur les plans de construction du « PA2 ». Or, si le porte-avions n'est pas notifié par l'Etat, la commande d'un paquebot prototype ne serait plus nécessaire, elle deviendrait rapidement vitale.

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)