Défense
Saint-Nazaire : « Pas possible de commander un quatrième BPC », dit Hervé Morin

Actualité

Saint-Nazaire : « Pas possible de commander un quatrième BPC », dit Hervé Morin

Défense

Déception et même parfois colère chez les syndicats des chantiers de Saint-Nazaire suite aux déclarations d'Hervé Morin. A l'occasion d'un déplacement à Nantes, hier, le ministre de la défense n'y est pas allé par quatre chemins concernant la commande éventuelle d'un quatrième bâtiment de projection et de commandement. « Aujourd'hui, il n'est pas possible de commander un quatrième BPC », a affirmé le ministre dans les colonnes de Ouest France. Face au manque d'activité, l'Etat a déjà, en avril dernier, notifié la réalisation du 3ème BPC de la classe Mistral, commande anticipée (elle devait intervenir après 2015) engagée dans le cadre du plan de relance de l'économie. Débutée en mai, la réalisation du navire apporte une charge assez faible à STX France, puisqu'elle ne représente que 20% de l'activité annuelle des chantiers. Toutefois, elle a permis de relancer l'activité dans les ateliers de production, fermés faute de nouveau paquebot à construire. Il y a encore, certes, deux navires de croisière à Saint-Nazaire, mais le MSC Magnifica et le Norwegian Epic en sont au stade de l'achèvement, le découpage des tôles et l'assemblage des blocs étant terminés depuis longtemps. Au printemps dernier, la direction de l'entreprise comptait donc sur le BPC3 pour maintenir le travail dans les ateliers, en attendant la confirmation de deux nouveaux paquebots pour MSC, qu'on imaginait alors toute proche. Mais ce contrat tant espéré n'est pas tombé, l'armateur italo-suisse étant confronté à la crise et semblant rencontrer quelques difficultés avec le montage financier du projet. Dans ce contexte, après le BPC3, le carnet de commandes est vide et, dès le mois prochain, les machines aux ateliers vont de nouveau s'arrêter, puisque le bâtiment arrivera au stade de la mise sur cale en janvier.

Les syndicats très déçus

C'est pourquoi, ces dernières semaines, les syndicats ont demandé à l'Etat de notifier le quatrième navire de la série Mistral, seul projet pouvant entrer rapidement en phase de production. La réponse négative d'Hervé Morin à cette sollicitation a, inévitablement, jeté un froid dans un climat déjà très morose, avec la présentation ce matin d'un plan de départs volontaires. « C'est une déception et cela veut dire qu'il faut faire une croix sur le BPC4 », estime un responsable de la CFDT. « Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas un signal positif envoyé en direction des chantiers. Malheureusement, avec MSC, le BPC3 était le seul navire qui pouvait faire redémarrer rapidement la production. Sans lui, la charge dans les ateliers n'est pas assurée début 2010 », regrette-t-on à la CFTC. Chez Force Ouvrière, on est très « remonté » contre la déclaration du ministre : « Nous jugeons cette annonce scandaleuse, dans la mesure où cela veut dire que l'Etat n'est pas capable d'investir quelques centaines de millions d'euros pour compléter la charge de travail en attendant que nous décrochions de nouvelles commandes. Si le BPC4 était commandé maintenant, cela éviterait le chômage partiel à près d'un millier d'ouvriers de la production. C'est de la responsabilité de l'Etat, en tant qu'actionnaire, de tout faire pour sauver le dernier chantier civil français et les milliers d'emplois qu'il représente. Il y a manifestement une différence entre le discours gouvernemental, qui parle de soutien aux industries, et ce qui se passe dans les faits ».

Dans l'attente d'un contrat russe

Plutôt qu'une nouvelle commande nationale, qui nécessiterait un effort financier important dans un contexte budgétaire très contraint, le ministère de la Défense semble miser sur l'aboutissement du projet des BPC russes. Moscou s'est, en effet, montré intéressé pour acquérir 4 à 5 bâtiments de ce type, la tête de série étant alors réalisée à Saint-Nazaire. « La France discute avec la Russie, qui a fait une demande pour l'achat d'un BPC construit à Saint-Nazaire. À Moscou j'ai rencontré le président Medvedev et mon homologue Serdioukov. Ils m'ont redit leur intérêt. Je suis personnellement très favorable à apporter une réponse positive à ce projet. Les Russes ont besoin de tels bâtiments et ne peuvent les construire aujourd'hui sans l'aide de chantiers étrangers. Trois pays sont en concurrence : l'Espagne, la Hollande et la France. Mes homologues ont fait savoir que, de loin, le BPC français correspond le plus à ce dont ils ont besoin. En ce qui nous concerne, cette construction doit se faire en totalité à Saint-Nazaire », explique Hervé Morin. Reste que la commande d'un BPC russe, si elle constituerait une bonne nouvelle, ne résoudrait pas immédiatement le problème de charge chez STX. Directement dérivé du BPC Mistral, le projet russe comporte, en effet, des équipements différents. Leur intégration nécessitera un certain temps au niveau des études, retardant ainsi l'entrée en production. « Un BPC russe pour les bureaux d'études c'est bien. Un BPC français pour donner rapidement du travail dans les ateliers, c'est mieux », analyse, par conséquent, un représentant de la CFDT.

« Toujours pas de politique industrielle cohérente »

Dans les différents syndicats, on s'interroge quant à la politique de l'Etat en faveur de la construction navale, soumise historiquement à une activité cyclique nécessitant un certain interventionnisme dans les périodes difficiles. Ainsi, au début des années 2000, pour compenser l'arrêt temporaire des commandes de paquebots, l'Etat et les entreprises publiques avaient commandé trois méthaniers pour Gaz de France, les deux parties avant des BPC Mistral et Tonnerre, le bâtiment océanographique Pourquoi Pas ? et un ferry pour SeaFrance. Ces contrats avaient permis au site de maintenir son activité jusqu'au retour des navires de croisière, en 2005. Aujourd'hui, la seule commande du BPC3 apparait pour beaucoup comme insuffisante. « Ce qui est inquiétant c'est que nous n'avons toujours pas de politique industrielle cohérente, y compris sur le marché franco-français. On ne voit pas de volonté de l'Etat actionnaire, qui pourrait par exemple intervenir pour le projet de nouveau car-ferry pour BAI (Brittany Ferries, ndlr). Mais il ne le fait pas. On a surtout l'impression que tout est fait pour casser le statut social des salariés », dénonce un responsable de la CGT. Chez FO, on estime que « l'Etat doit et a les moyens d'agir sur BAI, sur le BPC et aussi sur le projet de second porte-avions. Si ce dernier avait, d'ailleurs, été commandé comme envisagé en 2008, nous n'en serions pas là ». Moins durs, certains représentaux syndicaux, s'ils regrettent que l'Etat n'engage pas plus de commandes, affirment néanmoins que le ministère de l'Economie travaille pour « aider les chantiers en matière de montages financiers avec le clients ». L'effort de Bercy serait réel, notamment pour permettre à Saint-Nazaire de rester dans le jeu face à la concurrence et gagner les quelques pourcents qui font la différence. Toutefois, reconnait l'un d'eux : « On a encore aucun résultat pour le moment ».

Chantiers de l'Atlantique | Toute l'actualité des chantiers de Saint-Nazaire