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Saint-Nazaire : Port et chantiers misent sur le développement de l'éolien offshore

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Saint-Nazaire : Port et chantiers misent sur le développement de l'éolien offshore

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La place portuaire de Nantes Saint-Nazaire, ainsi que les chantiers STX France, fondent de grands espoirs dans le développement de l'éolien offshore. Actuellement, aucun parc n'existe sur la façade atlantique mais plusieurs projets sont à l'étude. Il y en a au large du Croisic, face à la baie de la Baule ou encore entre Noirmoutier et l'Ile d'Yeu. L'ensemble représente plus de 200 éoliennes, dont 120 pour le seul projet vendéen des « Deux Iles », porté par WPD Offshore France. « C'est un beau et grand projet, très porteur économiquement et en termes d'emplois pour l'ensemble de la région. Nous sommes, évidemment, très intéressés par les perspectives qu'il représente », explique-t-on au Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire. Le port a déjà une expérience dans la manutention des éoliennes utilisées pour les parcs terrestres. Importées ces dernières années par voie maritime, ces engins, destinés aux champs installés en Loire-Atlantique ou Vendée, sont déchargés à Montoir. « Il faut des moyens de manutention et de l'espace de stockage, l'ensemble devant être situé à proximité des lieux de construction ». Dans le cadre de l'émergence de l'éolien offshore dans l'Hexagone, le port se positionne donc pour servir de base arrière aux chantiers en mer.

Un long processus

Seulement voilà, si on parle depuis des années de projets, rien n'a encore vu le jour. C'est pourquoi les acteurs de la place portuaire souhaitent passer le braquet supérieur. « En plus des capacités de manutention et de l'espace disponible, il y a sur la place portuaire tous les savoir-faire disponibles pour développer, à terme, une véritable filière. Beaucoup d'entreprises sont prêtes à se lancer mais, pour cela, il faut des investissements et une visibilité. Concrètement, il faut que des projets voient le jour ». Alors que l'éolien offshore s'est développé à partir des années 90 en Europe du Nord, la France est restée relativement frileuse sur la question. Des projets sont bien portés par les industriels, mais ils se sont heurtés à diverses oppositions et, surtout, ont été confrontés à une réglementation encore assez floue sur la question. Des améliorations, en ce sens, vont être apportées suite au Grenelle de l'Environnement. Actuellement, la préfecture maritime de l'Atlantique travaille à l'élaboration d'un « zonage », c'est-à-dire une cartographie qui permettra de déterminer les zones où des champs offshores pourront être implantés. Ce processus, qui a pris beaucoup de retard, vient d'être lancé. Des réunions de concertation avec tous les acteurs concernés (Etat, communes, industriels, pêcheurs, associations...) sont prévues en décembre et janvier. « Il faut déterminer les zones où les contraintes liées à la pêche, à la navigation commerciale ou à la défense ne permettent pas de s'implanter. Nous devrions aboutir vers le printemps 2010, après une phase de concertation avec les professionnels et les collectivités territoriales, à une vision d'ensemble de la zone atlantique. Lorsque cette stratégie sera élaborée, elle donnera à l'Etat un cadre de référence dans lequel il pourra, objectivement et avec une vision d'ensemble, instruire chacune des demandes », explique la Préfecture maritime de l'Atlantique.

« Il faut passer à la vitesse supérieure »

Très impliquée dans le dossier du développement des énergies renouvelables, au coeur du Grenelle de l'Environnement et du Grenelle de la Mer, la Préfecture maritime promet donc un aboutissement du zonage dans quelques mois. Du côté des industriels, on a bien conscience de la difficulté de mettre en place, notamment sur le plan règlementaire, une activité aussi ambitieuse et, surtout, totalement nouvelle. Mais, pour les acteurs de la filière, il y a urgence. Après avoir pris le train en marche au niveau de l'éolien terrestre, la France ne doit, selon eux, pas rater la montée en puissance de l'éolien offshore. « La France a trois façades maritimes, dispose de la seconde ressource en vent de l'Union européenne et compte, avec son industrie maritime, des savoir-faire très importants dans le domaine de l'offshore. Déjà, l'Europe du nord a pris une certaine avance sur ces questions mais il n'est pas trop tard. Le secteur est en plein développement et les investissements sont en train de se faire. Il est impératif de passer à la vitesse supérieure car, si nous arrivons trop tard, ce sera difficile d'être compétitifs », estime-t-on chez WPD offshore France. Au sein de cette société, qui porte le projet des « Deux Iles » entre Noirmoutier et l'île d'Yeu, on considère que Saint-Nazaire a une énorme carte à jouer. « La construction du parc engendrera de nombreux emplois en Vendée, mais il faudra aussi un port où réceptionner et assembler les éoliennes. Saint-Nazaire, avec ses vastes quais et ses zones de stockage, est dans une position idéale, d'autant que d'importantes compétences industrielles sont présentes sur la place. Il y a un savoir-faire en matière de chaudronnerie et de tels projets sont parfaits dans le cadre de la stratégie de diversification de la construction navale ».

STX positionné sur les structures et les navires de pose

En manque de commandes sur leur activité principale, la réalisation de paquebots, les chantiers de Saint-Nazaire se montrent très intéressés par le développement de l'éolien offshore. « C'est un secteur d'avenir. Le développement des énergies marines, et notamment de l'éolien offshore, fait partie de notre politique de diversification. Nous n'en sommes d'ailleurs plus au stade de la réflexion. Nous souhaitons devenir un acteur sur toute la filière, de la construction de navires de pose d'éoliennes à la réalisation de structures métalliques pour les socles de ces machines, ce que nous pouvons faire grâce à notre outil de production », explique-t-on chez STX France. Outre l'important travail engendré par la fabrication de fondations pour des centaines de machines, le constructeur a répondu à un appel d'offres européen pour la réalisation d'un navire de pose d'éoliennes en mer. Plus qu'une commande unique, STX pense qu'il y a un vrai marché sur lequel s'implanter : « Dans les prochaines années, on estime qu'il faudra construire une quinzaine de navires de pose d'éoliennes. C'est un vrai marché, sur lequel nous devons être, d'autant plus si des projets locaux se concrétisent ».

Une filière à créer et développer

Chez WPD offshore France, on met en avant l'expérience allemande. « Bremerhaven a connu une importante évolution ces dernières années. Dans ce centre de construction navale historique, il y avait 15% de chômage. Puis l'éolien offshore s'est développé et ce secteur représente aujourd'hui plus de 1000 emplois. Nous sommes convaincus que nous pouvons avoir, aussi, notre success story à la Française ». Au-delà de la construction de navires et de structures, comme de la manutention et de l'assemblage, les acteurs locaux souhaitent voir émerger une véritable filière. Actuellement, les nacelles, comprenant les moteurs, sont réalisées en Allemagne. Le groupe français Areva a, d'ailleurs, racheté la société allemande Multibrid, dont l'usine de Bremerhaven est dimensionnée pour produire chaque année une centaine de machines de 5 MW.
Demain, si le marché hexagonal se développe et que les industriels ont suffisamment de visibilité, certaines entreprises françaises pourraient se lancer dans la fabrication. « C'est une stratégie à long terme. Il y a un gros besoin en énergie propre et l'éolien offshore peut permettre d'y répondre massivement. Dans 20 ans, 40% du marché éolien devra être offshore. Si nous sommes suffisamment véloces, on peut très imaginer en France des usines réalisant des nacelles, dans un premier temps pour les chantiers français puis, ensuite, pour l'export. Mais, aujourd'hui, les industriels hésitent à se lancer car seule une certaine masse critique peut justifier d'engager de gros investissements ».

Port de Nantes Saint-Nazaire