Construction Navale
Saint-Nazaire remporte la commande du nouveau paquebot d'Hapag-Lloyd

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Saint-Nazaire remporte la commande du nouveau paquebot d'Hapag-Lloyd

Construction Navale

Les drapeaux allemands hissés mardi dernier aux portes des chantiers STX France, où les dirigeants d'Hapag-Lloyd Cruises s'étaient discrètement rendus, paraissaient déjà de très bon augure. Et la nouvelle tant attendue est tombée hier. Baptisé Europa 2, le nouveau navire de croisière de la compagnie allemande sera bien construit à Saint-Nazaire. On notera que le propriétaire de ce bateau ne sera ni HLC ni sa maison-mère, le voyagiste allemand TUI, mais une société porteuse, à laquelle Hapag-Lloyd affrètera le navire pour une période de 12 ans. L'annonce de ce contrat est, en tous cas, une excellente nouvelle pour STX France et ses 2200 salariés, ainsi que les nombreux sous-traitants de la région, qui ont gravement souffert, depuis un an, du manque de commandes. Les dernières commandes engrangées, notamment celle pour Hapag-Lloyd, confortent de plus les investissements annoncés l'an dernier dans l'outil industriel, à savoir la commande d'un nouveau portique d'une capacité de levage de 1200 tonnes et le déploiement d'un progiciel de gestion intégrée et de conception assistée par ordinateur (ERP).

Le Columbus, d'Hapag-Lloyd Cruises  (© : HAPAG-LLOYD CRUISES)
Le Columbus, d'Hapag-Lloyd Cruises (© : HAPAG-LLOYD CRUISES)

Une unité de grand luxe de 40.000 tonneaux et plus de 250 cabines

Le futur Europa 2, qui sera connu dans les chantiers nazairiens sous le nom de H33, verra sa construction débuter en septembre prochain, pour une mise en service programmée en mars 2013. Pour l'heure, STX France, selon les voeux de son client, se refuse à communiquer sur les caractéristiques du navire. Toutefois, d'après nos informations et celles communiquées par Hapag-Lloyd, l'Europa 2 devrait mesurer 225 mètres de long pour 26 mètres de large, afficher une jauge de 40.000 tonneaux et compter 258 cabines. Ce n'est donc pas un paquebot géant, comme le Norwegian Epic (329 mètres, 153.000 tonneaux, 2114 cabines), livré en juin dernier, ou le futur MSC Divina (333 mètres, 139.000 tonneaux, 1751 cabines), qui doit sortir des chantiers nazairiens en mai 2012. Mais l'Europa 2 sera un navire très haut de gamme dont les standards se veulent, dit-on dans les coursives, comme les plus élevés dans le segment de la croisière de luxe. On constate d'ailleurs que le ratio tonnage/passagers est particulièrement important, se situant par exemple entre les Silversea et les derniers Seabourn, navires considérés comme le « top » du marché. Il faut aussi noter que l'Europa 2 sera nettement plus gros que les navires actuellement exploités par Hapag-Lloyd : L'Europa (28.900 tonneaux, 204 cabines), le Columbus (15.000 tonneaux, 197 cabines), l'Hanseatic (8400 tonneaux, 88 cabines) et le Bremen (6700 tonneaux, 80 cabines). La compagnie allemande va toutefois tester un gabarit plus important dès le printemps 2012 en affrétant un ex-paquebot de Renaissance (30.000 tonneaux, 342 cabines) construit à Saint-Nazaire en 1998. L'ancien R One, actuellement exploité par Oceania Cruises sous le nom d'Insignia, sera affrété pour deux ans par HLC, où il naviguera sous le nom de Columbus 2.

Le paquebot Insigna  (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Le paquebot Insigna (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

2.5 millions d'heures de travail

Il s'agit donc d'un projet très intéressant pour STX France, qui bénéficiera sans doute, avec ce navire, d'une très belle référence. Cette première commande de paquebot prototype depuis octobre 2006 permet, de plus, de redonner de la charge aux Bureaux d'Etudes nazairiens, qui manquaient de travail. Fin 2010, la direction de l'entreprise, confiante dans l'aboutissement du projet, avait d'ailleurs anticipé le lancement de certaines études du H33 afin de maintenir l'activité dans les BE.
En production, la taille assez modeste du nouveau fleuron d'Hapag-Lloyd aura, en revanche, des répercutions moins importantes. Mais le contrat représente quand même 2.5 millions d'heures de travail, soit l'équivalent du Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) Dixmude (G33), construit pour la Marine nationale et actuellement en cours d'achèvement à Saint-Nazaire.

Le BPC Dixmude en septembre 2010  (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)
Le BPC Dixmude en septembre 2010 (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Cap sur la croisière et le militaire

Quoiqu'il en soit, le H33 constitue un très beau contrat pour STX France, d'autant qu'il a été conquis dans un contexte de forte concurrence, les chantiers allemands, italiens et finlandais s'étant aussi positionnés pour le remporter. Il permet à Saint-Nazaire d'élargir son portefeuille de clients et de garnir son carnet de commandes, qui a connu un gros trou d'air en 2010. En six mois, la situation s'est d'ailleurs nettement améliorée. D'abord, avec le soutien de l'Etat, qui a garanti une partie du financement via la Coface, MSC Cruises a annoncé en juillet l'entrée en vigueur du contrat portant sur la réalisation du MSC Divina (U32), un paquebot de 139.000 tonneaux et 1751 cabines dérivé des deux unités de la classe Fantasia et livrable en mai 2012. Toujours l'été dernier, la compagnie libyenne GNMTC a notifié la réalisation, pour décembre 2012, d'une unité de la même catégorie (X32). Puis, le 24 décembre, la Russie a fait savoir qu'elle avait retenu le design du BPC français pour ses futurs porte-hélicoptères d'assaut. Le contrat, qui doit encore être signé, permettra à Saint-Nazaire de réaliser, entre 2011 et 2014, une grande partie des deux premiers BPC russes. Ces derniers suivront le Dixmude, troisième BPC français, commandé par anticipation en avril 2010 de manière à redonner du travail aux chantiers, et dont le départ vers Toulon interviendra cet été. STX France et DCNS, qui a conçu le BPC, espèrent que ce type de navire, qui intéresse plusieurs marines, connaîtra d'autres commandes. Quant aux paquebots, Saint-Nazaire se positionne sur différents projets, plus ou moins avancés, avec l'espoir de signer un autre contrat en 2011.
Par ailleurs, en dehors des secteurs de la croisière et de la défense, STX France cherche toujours à diversifier son activité, notamment dans l'offshore et les énergies marines renouvelables. Mais, pour le moment, aucun gros contrat dans ce domaine n'a été décroché.

Le BPC Dixmude en septembre 2010  (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)
Le BPC Dixmude en septembre 2010 (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Remontée en puissance progressive

Les différentes commandes engrangées ces derniers mois, ainsi que le contrat russe qui devrait prochainement être notifié, soit cinq navires au total (hors Dixmude), assurent une bonne visibilité à l'entreprise en 2011 et 2012. Progressivement, l'outil industriel nazairien va remonter en puissance et même, dans un peu plus d'un an, tourner à plein régime. Car, en 2012, il faudra achever deux paquebots géants, livrables avec six mois d'intervalle, tout en travaillant sur le H33 et, probablement, le premier BPC russe. Après une longue période de vache maigre, le chantier et ses fournisseurs vont donc retrouver un haut niveau d'activité, ce qui constitue un certain challenge. En effet, il convient déjà, en interne, de remobiliser les troupes et, plus particulièrement, les personnels qui sont restés de longs mois chez eux au titre des mesures de chômage partiel. Ensuite, on devrait rapidement mesurer les dégâts réellement occasionnés sur la sous-traitance par le récent creux de charge. Combien de coréalisateurs ont-ils résisté à la crise ? Quels moyens humains ont-ils conservé ou peuvent-ils mettre à disposition ? Y a-t-il eu des fuites ou pertes de savoir-faire ? Ces questions demeurent cruciales, d'autant que les sous-traitants réalisent plus de 70% de la valeur des paquebots. Une vague d'embauches est en tous cas à prévoir dans la région. Mais cela signifie aussi que STX France doit rapidement décrocher de nouvelles commandes afin de maintenir l'activité au-delà de 2012, une échéance qui arrivera très rapidement. Il serait en effet dramatique que le bassin d'emploi, après une nouvelle période d'euphorie, retombe brutalement dans le creux de la vague.

Le Norwegian Epic en 2009  (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)
Le Norwegian Epic en 2009 (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Réactions syndicales

Les différents syndicats de STX France ont, bien évidemment, réagi suite à l'annonce de la commande du futur navire d'Hapag-Lloyd. « Cette commande de prototype arrive à point pour passer la période 2011 dans les bureaux d'études. Le chômage partiel va pouvoir encore diminuer sur les prochaines semaines, sauf hélas pour les personnels de montage à bord STX et salariés sous-traitants, qui sont en attente de l'avancement du paquebot MSC en cours », explique la CFDT. Pour la CFE-CGC, si ce nouveau contrat est considéré comme une « excellente nouvelle », le syndicat estime que cette commande, qui porte sur un navire de petite taille, « ne suffit pas à assurer la pleine charge des bureaux d'études, et ne chargera les ateliers et surtout la finition des navires que dans quelques mois ». Pour la CFE-CGC : « Les véritables enjeux sont la bonne réalisation des programmes d'investissements annoncés, qui seuls nous permettront de retrouver la compétitivité, et de gagner de nouvelles commandes, (ainsi qu') une stratégie volontariste des actionnaires en vue de la diversification sur les énergies marines renouvelables et le militaire ». A la CGT, on parle de « satisfaction » et de « bouffée d'oxygène pour les salariés de ce secteur ». Toutefois, le syndicat conteste la stratégie de la direction, qui maintient un objectif de production moyenne de 1.5 navire par an, contre 2.5 précédemment. « Ceci n'est pas satisfaisant, il faut rapidement d'autres commandes », affirme la CGT, qui réclame l'arrêt « immédiat » des mesures de chômage partiel, la relance des embauches en CDI pour « préserver le savoir-faire » et des investissements sur l'outil de travail. « Le renouvellement de machines en production serait un gage pour produire mieux et en qualité », souligne la CGT, qui demande par ailleurs, comme la CFDT, un effort de la direction au niveau des salaires.

Paquebot du type Fantasia, ici le MSC Splendida  (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)
Paquebot du type Fantasia, ici le MSC Splendida (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

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