Construction Navale
Saint-Nazaire : STX confirme l'arrêt des discussions avec Viking

Actualité

Saint-Nazaire : STX confirme l'arrêt des discussions avec Viking

Construction Navale

STX Europe, maison-mère des chantiers de Saint-Nazaire, a confirmé cette nuit l'abandon par Viking River Cruises des discussions portant sur la commande de deux paquebots par cette compagnie. « STX la France a été informé par Viking River Cruises qu'ils ont décidé de se retirer des discussions concernant le projet précédemment annoncé pour deux navires de croisière de luxe », a expliqué dans un court communiqué STX Europe. Annoncée le 21 décembre dernier, cette commande, connue sous le nom de projet Odin, portait sur la réalisation de deux paquebots, avec une option pour une troisième unité. Ces navires de 230 mètres, 41.000 tonneaux et 444 cabines devaient être livrés par les chantiers nazairiens en 2014, 2015 et 2016 (pour l'option). Les deux premiers navires auraient assuré 4 millions d'heures de travail à STX France.

Pourquoi ce revirement ?

Officiellement, aucune raison n'est pour le moment avancée pour expliquer ce brutal revirement de Viking River Cruises, l'un des leaders de la croisière fluviale, qui comptait avec le projet Odin faire son entrée sur le marché des voyages maritimes. En coulisses, diverses explications sont avancées. D'abord, comme déjà évoqué à plusieurs reprises, des difficultés pour boucler le montage nécessaire au financement de cette commande, qui était soumise à l'obtention d'un tour de table financier. Les discussions ont, selon certaines sources, été difficiles. Certains avancent que la complexité de l'opération aurait dissuadé Viking de poursuivre son projet. D'autres que cette situation a finalement servis de prétexte à la compagnie pour se désengager. Pour cette dernière hypothèse, il conviendra de voir si le projet Odin est bel et bien enterré, ou si, comme on peut l'entendre ici et là, la commande sera finalement déplacée par Viking chez un autre constructeur. Début mars, nous évoquions ainsi le fait que des dirigeants de la compagnie avaient été reçus chez l'Allemand Meyer Werft et l'Italien Fincantieri. Et, ces derniers jours, des informations non officielles ont commencé à circuler quant au fait qu'un accord aurait été trouvé entre Viking et Fincantieri, le groupe public italien faisant apparemment une offre particulièrement agressive en termes de prix, tout en proposant un montage financier très attractif. Reste donc à voir si une annonce interviendra prochainement de l'autre côté des Alpes. Si tel était le cas, il conviendrait alors de faire la lumière sur les causes de l'échec français, qui intervient au pire moment.

 Les U32 et X32 en achèvement   (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Les U32 et X32 en achèvement (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Une nouvelle catastrophique pour le plan de charge

Pour STX France, cette annonce est en effet une véritable bombe. Après l'annulation par la compagnie NCL de la commande du sistership du Norwegian Epic (153.000 tonneaux, 2109 cabines) fin 2008 - une première dans l'histoire du chantier - l'abandon d'Odin apparait comme surréaliste et particulièrement inquiétante. Car la commande de Viking devait assurer une bonne partie du plan de charge à partir de 2013. La situation est d'autant plus grave que le chantier fait déjà face à une baisse d'activité, qui va entrainer dès le mois prochain des mesures de chômage partiel pour plus de 550 salariés, sur les 2100 que compte actuellement l'entreprise. Or, le premier navire de Viking devait entrer en production dès septembre et redonner du travail dans les ateliers de fabrication. Dans les bureaux d'études, l'abandon du projet va aussi avoir d'importantes répercussions dans la mesure où il s'agissait du seul navire prototype sur lequel STX France travaillait. A l'occasion d'un Comité d'entreprise, convoqué pour ce jeudi matin, la direction devrait faire le point sur la situation et les conséquences de cet évènement, notamment pour l'emploi.

 Vue du futur H33  (© : STX FRANCE)
Vue du futur H33 (© : STX FRANCE)

4000 sous-traitants sur la sellette

Il est en tous cas certain que les prochains mois risquent d'être très durs pour le chantier et ses coréalisateurs, déjà malmenés ces derniers mois. En plus des personnels de STX, pas moins de 4000 sous-traitants travaillent actuellement sur le site, essentiellement sur les paquebots MSC Divina (U32) et MSC Preziosa (X32), deux géants de 333 mètres, 139.400 tonneaux et 1739 cabines. Or, le premier quittera Saint-Nazaire dès le 19 mai. Quant à son sistership, qui n'est autre que l'ex-paquebot libyen repris par MSC Croisières, sa livraison est prévue en mars 2013. Le départ du U32 va déjà provoquer un trou d'air mais ce ne sera rien en comparaison de ce qui devrait se produire dans un an. Après les deux mastodontes de MSC, le dernier bateau de croisière du carnet de commandes est l'Europa 2 (H33), un petit navire de luxe commandé par Hapag-Lloyd Cruises. Mise sur cale le 5 mars, cette unité de 225 mètres, 39.500 tonneaux et 258 cabines doit être livrée au printemps 2013. A lui seul, l'Europa 2 ne suffira évidemment pas à absorber la main d'oeuvre actuellement nécessaire sur les U32 et X32. Et ce ne sont pas non plus les deux bâtiments de projection et de commandement (M33 et N33) commandés par la Russie et livrables en 2014 et 2015 qui donneront du travail à l'ensemble des 6000 salariés et sous-traitants présents en ce moment au chantier. Les futurs Sébastopol et Vladivostok ne représentent chacun qu'environ 20% de la charge de travail annuelle (surtout que, suivant le contrat signé avec les Russes, 20% des blocs constituant la coque du premier et 40% des ceux du second doivent être réalisés par les chantiers russes).

 Le BPC Dixmude chez STX début 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Le BPC Dixmude chez STX début 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Se mettre en capacité de gagner des contrats

Sauf heureux coup de théâtre, il ne restera sans doute plus, au printemps 2013, que ces deux BPC russes dans la forme de construction et les bassins nazairiens. Si tel devait être le cas, la tissu économique et social de Saint-Nazaire serait littéralement sinistré, renvoyant peut-être la ville aux pires heures de l'histoire cyclique de la navale dans l'estuaire de la Loire. Même s'il semble désormais trop tard pour éviter les effets dévastateurs, notamment pour la sous-traitance, de l'amplification du creux de charge, il est sans doute encore possible d'en atténuer les effets. Mais il va falloir faire très vite et tout mettre en oeuvre pour décrocher au plus tôt de nouvelles commandes. Dans le domaine de la croisière, un certain nombre d'armateurs ont des projets. Mais les compagnies se heurtent, quelque soit le chantier, à des difficultés de financement, les banques étant en cette période d'incertitude économique très réticentes à consentir des prêts. Dans ce contexte, il faudra peut être imaginer de nouvelles solutions avec l'Etat, actionnaire à plus de 33% de STX France. La problématique touchant une grande partie du tissu économique (grandes et petites entreprises confondues), dans certains milieux, l'idée d'une grande banque publique d'investissement commence à faire son chemin. Après tout, si les établissements privés n'assument pas leur rôle et que les gouvernements n'ont plus suffisamment d'influence sur ces banques, il faudra peut-être contourner le problème. Dans le même temps, Saint-Nazaire doit poursuivre sa modernisation et les investissements prévus, notamment dans le domaine de la conception et la gestion assistées par ordinateur (ERP CAO), comme la mise en place programmée cette année du très grand portique (TGP), capable de soulever 1250 tonnes, doivent être menés à bien. Car c'est un impératif vital pour renforcer la productivité de l'entreprise maintenir compétitivité dans un secteur de plus en plus concurrentiel.

 La forme de construction de STX France  (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
La forme de construction de STX France (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Commandes : Des perspectives incertaines

Dans le domaine de la croisière, des discussions seraient en cours avec plusieurs armateurs. L'un, connu, est MSC Croisières, avec son projet Vista, qui porte sur un paquebot prototype de 2000 cabines pouvant déboucher sur une série de quatre navires. La commande est vivement espérée à Saint-Nazaire mais il faut être réaliste. L'armateur italo-suisse doit déjà réceptionner deux grands navires (U32 et X32) dont le coût cumulé dépasse le milliard d'euros. Autant dire que, sauf très heureuse mais improbable surprise, dans le contexte actuel, le dossier Vista ne verra probablement pas le jour avant, au mieux, le second semestre. Ce qui signifie qu'en cas de signature, la phase de réalisation débuterait environ un an plus tard. Rien n'est en tous cas gagné concernant Vista, d'autant qu'il ne faut pas oublier que, si MSC a été jusqu'ici fidèle à Saint-Nazaire, ce méga-contrat potentiel suscite des convoitises. Ainsi, Fincantieri ne désespère pas de pouvoir, un jour, arracher ce précieux client à son concurrent français.

Un jacket réalisé à Saint-Nazaire (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER )
Un jacket réalisé à Saint-Nazaire (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER )

Alors que la situation parait pour le moment bouchée du côté des ferries, STX France peut espérer des retombées dans le domaine de l'éolien offshore. L'annonce du résultat de l'appel d'offres pour l'implantation des premiers sites hexagonaux est attendue de manière imminente. Parmi les concurrents en lice, le consortium emmené par Iberdrola propose de faire réaliser par STX des fondations d'éoliennes de type jacket. Ce n'est en revanche pas le cas du groupement emmené par EDF Energies Nouvelles, qui a renoncé à ce genre de structure au profit de fondations classiques (mono-pile et gravitaire) après une campagne de carottage réalisée en septembre 2011 sur les sites où doivent être implantés les futurs champs. EDF EN a, néanmoins, affirmé sa volonté de travailler avec le chantier nazairien, évoquant la construction des sous-stations électriques ou encore de pièces de transition (entre les mâts et les fondations). Et, surtout, la possibilité de faire construire un grand navire de pose d'éoliennes, une commande qui serait évidemment plus que bienvenue. Reste que les projets de parcs éoliens offshores sont encore loin de voir le jour. Après l'annonce du ou des lauréat(s), il faudra attendre la fin de la période de levée de risques, qui durera 18 mois. Ce n'est qu'à cet instant, à la lumière des études menées (techniques et financières), que la phase de conception et de réalisation pourra débuter, l'installation en mer des premières éoliennes n'étant pas prévue avant 2017.

 Le bâtiment logistique Brave  (© : DCNS)
Le bâtiment logistique Brave (© : DCNS)

Anticiper la commande des nouveaux bâtiments logistiques de la marine ?

Ces projets demeurent donc lointains, alors que c'est dès aujourd'hui que le chantier a besoin de commandes. En dehors des navires à passagers et des énergies marines renouvelables, il reste le secteur militaire. Mais, dans ce domaine, les opportunités sont assez minces et, généralement, les bâtiments gris représentent une charge assez relative au regard des capacités industrielles de STX France. Malgré tout, en période vache maigre, même les « petits » bateaux peuvent être salvateurs. Ainsi, en 2009, l'Etat avait soutenu le dernier grand chantier naval civil français en anticipant la commande (prévue initialement après 2015) du troisième bâtiment de projection et de commandement de la Marine nationale, le Dixmude, qui a été livré l'été dernier. Certes, la flotte doit comprendre à terme un quatrième BPC et une nouvelle commande anticipée aurait le mérite d'apporter immédiatement du travail en fabrication. Mais elle ne solutionnerait nullement le grave creux de charge des bureaux d'études, dont les moyens doivent être maintenus à tout prix pour conserver la capacité de conception du chantier, l'une de ses principales richesses. De plus, la charge apportée serait limitée, dans le temps comme en volume. S'il faut trouver une commande militaire, ce n'est donc peut-être pas au quatrième BPC qu'il faut penser. A l'exclusion du second porte-avions, dont il est entendu que sa construction est pour le moment hors de portée budgétaire, il reste le projet Flotte Logistique (Flot Log), qui doit normalement être lancé à partir de 2015. Ce programme vise à remplacer les actuels pétroliers-ravitailleurs de la Marine nationale, qui arrivent en fin de vie, par quatre grands bâtiments logistiques. DCNS, qui travaille sur un design baptisé Brave, pourrait collaborer sur ce dossier avec STX France, qui participerait aux études et se chargerait de réaliser les bâtiments. Ceux-ci devant être construits aux normes civiles, ils se prêtent bien aux compétences nazairiennes et constitueraient une planche de salut idéale. Il y aurait en plus un vrai intérêt opérationnel puisque l'actuelle flotte de ravitaillement, pourtant stratégique pour le groupe aéronaval, sera très bientôt à bout de souffle. Pour lancer Flot Log, il faudrait évidemment un arbitrage budgétaire. Ce sera au politique de décider et faire le bon choix.

Chantiers de l'Atlantique | Toute l'actualité des chantiers de Saint-Nazaire