Construction Navale
Saint-Nazaire : STX France Cabins se diversifie dans l'habitat

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Saint-Nazaire : STX France Cabins se diversifie dans l'habitat

Construction Navale

Filiale de STX France, STX France Cabins, en charge habituellement de la réalisation des cabines des paquebots réalisés à Saint-Nazaire, a présenté hier un beau projet de diversification. Forte de son expérience dans les logements embarqués, la société, touchée comme sa maison-mère par le manque de commandes de paquebots, propose désormais des solutions « clés en main » au secteur de l'habitation. Fort de 160 salariés, sans compter les nombreux sous-traitants gravitant autour d'elle, l'entreprise a déjà réalisé plus de 20.000 modules préfabriqués, principalement pour les paquebots construits à Saint-Nazaire. Depuis le site de Montoir, où elle compte 11 lignes de production sur une surface couverte de 20.000 m2 (capacité de production de 6000 cabines par an), STX France Cabins livre des logements préfabriqués, directement encastrés dans la structure des bateaux et branchés aux différents réseaux du bord (électricité, eau, climatisation...) Suivant le même principe, la société a travaillé durant 6 mois sur l'adaptation de son concept à l'habitat terrestre et à ses contraintes. Car les perspectives sont plus qu'intéressantes.

Cabines du Norwegian Epic (© : MER ET MARINE)
Cabines du Norwegian Epic (© : MER ET MARINE)

Cabine du Norwegian Epic (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Cabine du Norwegian Epic (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

« Nous avons réalisé une étude de marché qui démontre que les besoins en logements sont très importants. Rien que pour les EPAD (établissements pour personnes âgées, ndrl), il faudrait réaliser un million de logements en France. En Loire-Atlantique seulement, ce sont 5000 logements par an qu'il faut construire, dont 3500 logements sociaux. Les besoins sont grands et le marché potentiel existe, d'autant qu'il y a un besoin de logements pas chers, de qualité et pouvant être réalisés rapidement », explique Damien Flichy. Pour le directeur de STX France Cabins, l'entreprise, comme ses sous-traitants, doivent bénéficier de cette diversification : « Notre personne est en train de se former sur certaines techniques du bâtiment. Mais nous souhaitons aller dans cette voie avec nos sous-traitants, auxquels nous sommes très liés. Il s'agit de nous diversifier ensemble, afin que les fournisseurs de la navale ne disparaissent pas ».

En haut à gauche le pod technique avec la partie cuisine, salle de bain et toilettes, entouré de chambres avec des parois de cabines (© : STX FRANCE)
En haut à gauche le pod technique avec la partie cuisine, salle de bain et toilettes, entouré de chambres avec des parois de cabines (© : STX FRANCE)

Un module technique, des kits et un coût très inférieur

Pour cela, la société se place sur le second oeuvre, c'est-à-dire qu'elle ne réalise pas les fondations et les murs, mais vient placer, sur le gros oeuvre, des modules préfabriqués. Elle a, ainsi, conçu un pod (cellule en anglais) renfermant les fonctions techniques du logement (toilettes, salle de bain, cuisine, gaine technique, électricité, évacuation d'eau...), les appareillages étant fournis et posés avec le pod. A l'image de ce qui se pratique sur les paquebots, ce module est préfabriqué et acheminé sur le chantier par camion (il fait moins de 3 mètres de large) ou, le cas échéant, par voie maritime.

 (© : STX FRANCE)
(© : STX FRANCE)

Arrivé sur place, le module est roulé, grâce au même système que celui utilisé pour les paquebots, et posé à son emplacement sur un plancher en béton. Il ne reste ensuite plus qu'à y ajouter divers éléments fournis en kits (plafond, sol, parois), y compris les pièces attenantes, réalisées notamment avec les mêmes cloisons que les cabines (lavables) remplaçant le traditionnel Placoplatre. Puis on relie le pod au réseau du bâtiment via un système de raccordement du type « plug and play ». Les équipes du chantier en charge du gros oeuvre n'ont, alors, qu'à achever la façade. L'avantage du système est qu'il permet de livrer des logements directement sur le chantier, auquel on épargne la coordination des corps de métiers chargés traditionnellement de ce travail.

Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Appartement témoin (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Le principe facilite donc la réalisation du bâtiment, tout en diminuant son emprunte, par exemple acoustique. Les riverains sont, en effet, de plus en plus sensibles aux désagréments occasionnés par les bruits de chantiers, contrainte à laquelle les entreprises doivent s'adapter (par exemple en limitant les horaires de travail). Le recours à des logements préfabriqués réalisés en usine est une solution face à cette problématique, ainsi qu'à celle de la météo, qui peut impacter le travail des ouvriers. Grâce aux équipes spécialisées du site Montoir, STX peut proposer des produits de qualité, tous compatibles avec le label BBC (Bâtiment Basse Consommation). « L'industrialisation de l'installation permet des gains de temps, et donc des économies. La production en usine par une main d'oeuvre qualifiée permet, en parallèle, de minimiser les aléas sur le chantier, où, vu que la co-activité est réduite, la sécurité et la sureté est renforcée », note Damien Flichy. Selon le patron de STX Cabins, tous les gains cumulés aboutiraient à une baisse des coûts de l'ordre de 20% par rapport à la méthode traditionnelle.
Evidemment, le recours à une telle méthode nécessite un travail important en amont, entre STX Cabins, l'architecte, le gros oeuvre et le bureau d'études global (qui gère notamment les colonnes techniques). « Il faut impérativement travailler en amont pour penser le module et le gros oeuvre l'un en fonction de l'autre ».

Conteneur aménagé en logement (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Conteneur aménagé en logement (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

De l'appartement modulaire à la résidence étudiante en conteneurs

STX Cabins vise deux types de marchés. D'abord les logements de service, à l'image des chambres et studios des hôtels, EPAD, foyers de jeunes actifs ou encore résidences étudiantes. Les prix débutent à partir de 1000 euros HT du m2. Le second marché convoité est celui de l'habitat résidentiel individuel ou collectif, avec des logements (allant du T2 au T4 ou plus) articulés autour du pod technique. Ce type de logement débute à partir de 300 euros HT du m2. En revanche, la société a renoncé à s'attaquer aux bureaux, ce secteur déjà très concurrentiel répondant à des normes (feu, acoustique...) différentes de celles de l'habitation, qu'elle pratique de longue date avec les navires à passagers.

Logement de service (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Logement de service (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Logement de service (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Logement de service (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Logement de service (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Logement de service (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Logement de service (© : STX FRANCE)
Logement de service (© : STX FRANCE)

En revanche, toujours dans le secteur du logement, STX a imaginé une solution très originale : celle du conteneur. Il s'agit, dans ce cas, d'aménager les mêmes boites que celles transportant les marchandises sur les bateaux ou les camions. Avantage : Ils présentent des dimensions standardisées (20 pieds ou 40 pieds), sont transportables et très résistants, la durée de vie sans entretien étant estimée à 60 ans. De nombreux conteneurs vides provenant d'Asie étant disponibles en Europe, il suffit de les reconditionner, de remplacer une double porte par une baie vitrée et d'aménager l'intérieur avec, par exemple, comme sur une cabine de paquebot, un bloc sanitaire, auquel on peut ajouter un coin cuisine. Là aussi, il s'agit d'un concept « plug and play ». Il n'y a qu'à poser et brancher. On peut utiliser un seul conteneur, ou empiler les boites les unes sur les autres pour créer un ensemble de logements. Quant au résultat de cette adaptation, si d'extérieur, l'allure du conteneur reste celle d'un conteneur (mais peut être « habillée » sur demande du client), l'intérieur est surprenant et constitue une belle réussite en matière d'ergonomie (on sent là le savoir-faire de STX pour optimiser l'espace sur les cabines de paquebots).

Conteneur de 20 pieds (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Conteneur de 20 pieds (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Conteneur de 20 pieds (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Conteneur de 20 pieds (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Conteneur de 20 pieds (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Conteneur de 20 pieds (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Conteneur de 20 pieds (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Conteneur de 20 pieds (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Conteneur de 20 pieds (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Conteneur de 20 pieds (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Pour STX Cabins, le marché visé avec ce produit est celui des résidences étudiantes, des prisons, du logement d'urgence ou même des particuliers. Le conteneur seul peut, en effet, constituer un logement d'appoint, ou même un hébergement à louer. Il n'y a, d'ailleurs, pas besoin de permis de construire pour une boite de 20 pieds, dont la surface est de 13 m2 (et le poids de 2.2 tonnes). Les tarifs pour ce conteneur de 20 pieds débutent à 1100 euros HT du m2, ceux pour un conteneur de 40 pieds (26 m2) étant de 850 euros HT du m2. On notera qu'il existe déjà en France, notamment au Havre, une résidence étudiante faite de conteneurs. Toutefois, pour ce projet, les boites avaient été acheminées sur leur lieu d'installation et transformées sur place ; une méthode bien différente de la solution fabriquée en usine de STX, qui ne dispose pas, pour l'heure, de concurrent dans l'Hexagone.

Conteneurs en résidence (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Conteneurs en résidence (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Un premier contrat dans la région nantaise

D'après les dirigeants de la société nazairienne, les produits proposés suscitent l'intérêt du secteur de l'habitat. Un premier contrat a, d'ailleurs, été signé avec Harmonie Habitat pour équiper une maison de retraite de la région nantaise. Début 2011, STX France Cabins devra livrer 85 cellules dotées d'un mini-pod intégrant uniquement la fonction salle de bain. Si l'expérience est concluante, cette commande pourrait déboucher sur des projets incluant des pods techniques complets. Des discussions sont également en cours avec les collectivités locales, par exemple sur Saint-Nazaire, où des réflexions sont en cours pour pouvoir installer des conteneurs habitables sur un terrain. A titre de promotion, deux conteneurs aménagés en espace VIP et en espace presse sont, d'ailleurs, en cours de réalisation à Montoir pour être mis à disposition des organisateurs des Escales, festival culturel nazairien qui se déroulera cet été. « Ce sont des débuts très prometteurs et nous sommes persuadés qu'il y a de réelles opportunités en France. Nous ne nous limitons pas au marché local et nous discutons sur des projets dans tout le pays », précise Damien Flichy. La société se veut néanmoins prudente et se fixe des objectifs raisonnables. Sur trois ans, le business plan prévoit simplement que cette activité représente 10 à 20% de la charge de travail du site, soit un chiffre d'affaires de 5 à 10 millions d'euros. « Nos produits suscitent de l'intérêt mais nous arrivons dans un milieu du bâtiment qui fonctionne bien. L'objectif n'est pas de révolutionner les choses. Nos solutions sont une des réponses aux besoins ».

Le Norwegian Epic en juillet 2009 (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Le Norwegian Epic en juillet 2009 (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Compenser l'activité cyclique de la navale

Cette diversification de l'activité de STX France Cabins intervient au moment où la charge de travail de l'entreprise est en très forte baisse. Comme sa maison-mère, la filiale des chantiers nazairiens a subi de plein fouet la longue période sans nouvelle commande de paquebot, cumulée à l'annulation du D33 (sistership du Norwegian Epic de 2114 cabines) et au report du nouveau projet de MSC (qui portait à l'été 2008 sur deux navires de 1275 cabines). Après une activité record en 2009, avec 5500 modules livrés et, par moment, plus de 500 salariés et intérimaires sur site, « Cabins » a pu maintenir son activité en début d'année grâce au travail lié au montage des cabines à bord du Norwegian Epic. Ce paquebot étant désormais parti, il faudra attendre février 2010 pour que la production redémarre au profit de la croisière (avec le V32, nouveau MSC de 1751 cabines, puis le X32 de 1639 cabines pour GNMTC). En attendant, les logements du bâtiment de projection et de commandement Mistral (215 modules) sont une maigre pitance. Quant au chiffre d'affaires, qui a atteint 85 millions d'euros l'an dernier, il devrait être divisé par 8 en 2010. La situation, même si elle a été anticipée (notamment par le recours aux intérimaires durant le pic d'activité), est donc dure. La construction navale connaissant régulièrement des creux de vague, il est donc nécessaire de se diversifier. L'initiative présentée hier n'est, rappelons-le, pas une première. Au début des années 2000, alors qu'Alstom était aux commandes des chantiers, les ex-Ateliers de Montoir avaient lancé le « Nautilhome », un mobilhome imaginé à partir d'une cabine de paquebot. Peut être trop ambitieux, le projet s'est soldé par un cuisant échec. Tirant profit des leçons du passé, STX Cabins a, cette fois, essayé de mieux penser ses produits afin de répondre à des besoins réels et toucher un marché accessible.

Damien Flichy (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)
Damien Flichy (© : BERNARD BIGER - STX FRANCE)

Maintenir le cap, paquebots ou pas

Pour l'entreprise, la diversification doit être un objectif durable et non un simple palliatif en cas d'absence de commandes de paquebots. Par le passé, les efforts en matière de diversification sont, peut être, trop souvent passés à la trappe lorsque la croisière revenait en force, toutes les énergies se mobilisant alors sur le produit phare de Saint-Nazaire. Après avoir frôlé la catastrophe, le chantier, comme ses filiales, ne veulent pas répéter les erreurs. Même si l'activité paquebots redémarre, le cap sera maintenu sur la diversification, assure-t-on chez STX. « Nous n'avons pas attendu pour songer à cette diversification, sur laquelle nous avons commencé à travailler alors même que le carnet de commandes en construction navale était très important. Une nouvelle activité sur l'habitat permettra de compenser, au moins partiellement, les périodes cycliques que nous connaissons dans la navale. Mais il ne s'agit pas de remplacer une activité par une autre. Dans le même temps, il n'est pas non plus question d'abandonner la diversification sous prétexte que les commandes de paquebots redémarrent. C'est pourquoi nous avons, d'ores et déjà, réservé 20% de notre capacité de production à la diversification ». En dehors de l'habitat terrestre, STX France Cabins, dont les bureaux d'études ont semble-t-il du pain sur la planche, compte également se positionner dans l'offshore. L'entreprise a, notamment, travaillé sur un quartier d'habitation en conteneurs destiné à une plateforme.

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)