Construction Navale
Saint-Nazaire : Un accord pour la commande d'un nouveau paquebot

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Saint-Nazaire : Un accord pour la commande d'un nouveau paquebot

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L'Elysée a annoncé hier, en fin d'après-midi, qu'un accord avait été conclu dans la journée avec l'armateur italo-suisse MSC Cruises pour la commande (non encore signée) d'un nouveau paquebot aux chantiers STX France de Saint-Nazaire. Selon les informations recueillies par Mer et Marine, il s'agirait d'une unité directement dérivée des MSC Fantasia et MSC Splendida (333 mètres, 138.000 tonneaux et 1647 cabines), livrés en décembre 2008 et juillet 2009. Le troisième navire bénéficierait d'un certain nombre de modifications, certaines sources évoquant par exemple une différence d'une centaine de cabines. Livrable à priori en 2012, ce navire, reprenant en grande partie le design de ses prédécesseurs, ne nécessite que peu d'études, ce qui signifie qu'il pourra entrer rapidement en production. Chez STX France, on estime que la découpe de la première tôle pourrait intervenir dès le printemps et entrainer une réouverture progressive des ateliers, fermés ces derniers mois en raison de l'important creux de charge que connaît l'entreprise, détenue à 33.34% par l'Etat (50.01% par STX et 16.65% par Alstom). Ainsi, vers le mois de septembre, l'activité en production pourrait retrouver son rythme de croisière.

5 millions d'heures de travail

Pour parvenir à arracher à accord à MSC, confrontée à des difficultés de financement suite à la crise, l'Etat, et notamment les services de Bercy, n'ont pas ménagé leur peine ces derniers mois pour boucler le tour de table financier et apporter les garanties nécessaires. Le projet, dont le coût dépasse 500 millions d'euros, doit, ainsi, bénéficier d'un dispositif d'assurance crédit export mis en oeuvre par la Coface, qui gère notamment les garanties publiques. « La commande de ce nouveau paquebot fournira 5 millions d'heures de travail à STX France, qui a dû faire face à une chute brutale d'activité, comme l'ensemble des chantiers de construction navale dans le monde. Face aux enjeux industriels, économiques et sociaux, et dans la continuité de sa prise de participation d'une minorité de blocage lui confiant des droits étendus sur les décisions stratégiques concernant l'entreprise, l'Etat est resté totalement mobilisé aux côtés de STX France pour concrétiser cette commande, dans le cadre des dispositifs d'assurance crédit export mis en oeuvre par Coface pour le compte de l'Etat et en tant qu'actionnaire », s'est félicité la présidence de la République. Toutefois, contrairement à ce qui a d'abord été cru, le contrat n'a pas été paraphé hier. L'armateur conditionne en effet sa signature au départ de son nouveau navire, le MSC Magnifica, qui sera livré aujourd'hui par STX France.

Le blocage du MSC Magnifica dans la balance

Or, ce paquebot de 93.000 tonneaux et 1275 cabines, qui doit appareiller à la mi-journée avec 600 passagers pour sa croisière inaugurale, est bloqué par un mouvement de grève des agents du port de Nantes Saint-Nazaire. S'opposant aux modalités de la réforme portuaire concernant les transferts d'outillages et les détachements de personnels aux opérateurs privés, la CGT appelle, depuis mardi, les personnels à cesser le travail. Plusieurs navires de commerce sont ainsi bloqués, dont le MSC Magnifica. Ce dernier, pour appareiller, doit franchir la forme-écluse Joubert, manoeuvrée par les agents du port. « Le navire est pris en otage et ce mouvement, pour des intérêts complètement étrangers aux chantiers, peut mettre en péril la signature d'une nouvelle commande, qui est dans une phase ultime avec MSC », soulignait mardi la direction de STX France, qui espère la signature ce jeudi de la lettre d'intention pour le troisième Fantasia. Hier soir, les négociations se poursuivaient avec le syndicat pour libérer le paquebot, un transfert dans la nuit vers le terminal conteneurs de Montoir étant espéré. A 0H30, quatre remorqueurs ont d'ailleurs pris position devant la forme Joubert en vue d'une manoeuvre. Mais finalement, les coques ont rebroussé chemin, le Magnifica étant encore, ce matin à 7H30, dans la forme Joubert.

Emballement politique

Malgré les enjeux sur le bassin d'emploi nazairien, pour lequel ce contrat est vital, la CGT portuaire est restée jusqu'ici inflexible, réclamant de la direction du port des avancées afin de réouvrir les négociations. Dans ce bras de fer entre le syndicat et l'autorité portuaire, certains politiques locaux ont sans doute annoncé un peu trop tôt la bonne nouvelle. Ainsi, dans l'après-midi, un député UMP de Loire-Atlantique révélait à des journalistes que l'Elysée s'apprêtait à communiquer sur la commande de MSC. Malgré les tentatives de Matignon d'empêcher les fuites, la machine médiatique s'est logiquement déclenchée, alimentée à 18H48 par le communiqué de la présidence de la République. La commande étant alors tenue pour acquise, le principal argument avancé auprès de la CGT pour faire cesser le blocage est tombé à l'eau. C'est, malheureusement, oublier que ce n'est pas l'Etat, mais l'armateur qui appose sa signature au contrat. Or, les dirigeants de MSC, qui avaient déjà mal vécu une manifestation organisée il y a quelques années lors de la livraison d'un paquebot, n'ont apparemment pas l'intention de voir le départ de leur nouveau navire retardé par un conflit social. Hier soir, la menace était donc claire : Différer, une fois de plus, une annonce qui est attendue depuis l'été 2008.

Creux de charge persistant et BPC russes en vue

Malgré cette situation très difficile, la direction de STX France espère que MSC acceptera de signer la lettre d'intention (ou la commande) aujourd'hui, à l'occasion de la livraison du MSC Magnifica. La confirmation d'un troisième Fantasia apporterait une importante bouffée d'oxygène pour les chantiers, où des centaines de salariés sont actuellement touchés par des mesures de chômage partiel. « Une période de sous charge sur 2010 et 2011 existe quand même et il faut trouver les meilleures mesures d'accompagnements : plan de formation, utilisation du Droit Individuel à la formation, prêts de personnel... pour l'ensemble des salariés concernés », note toutefois la CFDT. Pour les sous-traitants, la situation sera sans doute plus difficile, notamment en ce qui concerne l'aménagement des paquebots. Contrairement à l'habitude, où ces entreprises passent d'un navire à l'autre en fonction de leur stade d'achèvement, un gros trou de charge se profile entre la livraison du Norwegian Epic, en juin prochain, et la mise à flot du futur MSC (environ 15 mois après la découpe de la première tôle). Entre-temps, les sous-traitants vont devoir trouver des supplétifs, bien qu'un certain nombre soit quand même amené à travailler sur le bâtiment de projection et de commandement Dixmude, mis sur cale au mois de janvier et livrable, pour la partie coque, en mai 2011. Ce programme devrait aussi avoir des extensions à l'export. Ainsi, à l'occasion d'une visite à Paris du président Medvedev, la semaine prochaine, un accord pourrait être annoncé en vue de réaliser à Saint-Nazaire un à deux BPC pour la marine russe (sur un total de 4 bâtiments).

De nouvelles commandes nécessaires

Les BPC, si importants soient-ils, ne suffiront néanmoins pas à maintenir la pleine activité à Saint-Nazaire, même si le nouveau MSC est confirmé. Pour cela, STX France doit impérativement engranger, dans l'année qui vient, de nouveaux contrats. « Il faut dans les mois qui viennent compléter le carnet de commandes, c'est une obligation, sinon ce serait encore une période très délicate à vivre dès mi-2011 », explique la CFDT. Malheureusement, 2010 a mal débuté. Principale commande attendue cette année dans le secteur de la croisière, le projet des nouveaux paquebots de Princess Cruises a échappé aux Français. La compagnie américaine a préféré confier la réalisation de ses unités de 139.000 tonneaux et 1800 cabines à l'Italien Fincantieri, dont le groupe Carnival, maison-mère de Princess, est le client historique. D'autres projets sont néanmoins à l'étude, malgré les difficultés de financement rencontrées depuis la crise. Outre MSC, STX France peut espérer, en 2011, décrocher une nouvelle commande pour son autre client principal, la compagnie américaine NCL. Dans cette perspective, l'achèvement dans les temps et conformément aux spécifications du Norwegian Epic, un géant de 153.000 tonneaux et 2100 cabines, sera fondamental. Alors que d'autres pistes sont suivies dans la croisière, le chantier nazairien compte également récolter les fruits de ses efforts en matière de diversification dans le secteur de l'offshore.

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