Construction Navale
Saint-Nazaire : Un pas de plus vers la commande d'un nouveau MSC

Actualité

Saint-Nazaire : Un pas de plus vers la commande d'un nouveau MSC

Construction Navale

« Terre ! », cria le guetteur, sans pourtant y être encore. C'est de cette manière que l'on peut résumer la dernière annonce en date concernant le projet de commande, à Saint-Nazaire, d'un nouveau paquebot pour MSC Cruises. Mercredi soir, Bercy a fait savoir que « l'ensemble de la documentation technique et juridique » avait été signé le jour même, à Genève, par MSC et STX France. Actionnaire à 33.34% des chantiers nazairiens, l'Etat oeuvre depuis des mois pour inciter l'armateur italo-suisse à passer commande. Pour assurer le financement du projet, dont le coût dépasse 500 millions d'euros, MSC doit notamment bénéficier d'une assurance-crédit export mise en oeuvre par la Coface pour le compte de l'Etat. « La fabrication du nouveau paquebot fournira 5 millions d'heures de travail à STX France. Celle-ci contribuera ainsi à maintenir la capacité de production de la filière de la construction navale du bassin industriel de Saint-Nazaire qui représente plus de 6 000 emplois », s'est félicitée Christine Lagarde. Mercredi, un nouveau pas a donc été franchi vers l'aboutissement du contrat. Mais, indique une source, « on ne peut pas encore dire que c'est ferme et définitif ». Pour preuve, ni le chantier, ni la compagnie, n'ont encore communiqué sur le sujet, ce qu'ils ne se priveront pas de faire lorsque la commande sera belle et bien effective. En fait, d'ultimes discussions seraient en cours concernant le financement du navire.

Rassurer le personnel sur l'avancée du projet

A Saint-Nazaire, on ne doute cependant plus que que le futur MSC devienne réalité et on s'attend à ce que tous les aspects du contrat soient finalisés dans les prochaines semaines. L'annonce de mercredi dernier avait, semble-t-il, surtout pour but de rassurer les personnels, qui commençaient à douter que cette commande, annoncée depuis l'été 2008, devienne un jour réalité. « L'objectif était de montrer que le projet avance », estime-t-on dans l'estuaire de la Loire.
Livrable mi-2012, le nouveau paquebot sera dérivé des MSC Fantasia et MSC Splendida, des unités de 138.000 tonneaux et 1637 cabines achevées en décembre 2009 et juillet 2010. Le nouveau bateau bénéficiera de certains réaménagements et sera doté de plus de cabines, soit 1751 au total. Le 25 février, lors de la livraison du MSC Magnifica, dernier des quatre paquebots du type Musica (1275 cabines), Gianluigi Aponte avait laissé entendre que la commande en passe d'être notifiée aux chantiers de Saint-Nazaire comprendrait une option pour un second navire. Selon certaines sources, il n'en serait finalement rien pour le moment.

Les sous-traitants dans le creux de la vague

La construction d'un nouveau MSC représente, en tous cas, une planche de salut pour STX France, qui n'avait pas enregistré de commande de paquebot depuis mars 2007 (le MSC Magnifica justement). La réalisation du U32, qui a débuté par anticipation en avril, permet de relancer l'activité en production puis en montage, avant de redonner du travail aux aménageurs, essentiellement des sous-traitants. Faute d'avoir signé le contrat plus tôt, ces derniers vont néanmoins faire face à une longue période de vache maigre qui devrait durer une bonne douzaine de mois. Le dernier paquebot en achèvement, le Norwegian Epic (2109 cabines), sera en effet livré mi-juin et les coréalisateurs devront, pour la plupart, attendre que le futur MSC soit mis à flot pour retrouver du travail. Entre les deux paquebots, il ne reste plus aux chantiers que le bâtiment de projection et de commandement Dixmude, dont l'assemblage s'achèvera cet été. Ce navire, qui sera livré en 2011, compte tenu de son caractère militaire et donc de ses aménagements réduits, n'amène que très peu de charge aux entreprises spécialisées dans l'agencement des unités de croisière. Le BPC ne parviendra donc pas à occuper les 2200 personnes, essentiellement des sous-traitants, qui travaillent actuellement sur le Norwegian Epic. La problématique de la sous-charge touche également les bureaux d'études de STX, pour lesquels le nouveau MSC, quasiment identique aux Fantasia, représente une masse de travail peu importante. Il faut donc, impérativement, qu'une commande de navire prototype soit engrangée rapidement afin qu'ils retrouvent une activité normale.

Dans l'attente de la diversification

C'est pourquoi certains syndicats, comme la CGT, s'ils se félicitent de l'avancée du projet MSC, appellent quand même à la prudence. « Dans une situation jamais vécue aux chantiers, avec un carnet de commandes quasiment vide, il est évident que la construction de ce paquebot s'apprécie (mais) cette commande ne doit pas être de la poudre aux yeux qui tenterait de rassurer l'opinion publique. Les milliers de salariés de la navale au chômage témoignent bien que la restructuration de l'entreprise organise la casse de notre fleuron industriel et donc de ses salariés », estime la CGT. Le syndicat défend depuis des années l'intérêt de diversifier la production plutôt que de spécialiser le chantier dans la croisière et donc de le rendre vulnérable en cas de baisse de commandes dans ce secteur, ce qui est le cas depuis 2007. La direction, qui en convient depuis un moment, tente toujours de percer sur d'autres secteurs, comme l'offshore et l'éolien en mer. Mais, malgré les efforts de STX France pour se positionner, aucun succès dans ce domaine n'a été engrangé, en dehors de quelques contrats d'études. Il est vrai que le contexte économique consécutif à la crise, la forte concurrence qui règne dans ce domaine, mais aussi la nécessité pour Saint-Nazaire de convaincre les clients potentiels de ses capacités à mener des projets qui lui sont jusqu'ici étrangers n'ont pas facilité les choses. La direction se veut néanmoins optimiste, espérant décrocher cette année un contrat dans l'offshore, ainsi qu'une nouvelle commande dans le militaire avec le projet des BPC russes, dont la confirmation est espérée en fin d'année.

Chantiers de l'Atlantique | Toute l'actualité des chantiers de Saint-Nazaire