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Saint-Nazaire va lancer la construction du premier BRF de la marine française
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Saint-Nazaire va lancer la construction du premier BRF de la marine française

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Alors que le marché de la croisière est en train de s’effondrer, l’estuaire de la Loire renoue opportunément avec la réalisation de bateaux gris. Pour la première fois depuis 2012 et le programme des ex-BPC russes, finalement vendus à l’Egypte par Naval Group (qui portait ce contrat), les Chantiers de l’Atlantique vont lancer la construction d’un navire militaire. Ainsi, la découpe de la première tôle de la tête de série du programme des bâtiments ravitailleurs de forces (BRF, ex-FLOTLOG) interviendra lundi 18 mai à Saint-Nazaire. Le chef d’état-major de la Marine nationale, l’amiral Christophe Prazuck, doit assister à l’évènement, qui se déroulera en petit comité compte tenu des mesures sanitaires en vigueur. Mais la cérémonie doit également se dérouler en présence de Florence Parly. Il s’agit en effet d’un moment important pour la ministre des Armées, puisqu’il symbolise l’importance des commandes militaires dans le soutien à l’industrie, y compris civile dans ce cas, alors que l’économie est durement touchée par la pandémie de Covid-19. Florence Parly, qui défend justement le maintien des investissements prévus dans le cadre de la loi de programmation militaire, en profitera également pour découvrir le plus grand chantier naval de France et d’Europe. Un site qui réalisera non seulement les BRF, mais aussi le ou les futurs porte-avions de la Marine nationale, projet pour lequel des décisions doivent être prises prochainement par le président de la République.

Comme nous le révélions il y a quelques semaines, des noms d’anciens ingénieurs français ont été retenus pour baptiser les quatre futurs BRF. Il s’agit de Jacques Chevallier, Emile Bertin, Gustave Zédé et Jacques Stosskopf (voir leur biographie dans notre article du mois de mars). On ne sait pas encore quel sera l’ordre retenu, et notamment quel nom sera choisi pour le bâtiment tête de série, que l’on ne connait pour le moment à Saint-Nazaire que sous son numéro de coque, le C35. Livrable fin 2022/début 2023, il sera suivi par le D35 en 2025, le E35 en 2027 et le F35 en 2029.

Issus du projet Flotte Logistique (FLOTLOG), les BRF sont appelés à succéder au pétrolier-ravitailleur Meuse, qui datait de 1980 et désarmé en 2015, ainsi qu’aux trois bâtiments de commandement et de ravitaillement (BCR) encore en service, le Var, la Marne et la Somme, navires de 157 mètres et 18.000 tonnes de déplacement à pleine charge respectivement mis en service en 1983, 1987 et 1990.

Nettement plus gros que leurs aînés, les BRF mesureront 194 mètres de long pour 27.4 mètres de large, leur déplacement atteignant 31.000 tpc (environ 16.000 lège), ce qui en fera les plus lourdes unités de la marine française après le porte-avions Charles de Gaulle. Le troisième et le quatrième pourraient même être plus grands si le ou les futur(s) porte-avions français ne sont pas à propulsion nucléaire.

Initialement prévu pour être conduit de manière purement nationale, le programme a finalement été placé sous bannière européenne et donc confié à l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR). Cela, dans le cadre d’une coopération franco-italienne, la France ayant choisi de développer les BRF sur la base du design du nouveau ravitailleur de la marine italienne, le Vulcano, conçu et réalisé par Fincantieri. L’OCCAR a notifié en janvier 2019 la commande à un groupement comprenant les Chantiers de l’Atlantique (mandataire) et Naval Group. Les navires seront coréalisés avec Fincantieri, qui agira en sous-traitance. Au-delà des plans du Vulcano largement modifiés pour les besoins français, le groupe italien doit produire la section avant de chaque BRF. Elles seriont ensuite remorquées à Saint-Nazaire, qui assurera leur assemblage au reste de la coque produit sur place, l’armement de l’ensemble puis les essais en coopération avec Naval Group, qui se chargera de l'intégration du système de combat.

A ce titre, un certain flou artistique règne depuis un an et demi quant aux systèmes électroniques et armements dont seront dotés les BRF. Initialement, les décisions devaient être prises pour l’été 2019 au plus tard, mais elles ne sont toujours pas officialisées. Comme nous l’expliquions en février, Thales et Nexter seraient parvenus à la faveur de ce programme à placer leur nouveau canon de 40mm, le RAPIDFire naval, mais son développement sera beaucoup plus coûteux que l’achat d’une artillerie existante sur le marché international. Il faut donc dégager du budget et, dans le même temps, répondre aux besoins opérationnels en matière d’autodéfense des bâtiments face aux menaces actuelles et futures, en particulier la prolifération des missiles antinavire. Dans ce cadre, les BRF devraient non seulement disposer de deux canons de moyen calibre, mais également de missiles surface-air à très courte. Des études sont ainsi en cours pour intégrer des lanceurs Simbad-RC équipés de missiles Mistral 3.

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