Construction Navale
Saint-Nazaire : Visite présidentielle aux chantiers

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Saint-Nazaire : Visite présidentielle aux chantiers

Construction Navale

Alors que leur actionnaire sud-coréen a cessé toute démarche active pour les vendre, les chantiers de Saint-Nazaire ont reçu hier la visite de François Hollande. Le président de la République, qui s’était rendu chez STX France lors de la campagne de 2012, est revenu pour la première fois dans son costume de chef d’Etat. Une visite pour constater la renaissance de la navale nazairienne, qui tourne de nouveau à plein régime grâce aux commandes enregistrées ces deux dernières années.  François Hollande a visité les ateliers, mais aussi le plus grand paquebot du monde, l’Harmony of the Seas, en achèvement à flot  et à bord duquel il s’est adressé aux salariés et sous-traitants : « Vous êtes une fierté pour notre pays », a affirmé François Hollande, se félicitant que la situation se soit redressée depuis sa précédente visite. Il est également revenu sur les ex-bâtiments de projection et de commandement russes, que l’Egypte a officiellement acquis le week-end dernier. Et assuré que l’opération « ne coûtera pas un centime d’euro » à STX France. Rappelant le rôle important joué par l’Etat et les collectivités locales dans le redressement du chantier, via notamment les facilités offertes par les crédits à l’exportation, le soutien à la modernisation de l’outil industriel et au développement de nouvelles technologies, François Hollande a confirmé que l’entreprise bénéficierait d’un financement de 4 millions d’euros pour son projet de R&D qur les paquebots Genesis 2.

 

 

François Hollande donne des gages sur l’actionnariat

Aucune annonce majeure n’est donc intervenue. François Hollande, qui a plaidé pour le « dialogue social » et rencontré les syndicats, a cependant donné des gages quant à l’actionnariat du chantier. « Il nous a assuré que l’Etat resterait très attentif et ne laisserait pas faire n’importe quoi en cas de changement dans le capital », explique un représentant de la CFDT. Pour mémoire, le sud-coréen STX Offshore and Shipbuilding, qui détient 66.66% de l’entreprise (l’Etat possède 33.34%) avait initié à l’été 2014 la mise en vente de sa participation. Mais les propositions reçues ne se sont pas révélées satisfaisantes. Tant et si bien qu’il a cessé ses démarches actives, STX France n’étant officiellement plus en vente. Ce qui ne signifie pas qu’en cas d’opportunité, les Coréens ne se décideront pas à s’en séparer.

Une solution de reprise française toujours à l’étude

C’est pourquoi les syndicats, comme les pouvoirs publics, demeurent vigilants. Et qu’à la région des Pays de la Loire, on continue de soutenir l’émergence d’une solution de reprise tricolore permettant de solutionner une bonne fois pour toute le problème et, au passage, refaire passer Saint-Nazaire sous pavillon national. « Les réflexions sur un projet français se poursuivent, même s’il n’y a plus d’urgence. Nous continuons de réfléchir à cette hypothèse car elle permettrait d’offrir une stabilité dans l’actionnariat et donc une stabilité pour le chantier, tout en ayant un centre de décision basé à Saint-Nazaire », explique Christophe Clergeau, premier vice-président de la région. La collectivité s’est dite il y a déjà plusieurs mois prête à participer, le cas échéant, à un tour de table réunissant des investisseurs français, sachant que le rachat de la participation de STX Offshore & Shipbuilding est estimée tout au plus à une cinquantaine de millions d’euros (Daewoo, qui avait envisagé une reprise avant d’y renoncer, a évoqué un investissement de 34 millions).

 

Les chantiers nazairiens (© : NSNP - ANDRE BOCQUEL)

Les chantiers nazairiens (© : NSNP - ANDRE BOCQUEL)

 

« Le creuset d’une industrie qui se réinvente »

Au cours de sa visite, François Hollande a donc salué  le renouveau industriel de Saint-Nazaire, mais aussi son évolution avec le développement de nouvelles filières, en particulier dans les énergies marines renouvelables. « Nous sommes ici dans le creuset d’une industrie qui se réinvente et, autour de STX France et des autres grands acteurs économiques de la région, comme Airbus, c’est un socle multi-filières de haute technologie que nous voyons se développer, avec des retombées importantes pour l’ensemble du territoire », souligne Christophe Clergeau. Alors que l’aéronautique repart de plus belle, la navale est donc entrée dans un nouvel âge d’or, avec un carnet de commandes comprenant six paquebots et trois autres en option, de quoi assurer de la charge jusqu’en 2020, voire 2022. Et d’autres contrats sont en cours de négociation. Pendant ce temps, la filière liée aux EMR devient une réalité. STX France, qui a inauguré cet été une toute nouvelle usine dédiée à la production de sous-stations électriques et fondations métalliques pour les champs éoliens offshore, a décroché ses premières commandes. Des marchés remportés à l’export, dans un environnement extrêmement concurrentiel, prouvant que Saint-Nazaire est à la hauteur de la compétition mondiale. Idem pour Alstom et ses toutes nouvelles usines de production de nacelles et de turbines d’éoliennes marines. Là aussi, l’activité va monter en puissance dès l’année prochaine avec l’exécution de premiers contrats à l’étranger (Etats-Unis et Allemagne notamment) précédant les livraisons prévues pour les premiers champs français. A l’arrivée, ce sont des milliers d’emplois qui sont en train d’être créés et cette embellie bénéficie à toute la région, et même au-delà.

 

Les nouvelles usines d'Alstom (© : NSNP - ANDRE BOCQUEL)

Les nouvelles usines d'Alstom (© : NSNP - ANDRE BOCQUEL)

 

Avance technologique et usine du futur

D’autant que des efforts considérables sont en parallèle réalisés en matière de recherche et de développement. Ainsi, pour permettre aux industries marines et aéronautiques d’innover, demeurer en position de leader et accentuer leur développement, industriels, enseignement, organismes de formation, collectivités locales et Etat ont uni leurs forces pour développer des outils tels que le Technocampus Ocean. Elément clé de la « Jules Verne Manufacturing Valley », qui dispose entre autres d’un nouveau centre de réalité virtuelle près de Saint-Nazaire, cette plateforme d’innovation, implantée à côté de Nantes et qui sera inaugurée demain, va plancher sur les technologies avancées de production composites, métalliques et structures hybrides. Complétant l’Institut de Recherche technologique Jules Vernes et le Pôle EMC2 dédié aux composites, le Technocampus Ocean, en mutualisant les moyens industriels et académiques, permettra de développer l’usine et les technologies de demain, tout en disposant d’un important volet de formation pour transférer les avancées obtenues vers les entreprises.

 

Le Technocampus Océan (© : DR)

Le Technocampus Océan (© : DR)

Le nouveau centre de réalité virtuelle de Montoir (© : MER ET MARINE)

L'IRT Jules Verne (© : IRT JULES VERNE)

 

Manque de main d’œuvre qualifiée

La formation qui est dès aujourd’hui une priorité pour les industriels et les pouvoirs publics. Car, si l’industrie repart clairement de l’avant sur les bords de Loire, la création de nouveaux emplois ne va pas forcément de pair avec la baisse du chômage. Pour pourvoir les nouveaux postes, il faut en effet des personnels qualifiés et il en manque clairement dans l’ouest. Au point que de nombreuses entreprises sont obligées de faire appel à de la main d’oeuvre étrangère. Parfois, c’est une question financière, la sous-traitance européenne et internationale pouvant coûter moins cher. Et il y a dans certains cas des abus, que les syndicats de STX France, en particulier, dénoncent et pour lesquels ils appellent à un renforcement des contrôles comme l’application de sanctions. Dans son discours, François Hollande les a rejoints en exigeant que l’emploi de salariés étrangers  le soit « aux mêmes conditions » que leurs homologues français. Néanmoins, cette question de la sous-traitance étrangère, qui sert aussi de variable d’ajustement à une activité historiquement cyclique et permet dans le même temps d’absorber une part non négligeable des efforts de compétitivité, est largement instrumentalisée. « Ce n’est pas qu’une question de coût et le problème ne date pas d’hier. Sur un navire où nous avons travaillé, notre équipe comprenait une vingtaine de Français et autant de Roumains. Nous n’avons pas employé ces travailleurs étrangers pour une question financière, puisqu’ils nous coûtaient le même prix que leurs collègues Français, mais parce que nous ne sommes pas parvenus, notamment dans la spécialité de menuisier bois, à trouver les compétences dans l’Hexagone », explique le patron d’une entreprise sous-traitante, qui n’est pas le seul à faire ce constat.

 

Soudeur chez STX France (© : MER ET MARINE)

Soudeur chez STX France (© : MER ET MARINE)

 

Relancer l’enseignement, l’apprentissage et l’attractivité de certains métiers

D’où la nécessité de lancer en France des actions très fortes en faveur de l’attractivité et du développement de certaines filières professionnelles. Soudeur, charpentier métaux, menuisier mais aussi bien d’autres métiers connaissent en effet une pénurie de main d’œuvre. « On parle d’emplois qualifiés. On ne peut pas, comme on l’entend parfois de manière démagogique, prendre simplement des gens à Pôle emploi et les envoyer travailler aux chantiers. C’est d’abord faire peu de cas des compétences des salariés de STX France, et ça ne correspond pas à la réalité. Il faut d’abord que les demandeurs d’emploi soient intéressés et aient les compétences comme le profil requis. S'ils n'ont pas les qualifications, il faut alors voir s'ils peuvent être formés. Il est dans le même temps nécessaire d’attirer les jeunes et relancer les filières d’enseignement professionnel et d’apprentissage. Ce n’est donc pas si simple que certains voudraient le faire croire », souligne-t-on à la CFDT.  

Plus de 6000 personnes travaillent sur le chantier

En attendant de trouver des solutions pour accroître les retombées de la relance de l’activité industrielle sur le bassin d’emploi, les embauches reprennent tout de même assez fortement au sein des chantiers nazairiens et de leurs sous-traitants. STX France compte désormais 2260 personnes, soit environ 400 de plus en trois ans, alors que plus de 4000 sous-traitants travaillent actuellement sur le site, avec des salariés et intérimaires en grande majorité français. Un chiffre qui a doublé depuis 2012 et devrait encore augmenter dans les années à venir.

 

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)