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SAMU Maritime : Elément clé des interventions au large

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SAMU Maritime : Elément clé des interventions au large

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Comme nous l'avons vu vendredi dernier, au travers de l'exercice Manchex 08 (*), le rôle du SAMU est primordial lors d'une intervention sur un navire en difficulté. Le Service d'aide médicale urgente assure, en effet, la coordination médicale des opérations et joue un rôle de conseil auprès du préfet maritime, responsable de la mise en oeuvre des moyens de sauvetage. C'est en 1989, au travers d'une circulaire, que la vocation maritime de certains SAMU est apparue. Il était alors question de transformer en SAMU maritimes tous SAMU côtiers. Toutefois, dans les régions, cette idée s'est rapidement heurtée aux réalités géographiques. Ainsi, dans le Nord, les urgentistes de Lille n'avaient, par exemple, qu'une approche limitée des problématiques d'intervention en mer. La nécessité de simplifier le travail avec les Centre Opérationnels Régionaux de Secours et de Sauvetage (CROSS) et la nécessité pour eux de disposer d'un correspondant médical identifié était pourtant évident. C'est pourquoi les SAMU se sont accordés entre eux. Pour la Manche et la mer du Nord, Lille, Amiens ou encore Caen ont préféré que Le Havre prennent en charge cette mission. Au début des années 2000, un accord de partenariat a par conséquent été passé avec les CROSS, Le Havre devenant SAMU de coordination médicale pour la Manche et la mer du Nord. « L'idée est de se reposer sur des SAMU qui, par leur implantation, ont une approche maritime. Cette vocation s'exprime dans l'organisation de l'aide médicale en mer », explique Christian Drieux, directeur du SAMU du Havre. Il existe désormais, en France, quatre SAMU de coordination : Le Havre, Brest, Bayonne et Toulon.

Equipe du SMUR sur le remorqueur Abeille Liberté, où avait été installé un poste médical avancé pendant Manchex 08 (© : MER ET MARINE - ERIC HOURI)
Equipe du SMUR sur le remorqueur Abeille Liberté, où avait été installé un poste médical avancé pendant Manchex 08 (© : MER ET MARINE - ERIC HOURI)

Evaluer la situation et déterminer les moyens à déployer

Au large des côtes françaises, lorsqu'un navire rencontre un problème médical qu'il ne peut traiter à bord, le capitaine contacte le Centre de Consultation Médicale Maritime de Toulouse. Si la demande du bateau nécessite une intervention, le CROSS va devoir déterminer les moyens les plus adaptés à mettre en oeuvre. Le SAMU intervient alors en position de conseiller, indiquant par exemple s'il est préférable d'envoyer un hélicoptère ou une vedette. Mais les urgentistes ne font pas que conseiller. Ils interviennent également en mer, s'appuyant sur les équipes mobiles du Service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR). Pour la Seine-Maritime, cela représente 20 médecins et une soixantaine de personnels paramédicaux. Ces équipes interviennent essentiellement en milieu terrestre, par exemple sur les accidents routiers, mais reçoivent toutes une formation pour intervenir en mer. « Nous disposons de trois équipes médicales et il peut y avoir une astreinte, ce qui permet d'avoir une disponibilité pour intervenir rapidement. Il y a des entrainements réguliers aux hélitreuillages, notamment avec les sauveteurs de la SNSM, mais aussi, comme le littoral comporte des zones de falaises, des entrainements en milieux périlleux. Médecins et infirmiers disposent aussi d'équipements appropriés, comme des combinaisons étanches et des casques radio. L'intervention en milieu maritime ne s'improvise pas. On ne part pas en mer avec une simple blouse, il faut des gens entrainés », souligne Christian Drieux. En cas d'alerte sur un navire en difficulté, les médecins sont intégrés à l'équipe d'évaluation et d'intervention déployée par le CROSS. Constituée également de marins-pompiers, elle va se rendre au plus vite sur le bateau pour en faire l'état des lieux matériel et sanitaire. Et c'est en fonction de ce premier bilan, établi grâce aux éléments recueillis, que la préfecture maritime décidera du type d'opération à lancer.

Equipe du SMUR sur le remorqueur Abeille Liberté (© : MER ET MARINE - ERIC HOURI)
Equipe du SMUR sur le remorqueur Abeille Liberté (© : MER ET MARINE - ERIC HOURI)

En cas de catastrophe, par exemple un grave incendie sur un ferry, le SAMU a la possibilité de déployer un Poste Médical Avancé. Ce dernier sera installé sur le navire de commerce ou, en cas d'impossibilité, sur un autre bâtiment. Ainsi, lors de l'exercice de mercredi dernier au large de Dieppe, le PMA, dont le matériel est acheminé par voie aérienne, avait été installé sur le remorqueur d'intervention Abeille Liberté. Les personnels médicaux vont, alors, accueillir et catégoriser les victimes, en fonction de leur état. Les urgences seront évidemment traitées en priorité et les blessés conditionnés pour être évacués le plus vite possible par hélicoptère. L'équipe médicale est, dans le même temps, en contact avec les équipes à terre, permettant à ces dernières de s'organiser avant même l'arrivée des blessés.

Au PMA, l'équipe médical tri les victimes en fonction de la gravité des blessures (© : MER ET MARINE - ERIC HOURI)
Au PMA, l'équipe médical tri les victimes en fonction de la gravité des blessures (© : MER ET MARINE - ERIC HOURI)

Conditionnement d'une civière pour un hélitreuillage (© : MER ET MARINE - ERIC HOURI)
Conditionnement d'une civière pour un hélitreuillage (© : MER ET MARINE - ERIC HOURI)

Le problème des moyens

Après l'instauration de SAMU maritimes, qui assurent donc un service de conseil et de coordination, une réflexion est en cours pour créer des SMUR maritimes, c'est-à-dire des équipes mobiles spécialement dédiées à l'intervention en mer et dotées des moyens correspondants. Car, pour l'heure, la constitution d'équipe d'intervention n'est pas clairement définie. « Le ministère de la Santé travaille sur la reconnaissance de SMUR maritimes, dont on estime que le nombre devrait être de trois ou quatre. Pour le moment, il n'y a pas de prise en compte financière par les hôpitaux, ce qui pose un problème de financement des moyens et des entrainements ». Or, dans le cadre de la refonte du plan ORSEC maritime, le rôle des SMUR en mer s'est considérablement renforcé. Alors qu'autrefois, la priorité était d'organiser l'évacuation des blessés dont la prise en charge se faisait essentiellement à terre, la tendance est aujourd'hui au développement du traitement des victimes sur site, notamment au travers du PMA, ce qui nécessite des moyens.

Le PMA permet une première prise en charge des blessés (© : MER ET MARINE - ERIC HOURI)
Le PMA permet une première prise en charge des blessés (© : MER ET MARINE - ERIC HOURI)

Des discussions sont donc en cours pour que les SMUR soient dotés de matériels spécifiques. « Actuellement, nous avons du matériel terrestre qui n'est pas très adapté aux contraintes maritimes. Nous devons aussi pouvoir disposer d'un nombre important de civières de treuillage, que nous devons avoir avec nous à bord. Cela permettrait de mieux préparer les victimes et d'effectuer du treuillage en série, dès que les hélicoptères se présentent. Il faut aussi travailler sur l'oxygénothérapie. Dans le cas d'une évacuation d'un ferry en flammes, nous aurions beaucoup de brûlés et d'intoxiqués. A terre, ce sont les ambulances qui amènent l'oxygène. En mer, on doit aussi pouvoir déployer de grandes quantité d'oxygène ». Les médecins et infirmiers espèrent, par conséquent, que les SMUR maritimes seront rapidement reconnus et dotés des moyens nécessaires. Car, en cas de naufrage ou d'incident grave sur un navire à passagers, ce ne sont pas quelques dizaines mais des centaines de victimes qu'il faudra secourir.
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- Voir notre article sur Manchex 08

Christian Drieux, à gauche, dirige le SAMU du Havre (© : MER ET MARINE - ERIC HOURI)
Christian Drieux, à gauche, dirige le SAMU du Havre (© : MER ET MARINE - ERIC HOURI)

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