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Marine Marchande
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Samuel de Champlain : LMG Marin détaille le chantier de conversion GNL

Marine Marchande

C’est une grande première que s’apprête à vivre la drague Samuel de Champlain. Cet été, le navire de GIE Dragage Ports, qui opère dans le port de Nantes Saint-Nazaire et l’estuaire de la Seine, va rejoindre le chantier Damen de Dunkerque pour un arrêt de trois mois visant au remplacement de sa propulsion diesel par des moteurs fonctionnant au GNL.

Trouver de la place dans un navire très encombré

Pour effectuer l’ingénierie, c’est le cabinet toulousain LMG Marin France, filiale du groupe norvégien LMG Marin et grand spécialiste de la propulsion GNL, qui est à la manœuvre. « Depuis l’appel d’offres, qui a attribué le marché en juillet dernier, nous travaillons beaucoup en amont de l’arrêt technique pour le rendre le plus court possible. Nous nous réunissons régulièrement avec le chantier et l’armateur pour pouvoir préparer au mieux la remotorisation. De nombreux sous-traitants sont déjà sélectionnés et Damen Dunkerque a établi le calendrier de fabrication, dès avril-mai, des différentes éléments de structure et de la tuyauterie qui devront être installés », détaille Frédéric Collin, responsable du projet chez LMG Marin France.

Le défi technique relevé est important : « une drague est un navire particulier. Les aménagements sont compacts, il n’y a pas d’espace vide, et en termes de modifications structurelles, il n’y a pas énormément de marge de manœuvre. Sans compter le fait que les contraintes d’opération sont primordiales : le bateau, qui travaille avec de grosses contraintes et par tous les temps, ne doit pas voir son profil opérationnel modifié par cette nouvelle motorisation ».

 

(© : NSNP - ANDRE BOCQUEL)

(© : NSNP - ANDRE BOCQUEL) 

(© : FABIEN MONTREUIL)

(© : FABIEN MONTREUIL) 

 

Des cuves et des TCS Cryonorm, des tuyauteries soigneusement isolées

En clair, il a fallu composer sur un navire très exigeant. Alors les architectes toulousains ont imaginé des solutions originales. « La première chose à laquelle nous avons réfléchi ce sont les cuves de GNL ». Pour pallier au manque de place, ils ont décidé de les suspendre au-dessus du puits de la drague. « Il y a un jeu de poutres existant, mais il a fallu en créer des nouvelles. Nous avons choisi deux cuves de type C de 170 m3 Cryonorm, en inox avec une double-enveloppe et qui fonctionnent jusqu’à 10 bars de pression. Elles sont côte-à-côte et nous permettent d’avoir de la redondance. Par ailleurs, le choix des cuves type C longitudinal nous permet de nous affranchir des effets de carène liquide ». Grâce à cette capacité, le navire aura une semaine d’autonomie en fonctionnement GNL.

« Cryonorm fournira également les 2 TCS, le compartiment collé à la cuve GNL qui est constitué de deux évaporateurs, un qui prépare le gaz à partir du GNL pour servir de carburant aux moteurs, et un autre qui sert au contrôle de la pression dans les cuves». Les cuves, situées dans la partie centrale-avant, seront reliées aux moteurs, à l’arrière, par une tuyauterie sur le pont, en double-parois et avec une isolation au nitrogène. « Nous avons pris cette précaution d’isolation supplémentaire, qui n’est pas imposée par la règlementation, car elle permet de détecter et de contenir de possibles fuites de la première paroi. De plus le bateau reçoit beaucoup de paquets de mer sur le pont quand il travaille ».

Des moteurs qui doivent supporter de gros impacts de charge

Il a également fallu rajouter trois compartiments sur le pont. Les deux premiers sont dédiés aux GVUs (gaz valve unit) qui contrôlent les conditions dans lesquelles le gaz sorti du TCS va entrer dans le moteur. C’est un équipement de sécurité important qui permet de détecter les dysfonctionnements et d’isoler la cuve. « Il y a un GVU par moteur, ce qui en fait donc trois à installer. Pour des raisons de place, nous en avons placé deux dans un compartiment et le troisième dans un autre ». Ces GVU, fournis par MAN, seront reliés par de la tuyauterie double-parois aux trois nouveaux générateurs MAN 35/44 DF. « Notre choix s’est porté sur cette série de moteurs parce qu’elle affiche une puissance plus importante que ses équivalents et qu’elle garantit un très bon niveau d’efficacité même lors d’impacts de charge importants, ce qui est primordial compte tenu du type d’opérations de la drague ». Les nouveaux moteurs étant plus volumineux que les anciens, il a fallu prévoir de déplacer la cloison de la salle des machines vers l’arrière.  

En plus de ces nouveaux équipements, LMG Marin France a également planifié l’installation de systèmes auxiliaires, comme un générateur d’azote pour la purge des tuyauteries, ou encore les stations de soutage. « Les modalités de soutage ne sont pas encore définies dans le détail. Il nous faut donc prévoir une solution flexible qui puisse recevoir du GNL en provenance de camions sur le quai, d’un souteur ou encore d’un terminal ». Deux stations, également livrées par Cryonorm, seront installées de chaque côté du navire.

 

(© : NSNP)

(© : NSNP) 

 

Aucune contrainte supplémentaire pour l'équipage

Toutes ces opérations, qui devront être réalisées dans une durée contrainte, sont soigneusement préparées. « Nous avons effectué tous les calculs d’éléments finis, notamment pour les poutres et les cuves ainsi que les calculs de stabilité. Mais il n’y aura pas de grands changements. Et surtout, nous voulons garantir que ce ne sera aucunement une contrainte pour l’équipage de passer à une propulsion GNL ».

En effet, le cabinet LMG Marin France mise beaucoup sur ce carburant pour lequel il a développé une importante expertise. « Nous avons des références en constructions neuves, en conversions, nous maîtrisons parfaitement les aspects règlementaires et avons beaucoup d’expérience sur la sécurité et l’analyse de risques. Pour la Samuel de Champlain, nous l’avons d’ailleurs déjà effectué et elle sera très bientôt soumise  à la classe et au pavillon». 10 personnes travaillent actuellement dans l’entreprise qui ambitionne de renforcer son positionnement sur toute la chaîne GNL, à savoir les bateaux de transport, la propulsion et le soutage.

 

 

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