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Sauvetage en mer : Un « plan B » à l'étude en cas d'arrêt anticipé du Super Frelon

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Sauvetage en mer : Un « plan B » à l'étude en cas d'arrêt anticipé du Super Frelon

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L'Etat-major des Armées prend très au sérieux une éventuelle rupture capacitaire du Super Frelon, seul hélicoptère lourd à long rayon d'action capable de mener des missions de sauvetage hauturier. L'appareil, presque quarantenaire, doit être remplacé par le NH90 mais ce dernier a pris beaucoup de retard. La livraison des premiers exemplaires par Eurocopter n'interviendra, au mieux, qu'en novembre 2009. « Le Super Frelon est prévu pour voler jusqu'en 2011 mais si, d'ici là, il y a un problème technique majeur qui nécessite un apport financier trop conséquent, il faudra l'arrêter. De même, si le retard du NH90 est trop important, il faut prévoir une solution de rechange », a expliqué à la rédaction de Mer et Marine un officier. Regroupés au sein de la flottille 32F de l'aéronautique navale, seuls 8 Super Frelon sont encore en service et maintenir le potentiel de ces machines et des équipages devient un véritable casse-tête. Ainsi, en avril, la marine a été contrainte d'arrêter durant 15 jours les Super Frelon. « On tenait l'alerte mais on n'arrivait plus à assurer la formation des équipages ». Les missions ont alors été reportées sur les Dauphin et Panther, hélicoptères légers ayant des capacités beaucoup plus réduites que celles de leur grand frère. « Le Super Frelon est le seul appareil à pouvoir assurer des missions de service public lourd et hauturier. Il peut intervenir à 150 nautiques et rester 4H30 en vol ». Durant la courte période où la 32F est restée en « retrait », aucun navire en perdition loin des côtes n'a nécessité une assistance. Mais cette situation pousse les armées à prendre des mesures pour éviter de se retrouver démunies en cas de gros pépin technique clouant au sol les derniers Super Frelon. L'Etat ne serait alors plus en mesure d'assumer pleinement sa responsabilité en matière d'assistance et de secours aux usagers de la mer.

  Un EC 725 Caracal (© : AVIATION-FRANCAISE.COM)
Un EC 725 Caracal (© : AVIATION-FRANCAISE.COM)

Maintenir les compétences

Au-delà des machines, le problème majeur réside dans le maintien des compétences des équipages. Le sauvetage en mer est, en effet, un savoir-faire très pointu nécessitant des années d'expérience. « Aller secourir un chalutier, en pleine nuit, à 150 nautiques des côtes et dans une mer démontée n'est pas à la portée de tous les pilotes. Il faut quatre bonnes années pour former un pilote SAR (Search and Rescue, ndlr) expérimenté. Pour conduire en confiance une mission dans des conditions extrêmes, il faut en effet avoir réalisé un certain nombre de sauvetages, notamment de nuit », souligne un ancien pilote de Super Frelon. Or, selon certains marins, « on n'arrivera sans doute pas, jusqu'en 2011, à régénérer un vivier suffisant pour alimenter la filière NH90 de sauvetage en haute mer. Il faut donc trouver des solutions pour pérenniser les compétences ». Plusieurs pistes sont actuellement à l'étude pour permettre le maintien d'un nombre suffisant d'équipages formés. A l'automne, des heures de formation sur simulateur pourraient être achetées à Helisim, filiale d'Eurocopter basée à Marignane. Les marins commenceraient alors à se familiariser avec un autre type d'appareil, l'EC 225, hélicoptère de transport notamment utilisé dans l'offshore. Une autre piste est évoquée du côté de l'Organisme à Vocation InterArmées de Cazaux. L'OVIA dispose notamment d'hélicoptères de l'Armée de l'Air EC 725 RESCO Caracal, version militaire de l'EC 225. Si la base aérienne de Cazaux n'a pas, pour l'heure, vocation à assurer des missions de sauvetage en mer, un de ses hélicoptères a néanmoins réalisé, le 17 janvier dernier, une opération d'évacuation sur un vraquier navigant dans le golfe de Gascogne. Les inquiétudes portant sur le maintien des Super Frelon pourraient donc inciter les armées à développer au sein de l'OVIA une capacité d'intervention hauturière. Il s'agirait d'un transfert de compétence au travers duquel les marins apporteraient leur expertise.

  Un EC 225 (© : EUROCOPTER)
Un EC 225 (© : EUROCOPTER)

Location d'EC 225

En plus du maintien d'un vivier de pilotes à même d'assurer des missions de service public au large, le ministère de la Défense doit, dans le même temps, pouvoir pallier à un éventuel arrêt anticipé des Super Frelon. « Si, demain, le Super Frelon n'existe plus à cause d'un problème technique irréversible, on n'aura plus rien pour aller faire du sauvetage au large. Il faudra alors se retourner vers le secteur civil », estime un militaire. En clair, l'Etat pourrait soit se reposer sur une nouvelle compétence au sein de l'OVIA, soit être amené à utiliser des EC 225. Ces hélicoptères seraient loués à des sociétés spécialisées, travaillant notamment pour le secteur de l'offshore. « Le marché de la location est une éventualité à l'étude, au cas où. L'acquisition d'hélicoptères est beaucoup plus simple que le maintien des compétences ». D'où, au préalable, la formation des équipages, notamment sur simulateur, au maniement de ces hélicoptères. Quant au coût d'une telle opération, qui ne pourrait donc voir le jour qu'en cas d'arrêt anticipé du Super Frelon, il serait financé par un report des crédits de maintien en condition opérationnelle (MCO) actuellement affecté à l'hélicoptère lourd de la marine.

  La marine aura 27 NH90, dont 13 en version transport (© : NH90.NET)
La marine aura 27 NH90, dont 13 en version transport (© : NH90.NET)

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