Science et Environnement
Sciences de la mer : Un institut des Nations-Unies en projet à Brest

Interview

Sciences de la mer : Un institut des Nations-Unies en projet à Brest

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L'agglomération brestoise accueillera peut-être d'ici un an un institut de l'Université des Nations-Unies consacré aux sciences de la mer. Le projet, favorablement accueilli au plan international, est en phase de recherche de financements. Son porteur, Denis Bailly, économiste à l'IUEM, nous dit ce qu'il en est.
 

Denis Bailly, qu'est-ce que l'Unu ?

Au début des années 70, les Nations-Unies ont éprouvé le besoin de s'appuyer sur les universités, afin de développer leur action, notamment au profit des pays en voie de développement. Elles ont alors créé un réseau d'instituts appelé « Université des Nations-Unies », calqué sur le modèle universitaire, avec une vocation de recherche appliquée et de formation. On ne compte aujourd'hui que 13 instituts de l'Unu à travers le monde, tous spécialisés dans un domaine précis. Il n'en existe encore aucun sur celui que nous portons : la science et la gouvernance des océans et des littoraux.

Comment est né le projet de créer un institut de l'Unu à Brest ?

Après l'abandon du projet Climsat, qui aurait dû être un centre mondial de l'expertise sur le climat, basé à Brest, la région Bretagne avait demandé à l'Institut universitaire européen de la mer (IUEM) de diagnostiquer les raisons de cet échec, qui s'expliquait par le fait que le projet venait de l'extérieur. La Région a tout remis à plat pour obtenir un label des Nations-Unies dans le domaine des sciences de la mer, qui constitue l'un de nos domaines d'excellence.

Comment s'est monté ce projet ?

À la demande de la région, le président de l'Université européenne de Bretagne a missionné l'IUEM pour une étude, qui est portée par Sabrina Speich, physicienne spécialisée dans le climat et l'océan, et par moi-même. Notre travail ayant été validé par les instances politiques (le conseil régional, via son vice-président à l'eau et au climat, Dominique Ramard, le conseil général et BMO) et universitaires, je l'ai présenté en juin au siège des Nations-Unies, à New York, puis à Tokyo, devant le recteur de l'Unu. Dans les deux cas, il a été chaleureusement accueilli. Il a aussi reçu un accueil enthousiaste à l'IUEM, où je l'ai présenté il y a quelques jours et je pars aujourd'hui même (lundi, NDLR) découvrir le fonctionnement de l'institut de l'Unu installé à Maastricht, aux Pays-Bas. Il restera ensuite à proposer un dossier de candidature.

Comment cela va-t-il se passer ?

Pour être accepté, un projet d'institut de l'Unu doit être à la fois porté par un ou plusieurs états et disposer d'une structure de financement pérenne, sur le modèle des fondations anglo-saxonnes, en se finançant grâce aux intérêts générés par son capital, qui doit se monter au moins à 10 ou 20 millions de dollars, étalés sur quatre ou cinq ans. En France, on connaît mal ce modèle. Pour simplifier, actuellement, nous recherchons de l'argent, en souhaitant d'abord des fonds publics, même si nous ne fermons pas la porte, pour la suite, à des fonds privés. Une fois le financement trouvé, il restera à convaincre le conseil académique de l'Unu, ce qui peut aller très vite.

Le projet est donc bien parti ?

Je le pense, d'autant qu'il se monte en parallèle avec la préparation de la conférence « Paris climat 2015 » et que l'UBO est prête à y allouer 200 m² de locaux du nouveau bâtiment multimédia en construction à l'IUEM. Nous espérons le voir aboutir d'ici un an. Nous comptons sur un engagement de la France, même si le Japon est intéressé et que les États-Unis, l'Afrique du Sud et l'Australie pourraient l'être aussi. Cet institut de l'université des Nations-Unies, qui pourrait associer tous les chercheurs brestois, bretons et de bien au-delà travaillant sur les sciences de la mer, serait alors le seul à être installé sur le sol français !


Propos recueillis par Patrice Le Berre, de la rédaction du Télégramme