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Scorpène : DCNS veut décrocher au moins deux nouveaux contrats

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Scorpène : DCNS veut décrocher au moins deux nouveaux contrats

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Le groupe naval français compte bien remporter, dans la prochaine décennie, au moins deux nouveaux contrats pour le Scorpène. Ce sous-marin d'attaque à propulsion conventionnelle a, déjà, rencontré un beau succès en étant vendu à quatre marines. Premier client, le Chili en a commandé deux exemplaires en 1997. Puis la Malaisie a signé en 2002 pour deux bâtiments, alors que l'Inde donnait son feu vert, en 2005, pour six unités. Dernier client en date, le Brésil a confirmé, cette année, la commande de quatre Scorpène. En tout, ce sont donc 14 Scorpène qui ont été vendus à ce jour, les bâtiments indiens et brésiliens étant construits en transfert de technologie. Pour la suite, DCNS estime que le marché potentiel est encore très important pour son produit, d'autant que son principal concurrent, l'Allemand TKMS, a rencontré des déboires avec le type 214.

Où placer de nouveaux bateaux ?

Le groupe français semble miser, en premier lieu, sur les clients déjà conquis. L'Inde a, notamment, prévu l'acquisition de six nouveaux sous-marins dans les prochaines années. Le Chili doit, par ailleurs, prévoir le remplacement de ses deux unités du type 209/1400, mises en service en 1984. La Malaisie, qui dispose avec ses deux nouveaux Scorpène des premiers sous-marins de son histoire, semble, pour sa part, vouloir renforcer cette force naissante qui lui confère un nouveau poids militaire en Asie du sud-est. DCNS s'intéresse aussi aux réflexions de l'Australie, qui compte lancer, en 2011, des études en vue de renouveler ses six sous-marins du type Collins, livrés entre 1996 et 2003. Les futurs bâtiments devront entrer en service à partir de 2025 et DCNS ne manquera pas de se positionner. Il pourrait également y avoir des opportunités, dans les prochaines années, du côté de Singapour. Ce pays devra, en effet, renouveler ses sous-marins acquis d'occasion auprès de la Suède.

Navire évolutif

Long de 67 mètres pour un déplacement d'environ 1700 tonnes en plongée, le Scorpène est doté de six tubes de 533mm, permettant de mettre en oeuvre jusqu'à 18 armes (torpilles lourdes et missiles antinavire). Conçu dans les années 90, ce bâtiment a bénéficié du retour d'expérience de DCNS sur le programme des sous-marins nucléaires d'engins de nouvelle génération du type Le Triomphant, réputés notamment pour leur discrétion acoustique. Au cours des essais du premier de la série, le Chilien O'Higgins, les ingénieurs ont constaté que le nouveau sous-marin affichait des performances très intéressantes et se révélait particulièrement silencieux. Depuis les premières études, le produit a bien entendu évolué et, au fil des avancées techniques et technologiques, intègre différentes innovations. Ainsi, DCNS propose désormais le Scorpène avec un système de propulsion en circuit fermé (AIP) MESMA, aujourd'hui opérationnel, tout en travaillant au développement d'un AIP utilisant des piles à combustible. De même, le Scorpène peut, si le client le souhaite, intégrer des barres de plongée en forme de croix de Saint-André, ce qui améliore sa manoeuvrabilité.

Produit initialement franco-espagnol

La Marine nationale ayant décidé, dans les années 90, de ne conserver que des sous-marins à propulsion nucléaire, DCNS (la Direction des Constructions Navales à l'époque) a été contraint de s'allier à l'industrie espagnole pour développer, en coopération, un nouveau sous-marin conventionnel. Ce bateau, destiné à succéder aux Daphné et Agosta, a d'emblée été imaginé par les Français pour le marché export. Le rapprochement avec l'industrie espagnole (aujourd'hui Navantia) devait, initialement, permettre de disposer d'un premier client, en l'occurence l'Armada, qui préparait le remplacement de ses quatre Daphné et quatre Agosta. Le Scorpène a donc été étudié en coopération et, comme les premiers débouchés furent finalement à l'export, un accord fut signé en vue de coréaliser les bâtiments sur les sites de Cherbourg et Carthagène. Tombèrent ainsi dans l'escarcelle de DCNS et Navantia les contrats chilien (remporté notamment grâce à l'appui politique espagnol) puis malaisien. Pour ces sous-marins, les Français ont réalisé les parties avant et les Espagnols les sections arrière, chacun réalisant alternativement l'assemblage final et l'achèvement. Mais les relations entre les deux partenaires se sont dégradées progressivement. Le torchon commença à brûler en 2003, lorsque l'Espagne décida de commander à Navantia non pas des Scorpène mais des S 80, version purement espagnole dérivée du produit développé avec les Français mais dotée d'un système de combat et d'armements américains.

Le litige avec Navantia pas encore résolu

Furieux, les Français ont non seulement vu le marché ibérique s'évanouir, mais ont aussi fait face à la concurrence du S80 à l'export. C'est ainsi que le sous-marin espagnol a été présenté à plusieurs reprises contre le Scorpène. La situation était d'autant plus compliquée que les Espagnols, en raison des accords de coopération, étaient toujours présents dans les projets Scorpène proposés par DCNS à ses clients. Pour calmer les velléités espagnoles, le groupe français a présenté, en 2006, le Marlin. Il s'agissait d'une version « améliorée » du Scorpène, dotée notamment de barres de plongée en croix de Saint-André. Mais, commercialement, ce nouveau produit ne parvint pas à s'imposer auprès des clients, notamment du Pakistan. L'échec de la contre-offensive Marlin a donc poussé DCNS à prendre des mesures plus radicales. En 2008, ne parvenant pas à trouver un compromis avec Madrid, l'accord de coopération avec Navantia a été dénoncé par les Français, qui ont voulu reprendre leur indépendance. L'affaire se révèle toutefois compliquée au niveau juridique. « Il y a maintenant un litige qu'il est préférable de régler à l'amiable plutôt que devant les tribunaux, où nous ne ferons qu'enrichir les avocats », reconnaît la direction de DCNS. Pour les nouveaux contrats, comme celui signé avec le Brésil, on ne sait par exemple toujours pas si les Espagnols sont exclus où, se basant sur l'ancien accord de coopération, réclament des royalties aux Français...

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