Marine Marchande
Scrubbers open-loop : de nouvelles interrogations environnementales devant l’OMI

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Scrubbers open-loop : de nouvelles interrogations environnementales devant l’OMI

Marine Marchande

Depuis ces derniers mois, les ports mondiaux sont de plus en plus nombreux à bannir l’usage de scrubbers en mode open-loop, c’est-à-dire avec un rejet à la mer des eaux de lavage des fumées.

Pour mémoire, les scrubbers servent principalement à neutraliser les oxydes de soufre provoqués par la combustion du fuel lourd. Ils ont notamment été largement installés dans le cadre de l’entrée en vigueur, le 1er janvier dernier, du Sulfur Cap, une règlementation internationale réduisant drastiquement les SOx au niveau mondial. En équipant leurs navires, neufs ou anciens, de scrubbers, les armateurs choisissent de continuer à fonctionner avec du fuel lourd, soit parce qu’ils ne souhaitent pas utiliser du diesel ou soit parce qu’ils ne souhaitent pas modifier leur propulsion existante ou s’engager vers une motorisation GNL. Les scrubbers peuvent fonctionner en circuit fermé (close-loop) dans lequel les eaux servant au traitement des fumées sont stockées à bord pour retraitement, ou en open-loop, où, donc, elles sont rejetées à la mer. Des dispositifs hybrides permettent d’utiliser les deux modes, selon, notamment, l’endroit où l’on se trouve. Comme on l’imagine aisément, l’utilisation du mode close-loop est plus contraignante pour l’armateur que ce soit techniquement et, bien sûr, financièrement.

Depuis l’entrée en vigueur du Sulfur Cap, on assiste à une bataille rangée entre les partisans du GNL, ceux des scrubbers, notamment open-loop, et ceux qui pensent déjà à la génération de propulsion suivante, remplissant non seulement les critères du Sulfur Cap mais également ceux de la réduction de CO2. L’enjeu est, pour tous les lobbies, le même : se créer un cadre règlementaire favorable ou, tout au moins, pas trop contraignant. On assiste donc à une multiplication de publications émanant des uns ou des autres mettant en avant la nocivité ou l’irréalisme de la proposition d’en face.

Des composés chimiques dans l'alimentation ?

Mais le dernier rapport en date n’émane, a priori, pas d’un lobby industriel. Il s’agit d’une publication du GESAMP (Groupe mixte d'experts chargé d'étudier les aspects scientifiques de la protection de l'environnement marin), un comité scientifique sur lequel s’appuient neuf institutions des Nations-Unies (dont l’OMI et la FAO) depuis 1969.  Et celui-ci s’inquiète de l’évaluation scientifique des effets des effluents de scrubbers sur l’écosystème marin et à plus forte raison sur l’ensemble de la chaîne alimentaire, y compris dans les espèces consommées par les humains. Le rapport s’inquiète notamment de la conséquence du relargage des hydrocarbures polycycliques aromatiques, des métaux lourds et des composés organiques volatiles qui pourraient se retrouver concentrés et redistribués dans la chaîne alimentaire complète. Une première étude avait été menée dans ce sens par l’agence américaine de protection de l’environnement en 2011 à partir d’échantillons d’effluents prélevés sur trois navires différents. Elle avait fait état de teneur en HPA et en métaux lourds supérieurs à la règlementation étasunienne.

Les experts du GESAMP estiment qu’il faut aller encore plus loin et quantifier exactement l’impact des effluents de scrubbers notamment sur l’alimentation humaine. En attendant, ils recommandent au MEPC, le comité spécialisé dans les questions environnementales de l’OMI, de réviser les limites de HPA des effluents dans la règlementation actuelle, mais aussi de définir une nouvelle méthodologie de suivi et des nouvelles limites en la matière.

Le MEPC, particulièrement sollicité en ce moment, se tiendra fin avril à Londres.