Marine Marchande
SeaFrance dans une situation critique

Actualité

SeaFrance dans une situation critique

Marine Marchande

Les ferries de SeaFrance sont restés à quai tout le week-end, obligeant plus de 50.000 clients britanniques et français de la compagnie à trouver une solution alternative pour franchir le détroit du Pas-de-Calais. Initié par la CFDT Maritime Nord, le mouvement de grève a débuté vendredi matin pour des questions de primes retranchées et d'effectifs réduits sur les traversées de nuit. Il ne s'agit pas de nouveautés, mais de mesures appliquées dans le cadre du plan de redressement de la compagnie, signé le 7 janvier par l'ensemble des organisations syndicales. Après des mois de conflit, la CFDT avait finalement paraphé le texte, à l'issue d'un référendum à l'occasion duquel la majorité des salariés donnait son aval aux accords de médiation et de productivité. D'où la stupeur de la direction. « Nous avions réussis, grâce à la médiation, à signer un accord avec toutes les organisations syndicales. Le plan est en cours et, aujourd'hui, l'organisation majoritaire n'accepte pas les effets des accords et veut les remettre en cause ! La réorganisation est pourtant absolument nécessaire et ne peut tarder », estime Vincent Launay, directeur général adjoint de SeaFrance.

Les pertes s'accumulent

Ce plan de redressement, qui prévoit 483 suppressions de postes sur 1580 personnes salariées aujourd'hui, a pour but d'éviter le naufrage de SeaFrance, une filiale de la SNCF lourdement déficitaire. Actuellement, la compagnie perd entre 100 et 150.000 euros par jour, ses pertes atteignant déjà 53 millions d'euros. Et le mouvement du week-end pascal va lui coûter 1.25 million d'euros supplémentaires, soit l'équivalent du chiffre d'affaires tourisme du mois de février, comprenant notamment les départs en sports d'hiver. Pour assurer la survie de sa filiale, la SNCF doit la recapitaliser à hauteur de 170 millions d'euros, un effort d'autant plus important que le groupe ferroviaire a vu ses pertes atteindre 1 milliard d'euros en 2009. Outre son actionnaire, SeaFrance doit également convaincre la Commission Européenne d'accepter ce refinancement, ce qui n'a rien d'évident au regard de la réglementation sur la concurrence. Le déclenchement d'une grève pendant le week-end de Pâques, l'un des plus chargés de l'année, intervient donc au pire moment. « Cette grève tombe très mal compte tenu de la situation économique de SeaFrance. Le résultat d'exploitation est actuellement négatif et nous avons accumulé des pertes. Nous avons un besoin de refinancement très important, qui fait l'objet d'une demande auprès des autorités européennes. Or, au moment où nous avons besoin de montrer la volonté de SeaFrance de s'en sortir de manière solide, sérieuse et définitive ; le syndicat majoritaire lance un mouvement de grève », s'indigne Vincent Launay.

« Nous allons droit à la fermeture de l'entreprise »

A la CGT officiers, on considère l'action de la CFDT comme « suicidaire et irresponsable ». Au sein du syndicat, on se dit « extrêmement pessimiste » et on parle de « ras-le bol de nombreux personnels » face à un conflit « incompréhensible » qui « met en péril l'avenir de la compagnie ». Ce week-end, Jean-Claude Dechappe, DRH de SeaFrance, n'y est pas allé par quatre chemins : « Notre actionnaire ne va pas pouvoir poursuivre son soutien. Nous sommes au bord de la faillite et nous allons droit au dépôt de bilan, c'est à dire à la fermeture de l'entreprise ». Selon la direction, le mouvement, serait, de plus, relativement peu suivi, puisque seule une dizaine de marins, sur un effectif de 70 navigants par navire, aurait cessé le travail. « Je refuse qu'une dizaine de personnes mène SeaFrance et tous ses salariés à la faillite. Je ne comprends pas la position de la CFDT Maritime Nord qui rejette aujourd'hui le plan de redressement qu'elle avait signé depuis moins de trois mois. J'appelle tous les salariés à reprendre immédiatement le travail pour permettre le sauvetage de l'entreprise tant que cela reste possible », a expliqué Pierre Fa, président du Directoire de SeaFrance.

My Ferry Link (ex-SeaFrance)