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SeaFrance : Gérer une flotte et ses marins

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Sur les six navires que compte SeaFrance, deux sont récents. Sisterships, bien que construits dans deux chantiers différents (Aker Finlande et Saint-Nazaire), les Rodin et Berlioz (1900 passagers, 120 camions) ont rejoint Calais en 2001 et 2005. Les autres ferries sont plus anciens, comme le Nord-Pas-de-Calais (85 camions) livré par les chantiers de Dunkerque en 1987, le Manet (1650 passagers, 50 camions), sorti des chantiers nantais Dubigeon en 1984 et le Renoir (1650 passagers, 45 camions) remis par les ACH du Havre en 1981. Le Cézanne, avec ses 1800 passagers et 78 camions, est actuellement le doyen de la flotte. Construit à Malmö en 1980, il a été transformé en car ferry en 1990. Malgré leur âge, ces unités sont utilisées intensivement dans le détroit où SeaFrance propose 23 rotations quotidiennes. « L'utilisation est particulière dans ce secteur et le matériel est mis à rude épreuve. Notre politique est donc axée sur un très bon entretien des bateaux avec une attention plus régulière qui nous permettra de ne réaliser les arrêts techniques qu'au bout de 18 mois, contre un an jusqu'ici », explique Charles Boutry. Le directeur de l'armement est en lien permanent avec les commandants, qui passent en revue, avec lui et chaque mois, l'état de leurs bateaux.

Espacer les passages en cale sèche

« Nous avons mis en place un dispositif d'alerte technique permettant d'anticiper et de prévoir les réparations en amont. Le chef mécanicien remet un rapport détaillé tous les trimestres pour éviter les arrêts techniques impromptu. Le taux de fiabilité est désormais excellent puisque 99% des traversées annoncées ont été réalisées », se félicite Jean-Claude Dechappe, secrétaire général de SeaFrance. A bord du Nord Pas de Calais, comme sur les autres navires de la flotte, l'équipage, notamment les mécaniciens, est au petit soins pour son bateau, d'autant que celui-ci fêtera l'année prochaine son trentième anniversaire : « La propreté est primordiale, surtout qu'avec l'âge, les navires sont plus difficiles à entretenir », souligne Jean-François Bastard. A l'instar des autres chefs mécaniciens de SeaFrance, l'officier doit veiller à la mise en oeuvre de la nouvelle politique d'entretien de la compagnie, qui vise à allonger la durée entre deux arrêts techniques. L'expérimentation dure depuis plus d'un an : « Le challenge, c'est un passage au bassin tous les deux ans. Entre ces arrêts, les escales techniques doivent être les plus courtes possibles, tout en restant à flot. Pour y parvenir, il faut une vigilance accrue sur tout ce qui est extérieur et inaccessible, par exemple les stabilisateurs et les hélices. Nous devons veiller à l'état et aux jeux des apparaux et nous anticipons par des travaux et un planning d'entretien très strict. Quand il y a un arrêt technique, on prévoit de changer tout ce qui peut poser problème dans les deux ans à venir », précise Jean-François Bastard.

« En avance sur la productivité »

Pour Jean-Claude Dechappe, la gestion d'une flotte en permanente activité est une entreprise complexe qui demande beaucoup de savoir-faire et de communication : « Nous sommes très sensibles à la productivité set avons été les premiers à faire six traversées et des escales de 45 minutes. Les résultats n'ont as été obtenus par hasard. Tout est minuté. Tout le monde s'est fortement impliqué, du passage des amarres au chargement. Il faut également beaucoup dialogue et casser les barrières entre la terre et les navigants, entre les commerciaux et les opérationnels ». Pour les marins, le passage à une flotte à six navires sans augmenter les équipages a été un gros challenge : « C'est le fuit de longues négociations. Il y avait un certain nombre de difficultés, comme les relèves et toute la logistique à mettre en place », rappelle Charles Boutry. Ce système, qui laisse volontairement deux ferries, les Renoir et Cézanne, en sous activité (un en service le matin, l'autre l'après-midi), permet de répondre aux arrêts techniques programmés ou aux éventuelles avaries. Le baptême du feu des équipages nouvelle formule s'est produit le 28 juin, lorsque le Rodin a été arrêté : « Le personnel du Service à la clientèle, « service général » a quitté son bateau, a traversé le parking et a armé le Cézanne en une petite heure ». Ces gains de productivité et ces changements de rythme, parfois délicats à mettre en place auprès du personnel, sont vitaux pour l'avenir de SeaFrance face au développement de la concurrence. A lui seul, Mario Monfregola résume l'attachement viscéral des marins à leur entreprise. Entré dans la compagnie en 1977, ce marin du Nord Pas de Calais voit son bateau comme une « deuxième maison ». Si le délégué syndical rappelle qu'il « ne faut pas laisser partir le pavillon français », il estime néanmoins qu'il « faut savoir s'adapter et les gens l'ont bien compris, surtout avec l'arrivée des compagnies low cost ».

Zone à risques

Issus dans leur grande majorité des écoles de la Marine Marchande, les 150 officiers de SeaFrance ont, pour la plupart, reçus des formations pont et machine : « La polyvalence permet d'avoir une vision globale du navire et une conscience technique de ce qui se passe dans l'autre service », précise Charles Boutry. Sur un ferry de SeaFrance, le temps passe particulièrement vite. Les traversées, qui durent moins d'une heure trente, sont ponctuées par des escales très rapide, déchargement et chargement des passagers et véhicules ne prenant pas plus de 45 minutes. Outre ce rythme soutenu, la navigation dans cette zone est délicate, à la fois parceque les ferries coupent la route maritime entre les ports du Nord et l'Atlantique, mais aussi en raison de la configuration de Douvres et Calais, dont les sorties ou entrées sont complexes, surtout avec du vent et par mer formée. « C'est pourquoi les commandants sont également pilotes. Le second capitaine passe sa licence à Calais et à Douvres, lors de deux examens différents. On ne recrute jamais des commandants d'autres compagnies mais des gens de SeaFrance qui ont vu les manoeuvres des centaines de fois. On laisse une première fois la manoeuvre quand il fait beau, puis quand il y a un peu de vent? L'apprentissage est assez long, plusieurs mois sont nécessaires ».

Formations permanentes

Outre les 150 officiers, SeaFrance emploie 1100 autres navigants. Afin d'assurer le service aux passagers, dans les bars, restaurants et boutiques, des personnels en provenance de l'hôtellerie sont recrutés et forment le service général. Leur nombre est variable suivant la taille du navire et le nom bre de passagers, de 60 sur le Renoir à 80 sur le Berlioz. « La compagnie doit pallier le manque de culture maritime en assurant elle-même la formation de maritime de base et les procédures de sécurité », explique le directeur de l'armement. Pour les marins, qui effectuent les manoeuvres, le problème se pose différemment, SeaFrance étant touchée, comme les autres compagnies françaises, par une pénurie de candidats : « Il devient difficile de trouver des marins qualifiés. On ne trouve plus que quelques lycées maritimes mais les gens sont surtout destinés à la pêche ». Une fois salariés, les personnels reçoivent régulièrement des formations ou des remises à niveau, notamment en matière de sécurité : « C'est un système d'amélioration continu, avec des entraînements réguliers pour maintenir le niveau des personnels sur procédures en cas d'incendie ou encore d'abandon. Tous les deux mois, des points sont réalisés sur les actions entreprises sur chaque bateau, même si avec les effets de bordées, il n'est pas évident d'obtenir une continuité », souligne Jean-Claude Dechappe. En 2005, tous secteurs confondus, 32.000 heures de formations ont été dispensées, soit 3% de la masse salariale. Un travail important est également réalisé sur la gestion des risques et sur la protection individuelle, notamment au niveau des équipements. Certains personnels sont en effet particulièrement exposés, notamment les marins du pont. Les risques principaux sont liés au travail dans les garages, aux chutes et aux manipulations. « Il faut prendre la notion des risques et surtout se rappeler que l'habitude est la pire ennemie ».
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