Marine Marchande
SeaFrance : La grève de trop ?

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SeaFrance : La grève de trop ?

Marine Marchande

« C'est suicidaire et nous sommes extrêmement pessimistes ». Telle est l'opinion d'un officier de SeaFrance après un Comité d'Entreprise houleux et le déclenchement d'une grève par la CFDT. Depuis vendredi, les ferries SeaFrance Berlioz, SeaFrance Rodin et SeaFrance Molière sont bloqués à Calais. A bord, les marins dénoncent les conditions de travail, l'armement ou encore le plan de sauvegarde de l'emploi, pourtant négocié dans le cadre de l'accord de médiation approuvé par les syndicats et la direction. Pour celle-ci, le déclenchement d'un mouvement social lors de l'un des plus gros week-ends d'activité de l'année est catastrophique. Plus de 50.000 passagers devaient être transportés. « Cette grève tombe très mal compte tenu de la situation économique de SeaFrance. Le résultat d'exploitation est actuellement négatif et nous avons accumulé des pertes. Nous avons un besoin de refinancement très important, qui fait l'objet d'une demande auprès des autorités européennes. Or, au moment où donc besoin de montrer la volonté de SeaFrance de s'en sortir de manière solide, sérieuse et définitive ; le syndicat majoritaire lance un mouvement de grève », regrette Vincent Launay, directeur général adjoint de SeaFrance.

Un besoin de refinancement de 170 millions d'euros

Le « préjudice » est donc important, à la fois vis-à-vis de la clientèle et pour les résultats financiers de l'armement, mais aussi par rapport à Bruxelles, qu'il faut encore convaincre d'accepter un refinancement très importants de la part de la SNCF, maison mère de SeaFrance. Les retards engendrés par les interminables négociations et blocages sur le plan de redressement ont, en effet, eu pour conséquence d'alourdir la facture. Les besoins de refinancement de SeaFrance sont aujourd'hui de 170 millions d'euros. « Nous avions réussis, grâce à la médiation, à signer un accord avec toutes les organisations syndicales. Le plan est en cours et, aujourd'hui, l'organisation majoritaire n'accepte pas les effets des accords ! La réorganisation est pourtant absolument nécessaire et ne peut tarder », martèle Vincent Launay, qui parle de situation « très inquiétante ».
Le contexte est d'autant plus délicat qu'outre l'aval de l'Europe, la compagnie doit aussi veiller à ne pas pousser à bout son actionnaire. Avec des pertes record de 1 milliard d'euros en 2009, la SNCF pourrait finir par lâcher sa filiale. « SeaFrance perd entre 100 et 150.000 euros par jour. Notre actionnaire ne va pas pouvoir poursuivre son soutien. Nous sommes au bord de la faillite et nous allons droit au dépôt de bilan, c'est à dire à la fermeture de l'entreprise », a déclaré dimanche Jean-Claude Dechappe, qui a appelé les salariés nos grévistes à faire entendre raison à leurs collègues pour éviter le pire.

My Ferry Link (ex-SeaFrance)