Marine Marchande
SeaFrance : La SCOP seule en lice mais sans financement

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SeaFrance : La SCOP seule en lice mais sans financement

Marine Marchande

C'était le dernier jour. Le tribunal de commerce de Paris avait fixé le 12 décembre comme date butoir pour le dépôt de projets de reprise de SeaFrance. Seul le projet de coopérative, porté par les syndicalistes CFDT, a été déposé. Mais celui-ci ne dispose pas, à l'heure actuelle, des financements nécessaires.
Dans l'après-midi d'hier, les représentants syndicaux ont expliqué qu'il manquait 40 millions d'euros pour que les navires - tous les 4 bloqués à quai depuis le 15 novembre - puissent reprendre leur activité. Une somme difficile à réunir, malgré le concours annoncé de plusieurs collectivités locales.

L'alliance LDA - DFDS se retire

De son côté l'alliance LDA-DFDS a annoncé avoir jeté l'éponge. Dans un communiqué commun, les deux compagnies précisent que "depuis la décision du Tribunal de liquider la société SeaFrance et de fixer au 12 décembre la date ultime de dépôt de nouvelles offres, DFDS et Louis Dreyfus Armateurs ont entrepris d'importantes démarches avec la plupart des parties concernées, afin de pouvoir construire une nouvelle offre. La priorité était de répondre aux préoccupations sociales exprimées et d'augmenter le nombre de salariés repris dans l'offre. Malheureusement, dans le cours de ce processus, il n'a pas été possible de rencontrer le syndicat majoritaire de la société SeaFrance qui a d'ailleurs toujours systématiquement décliné nos propositions de rencontre, et encore une fois ces derniers jours. En conséquence, et conscients de l'importance d'avoir des relations sociales constructives et stables avec tous les syndicats représentant les salariés de SeaFrance, DFDS et Louis Dreyfus Armateurs ont décidé de ne pas soumettre une offre révisée". Et ce, alors qu'en fin de semaine dernière, l'autorité de la concurrence, qui avait, dans un premier temps, rejeté l'offre des deux compagnies, a finalement donné son aval à leur projet de reprise. LDA et DFDS précisent encore qu'ils regrettent "sincèrement cette décision, d'autant que le projet industriel de rapprochement entre les groupes DFDS et Louis Dreyfus Armateurs reste intact. De fait, nous croyons que ce partenariat est dans une position privilégiée pour créer un environnement de travail durable, attractif et stable pour une majorité des salariés actuels de SeaFrance, incluant le déploiement de navires sous pavillon français. Nous continuerons à examiner la situation et évaluer toutes les possibilités futures qui pourraient se présenter pour notre partenariat commun".

Le ministre attend la décision de justice

L'avenir paraît donc bien sombre pour la compagnie nordiste. Le seul projet de reprise est difficilement viable. "Le financement est loin d'être bouclé. Il manque tout l'argent. Officiellement on a une quinzaine de millions d'euros", a reconnu Eric Vercoutre, secrétaire du comité d'entreprise CFDT. Les porteurs de projet de SCOP ont sollicité l'aide du Fonds Stratégique d'Investissement (FSI), mais ce dernier a refusé de recevoir la CFDT , invoquant un veto de la Commission européenne qui avait retoqué début octobre un plan de recapitalisation de SeaFrance par la SNCF, sa maison-mère.
Du côté du gouvernement, et notamment du ministre Thierry Mariani, on attend la décision judiciaire. "C'est le tribunal qui jugera si l'offre (de la SCOP) est viable ou pas", a précisé le ministre des Transports. Ce dernier ajoute quand même qu'il regrette "que la table ronde où les représentants des syndicats étaient invités ait tourné court", causant selon lui l'abandon de LDA, a-t-il ajouté. "Ils ont pratiqué la politique de la chaise vide".
L'avenir de SeaFrance reste donc suspendu à la décision du tribunal de commerce de Paris. Et à l'offre de la SCOP, qui reste bien hypothétique.

My Ferry Link (ex-SeaFrance)