Marine Marchande
SeaFrance : LD Lines jette l'éponge

Actualité

SeaFrance : LD Lines jette l'éponge

Marine Marchande

LD Lines a annoncé hier qu'elle retirait son offre de fusion avec SeaFrance, propriété à 100% de la SNCF. La filiale de Louis Dreyfus Armateurs jette l'éponge, en raison, notamment, de l'opposition syndicale à son projet. « C'était une clé essentielle de la réussite. Nous aurions souhaité pouvoir présenter notre projet aux partenaires sociaux, car c'était un projet industriel qui avait du sens et permettait de sauver de nombreux emplois chez SeaFrance. Mais les syndicats sont restés sur des positions dogmatiques et on fait de la surenchère, ce qui fait que les conditions de la réussite du projet n'existent plus », estime Pierre Géhanne, directeur général de LDA. L'armement avait pourtant élaboré une stratégie qui aurait pu séduire, en proposant de baser des bateaux de SeaFrance à Boulogne et de faire jouer les synergies avec LD Lines. Les collectivités locales avaient été sensibles à ces arguments, le Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais apportant son soutien.
Outre l'opposition des syndicats, tant chez les marins que chez les officiers, LDA a aussi décidé de mettre fin aux négociations en raison pour des questions de planning et d'absence de réponse de la SNCF, à la date buttoir du 16 mars. A cette occasion, on a d'ailleurs appris que les discussions ne duraient pas depuis quelques semaines, mais bien depuis six mois.

« La SNCF est venue nous chercher pour sauver SeaFrance »

Selon LD Lines, c'est en effet le 15 décembre 2008 que les premières propositions de reprise de la compagnie de Calais ont été transmises à la SNCF. Puis, le 23 février, LD adressait une « offre ferme et engageant » au groupe public, portant sur la création d'un « Grand SeaFrance ». Conservant la marque de SeaFrance, la nouvelle compagnie, avec son siège à Calais, aurait associé les lignes de SeaFrance et LD Lines. Or, après avoir indiqué début mars qu'elle n'avait pas reçu d'offre - ce que dément catégoriquement LD Lines - la SNCF avait affirmé le 12 mars aux représentants CGT que « SeaFrance n'était pas à vendre » ; propos de Guillaume Pépy ont été rapportés par plusieurs responsables syndicaux. D'où l'étonnement de Pierre Géhanne face aux déclarations de la maison mère de SeaFrance : « La SNCF est venue nous chercher pour sauver SeaFrance. Nous avons travaillé et fait une offre. Nous attendions le 16 mars mais nous n'avons pas eu de réponse. On ne peut pas attendre indéfiniment car nous avons nos propres impératifs et nos propres projets ».

6 à 8 rotations quotidiennes dans le détroit cet été

La SNCF n'ayant pas donné suite à sa proposition, LD Lines en revient donc à son plan de développement initial, qui va passer par une concurrence frontale avec SeaFrance. Comme annoncé précédemment, la compagnie ouvrira en juillet une nouvelle ligne entre Boulogne et Douvres. Deux bateaux sont prévus sur ce service concurrent de la liaison Calais - Douvres, exploitée par SeaFrance. En tout, LD Lines devrait proposer 6 à 8 rotations quotidiennes dans le détroit, secteur ultra-concurrentiel où SeaFrance doit déjà composer avec P&O Ferries (Calais - Douvres) et Norfolkline (Dunkerque - Douvres). Alors que la filiale de la SNCF accuse actuellement des pertes d'exploitation de plusieurs millions d'euros chaque mois, la direction de SeaFrance va devoir mener rapidement la réforme de l'entreprise. Présenté en février, son projet de plan de restructuration porte sur la suppression de 650 emplois (40% des effectifs) et une réduction de la flotte à trois navires. Mais, devant les oppositions syndicales, un navire et une partie des emplois menacés pourrait être sauvés. Le fréteur Nord-Pas-de-Calais devrait par exemple être maintenu, si la rentabilité de son service perdure.

Une vente de plus en plus hypothétique

Si LDA s'est retiré, mardi, Brittany Ferries annonçait avoir, à son tour, présenté une offre de reprise à la SNCF. LD Lines précisait d'ailleurs, hier, que cette annonce, intervenue la veille, n'était pas en lien avec sa décision. De son côté, la compagnie bretonne propose la création d'une holding, dont elle détiendrait 75% du capital et la SNCF 25%. Mais, pour ce projet, seulement 40 millions d'euros sont mis sur la table, ce qui ne reflète pas, selon les syndicats, la valeur de SeaFrance. A Calais, CFDT comme CGT continuent de marteler que l'avenir de l'armement « est au sein de la SNCF » et promettent de ne pas se laisser faire si l'entreprise est « bradée ».
Brittany Ferries a-t-elle une volonté suffisamment forte pour rassurer les salariés de SeaFrance et éventuellement augmenter son offre ? Un autre acteur, comme Veolia, peut-il encore se positionner ? L'Etat, actionnaire de la SNCF, peut-il prendre le risque de voir éclater un autre conflit social dans une région déjà touchée par le chômage ? Enfin, dans quelle mesure, et avec quels moyens, la direction de SeaFrance pourra-t-elle appliquer son plan de restructuration ? Alors que la crise continue d'affecter significativement le trafic transmanche, de nombreuses questions restent posées.

My Ferry Link (ex-SeaFrance) Louis Dreyfus Armateurs