Marine Marchande
SeaFrance : Le couperet va tomber

Actualité

SeaFrance : Le couperet va tomber

Marine Marchande

Liquidation judiciaire, hypothétique reprise ou nouvel ajournement... Le tribunal de commerce de Paris doit, aujourd'hui, se prononcer sur l'avenir de SeaFrance. Vendredi, les porteurs de la société coopérative et participative (SCOP) ont déposé la dernière mouture de leur projet de reprise de la compagnie, qui doit être examiné ce lundi par le juge. Mais, malgré les intenses discussions de la semaine passée, le financement du projet n'a pas pu être bouclé. Seule une dizaine de millions d'euros a été promise par la région Nord-Pas-de-Calais, alors qu'il faudrait 50 millions d'euros pour que la SCOP puisse démarrer. Les porteurs de la coopérative ouvrière ont réclamé, en vain, une avance publique remboursable pour financer leur projet. Mais le gouvernement a refusé, arguant que cette piste se heurterait à la règlementation européenne sur la concurrence. Habilement, l'Elysée avait néanmoins proposé une solution : Donner aux 880 salariés de SeaFrance, via sa maison-mère la SNCF, une prime de licenciement exceptionnelle (50 à 60.000 euros par personne), que les personnels pourraient réinvestir dans la SCOP et, ainsi, la financer. Mais cette option, qui revenait finalement à imposer un référendum pour ou contre le projet et la CFDT Maritime Nord, qui l'a porté envers et contre tout, a été rejetée par le syndicat.

Les dernières pistes débouchent sur une impasse

Alors que de nombreux salariés semblent avoir indiqué qu'ils ne souhaitaient pas risquer leur pécule éventuel dans le projet, les représentants de la coopérative excluaient également le plan d'action avancé par le gouvernement : aller jusqu'à la liquidation judiciaire de SeaFrance. Les salariés auraient alors perdu leurs contrats de travail, par exemple, alors que se posait la question de la propriété de la flotte. Appartenant à une entreprise publique, les quatre navires de la compagnie, considérés comme des biens patrimoniaux, ne pouvaient être cédés à une société privée. Alors que la SCOP a plaidé pour la création d'une société d'économie mixte avec les collectivités locales, cette SEM détenant les bateaux, le gouvernement a préféré proposer qu'une fois la liquidation prononcée, la SNCF rachète aux enchères les navires et les relouent à la SCOP au prix du marché (soit une dizaine de millions d'euros par an). Une perspective rejetée notamment pour des raisons économiques puisqu'elle rendait le business plan de la SCOP caduque. De plus, l'Etat et la SNCF, qui devront éponger le passif de SeaFrance, ne voulaient en aucun cas faire ce cadeau à la SCOP, pour laquelle les navires auraient constitué un trésor de guerre. En effet, si l'aventure avait mal tourné dans les mois qui viennent, la flotte pouvait être revendue, les actionnaires de la coopérative touchant potentiellement, au passage, un beau pactole.

« Les conditions de financement posées par le gouvernement sont impossibles »

Vendredi, alors que le gouvernement avait donné jusqu'au soir aux porteurs de la SCOP pour fournir leur business plan, l'optimisme ne semblait plus de mise au sein de la coopérative. « Les conditions de financement posées par le gouvernement sont impossibles, il nous met dans une situation inextricable, en proposant que le tribunal entérine la liquidation », expliquait Bruno Landy, l'un des porteurs du projet, dont les propos sont rapportés par l'agence de presse Reuters. Dans le même temps, un collectif de salariés non syndiqués se réunissait à Calais pour faire entendre leur voix face au projet de SCOP et à la CFDT. Le collectif déplore que le syndicat ait repoussé l'offre de reprise faite par Louis Dreyfus Armateurs et DFDS et appelle à renouer les liens avec ces armements, considérés ouvertement par le gouvernement comme les seuls qui auraient pu sauver SeaFrance. C'est également la position de la CGT, bien que celle-ci aurait préféré Brittany Ferries à LDA.
La montée au créneau des salariés non-syndiqués, qui ont été reçus par le ministre des Transports en vue d'évoquer le reclassement des « futurs-ex » salariés de SeaFrance, intervient toutefois trop tard. Car, malgré les appels du pied gouvernementaux, LDA aurait indiqué, selon Marianne, qu'il ne comptait pas revenir à la table des négociations. Critiqué avec virulence par la CFDT Maritime Nord, l'armement français compte désormais jouer la carte de l'alliance avec DFDS, implanté à Dunkerque, pour développer son activité dans le détroit du Pas-de-Calais ( voir notre article sur le sujet).

Des voix à la CFDT réclament la tête des leaders syndicaux de SeaFrance

Pour en rajouter à ce climat détestable, la CFDT Maritime Nord est au centre, depuis la fin de semaine dernière, d'un pilonnage en règle. Ses pratiques au sein de SeaFrance font l'objet d'accusations très graves. Evoquant « des soupçons sur des pratiques obscures et frauduleuses des responsables CFDT de SeaFrance » rapportés par de nombreux media, la Fédération générale des transports et équipements (FGTE-CFDT), l'Union régionale CFDT et même la Confédération CFDT se sont interrogées jeudi dernier sur la vie syndicale à Calais. Et elles ont aussi enfoncé le clou en exprimant officiellement « leur désaccord » sur le rejet de l'offre faite par LDA et DFDS : « C'est une erreur grave, il y avait des possibilités de sauvegarder un maximum d'emplois », ont-elle estimé. Face à ce désaveu des instances nationales et aux enquêtes édifiantes menées par différents organes de presse, comme Europe 1 et Libération, mais aussi Nord Littoral, en première ligne sur le sujet depuis longtemps, Didier Cappelle, secrétaire général CFDT Maritime Nord, a dénoncé vendredi « une sale campagne pour tenter de salir ceux qui veulent sauver les emplois ». Mais, à peine le leader syndical s'était-il exprimé que c'était au tour de la CFDT Maritime Normandie de sonner la charge contre les nordistes. « Voilà maintenant plus de quatre ans que le syndicat Maritime Normandie dénonce les pratiques occultes et frauduleuses des leaders CFDT de SeaFrance qui d'autre part sont à la tête de l'Union Fédérale Maritime », explique le SMN, dont le secrétaire général était déjà intervenu, en juin 2010 au congrès confédéral de Tours, pour dénoncer les pratiques syndicales au sein de SeaFrance. Pour ces raisons, la CFDT Maritime Normandie avait alors pris son indépendance politique par rapport à l'UFM. Très virulent dans son communiqué, le syndicat normand, qui était favorable à un rapprochement avec LDA, « demande à la FGTE de prendre les décisions qui s'imposent pour exclure les leaders syndicaux de SeaFrance jugés responsables du cataclysme économique et social à venir ».

Réunion hier soir à l'Elysée

Hier soir, une nouvelle réunion regroupant les ministres concernés par le dossier SeaFrance s'est tenue à l'Elysée, autour de Nicolas Sarkozy. Les participants ont examiné la situation à la veille de l'audience du tribunal de commerce, ainsi que l'avenir des 880 salariés de l'entreprise. « Il s'agissait de faire un tour d'horizon des solutions possibles pour les salariés. Dès que la décision du tribunal de commerce sera rendue, le gouvernement réagira et communiquera avec comme préoccupation l'avenir de ces personnes », a indiqué Nathalie Kosciusko-Morizet. Au cas où SeaFrance serait liquidée, le gouvernement a d'ores et déjà travaillé avec la SNCF pour que celle-ci propose des possibilités de reclassement au sein du groupe ferroviaire. Le gouvernement espère aussi, apparemment, trouver des solutions avec LDA.

My Ferry Link (ex-SeaFrance)