Marine Marchande
SeaFrance : Le plan de sauvetage tombe à l'eau

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SeaFrance : Le plan de sauvetage tombe à l'eau

Marine Marchande

Conséquence de la grève du week-end pascal, le plan de redressement et de sauvegarde de l'emploi chez SeaFrance tombe à l'eau, avec toutes les conséquences que cela implique. Face la guerre de tranchées livrée par la CFDT, qui considère les menaces de fermeture comme de l' « intox », la direction, au pied du mur, veut placer l'entreprise sous la protection du tribunal de commerce. La situation financière est, selon elle, catastrophique, et le dernier mouvement, qui a duré 5 jours et coûté 2 millions d'euros, aurait fini d'enfoncer le clou. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 183 millions d'euros de dettes, 36 millions d'euros de pertes en 2009, 15 millions d'euros de pertes depuis le 1er janvier et un déficit de trésorerie de 53 millions d'euros !
En février, après un très long conflit, l'ensemble des organisations syndicales avaient signé un accord de médiation ouvrant la voie à la mise en oeuvre du PSE et du plan de redressement de la compagnie. En tout, 482 postes (pour 1580 salariés) devaient être supprimés, sans aucun licenciement. Pour l'heure, environ 200 personnes se sont portées volontaires pour quitter l'entreprise, par exemple au travers de départs anticipés à la retraite ou pour créer une entreprise. Mais, compte tenu des blocages rencontrés ces dernières semaines lors des comités d'entreprise (qui doit rendre un avis sur ces sujets), ces candidats au départ ne peuvent même pas quitter la compagnie ! « Nous sommes dans une situation surréaliste », s'indigne un responsable syndical.

L'avance de trésorerie consommée d'ici la fin mai

Début 2010, la SNCF, maison-mère de SeaFrance, avait alloué à sa filiale 70 millions d'euros afin de regarnir sa trésorerie. Débloquée suite à la signature des accords de médiation, cette enveloppe devait permettre à la société de tenir quelques mois, le temps que le PSE et la recapitalisation soient mis en oeuvre. Seulement voilà, de blocages en mouvements sociaux, le projet n'a pas avancé et la trésorerie a vécu. Ainsi, 48 des 70 millions d'euros sont aujourd'hui consommés. Selon la direction, les derniers deniers auront disparu avant la fin du mois de mai. Si rien ne bouge, ce sera, alors, le dépôt de bilan. Plus grave, le retard pris dans la mise en oeuvre du plan de redressement, toujours soumis à de vives oppositions, a alourdi la dette, rendant le projet de recapitalisation caduc. Pour sauver l'armement, la SNCF devait injecter 170 millions d'euros, ce qui constituait un effort certain pour une activité, somme toute, marginale à l'échelle du groupe. Malgré les très lourdes pertes essuyées en 2009 (1 milliard d'euros), la SNCF n'avait pas fait machine arrière, déposant une demande auprès de Bruxelles, dont l'accord est indispensable.
Or, la grève du week-end de Pâques semble être la goutte d'eau qui fait déborder le vase. « Dans les conditions actuelles d'exploitation de l'entreprise et avec la nouveauté qui est liée aux conflits sociaux et aux grèves, nous allons vers des chiffres qui ne sont plus supportables. Et, dans tous les cas, qui ne permettront pas à l'actionnaire de recapitaliser. Donc, si je n'ai pas de recapitalisation, et bien l'entreprise s'arrête », a déclaré hier Pierre Fa, président du Directoire de SeaFrance, à nos confrères de France 3 Nord Pas-de-Calais.

Le sort de la compagnie entre les mains du tribunal de commerce

Mercredi, un point de situation était à l'ordre du jour d'une réunion exceptionnelle du Conseil de surveillance de SeaFrance. « Les membres du Conseil se sont tous accordés pour déplorer l'attitude irresponsable de quelques représentants syndicaux qui a ruiné les efforts de tous, direction et salariés, qui s'évertuent à sauver SeaFrance. (Ils) ont unanimement constaté que les conséquences commerciales et financières des mouvements sociaux depuis la signature des accords, ne permettent plus d'atteindre les objectifs du plan présenté à Bruxelles », explique la compagnie. Dans ces conditions, Pierre Fa a informé les membres du CS qu'il souhaitait placer SeaFrance sous la protection du tribunal de commerce de Paris. Le Comité d'Entreprise sera consulté en ce sens la semaine prochaine. La dette s'étant alourdie et le plan de redressement ne parvenant pas à entrer en vigueur, la compagnie devrait être contrainte d'élaborer et présenter au tribunal un plan encore plus draconien. Si ce plan est accepté par les juges, un administrateur judiciaire sera nommé. Si ce n'est pas le cas, l'entreprise sombrera. « Si nous n'arrivons pas à convaincre le tribunal de commerce qu'on peut imaginer un avenir à SeaFrance - dans des conditions différentes de toute façon - c'est le tribunal de commerce qui prendra la décision de fermer l'entreprise ou, du moins, de la liquider », explique Pierre Fa. Au gouvernement, la fin de l'armement français n'est en tous cas plus tabou. « SeaFrance peut mourir » a prévenu mardi Dominique Bussereau. Et le secrétaire d'Etat aux Transports d'ajouter : « Si ça continue, le problème sera réglé parce que SeaFrance disparaîtra ».

My Ferry Link (ex-SeaFrance)