Marine Marchande
SeaFrance ne serait pas à vendre

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SeaFrance ne serait pas à vendre

Marine Marchande

La compagnie maritime de Calais ne serait pas à vendre. « C'est ce que nous a dit Guillaume Pépy », explique un responsable CGT de SeaFrance. La semaine dernière, le président de la SNCF, actionnaire l'armement français, et David Azéma, directeur de la stratégie du groupe et président du Conseil de surveillance de SeaFrance, recevaient les représentants des trois fédérations CGT. Au cours de cette réunion, le patron de la SNCF aurait donc clairement annoncé au syndicat que l'armement n'était pas à vendre, tout en précisant qu'il se devait d'examiner les offres faites. Le mois dernier, la direction de SeaFrance présentait un projet de plan de restructuration drastique, prévoyant la suppression de 650 postes (40% des effectifs) et une réduction de la flotte à trois navires (contre 5 aujourd'hui). L'annonce a fait l'effet d'un coup de tonnerre dans la région de Calais, où SeaFrance est le premier employeur privé. Or, quelques jours plus tard, Louis Dreyfus Armateurs proposait à la SNCF la fusion de sa filiale LD Lines avec SeaFrance. LDA propose de maintenir des emplois en déployant un à deux navires de SeaFrance à Douvres, là où il doit s'installer l'été prochain.
En plus de l'offre de Louis Dreyfus Armateurs, Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, annonçait il y a huit jours que Brittany Ferries était également intéressée par la compagnie calaisienne.

« Un très gros conflit » en cas de cession au privé

CFDT comme CGT ont immédiatement dénoncé une cession éventuelle de SeaFrance, arguant que l'armement était dans une situation difficile, mais pas insurmontable. « Nous payons surtout la mauvaise gestion des années précédentes. La SNCF semble en avoir pris conscience et une nouvelle équipe a été mise en place pour redresser la barre. Cela fait des années que l'on a pas vu une telle débauche de moyens humains et nous avons de bonnes raisons de penser que ce n'est pas pour vendre l'entreprise. Pépy et Azéma n'ont pas l'intention de brader l'entreprise », affirme un responsable syndical. Les représentants du personnel craignent, néanmoins, une éventuelle influence politique, notamment au niveau du gouvernement, qui pourrait pousser la SNCF à céder sa filiale. « Il y aura un très gros conflit si le politique veut forcer la vente. Ca se passerait très mal », prévient-on à la CGT. Face à la proposition de reprise de LD Lines, marins, officiers et sédentaires semblent faire front commun. Même du côté des officiers, un responsable estime que « LD Lines n'est là que pour rafler la mise » et plaide pour que SeaFrance s'appuie sur ses atouts pour se redresser. Il reste également la possibilité d'une alliance avec Brittany Ferries, solution qui, en cas d'ouverture, a reçu la faveur de la CFDT et de la CGT.

Sauver un quatrième navire

Plombée financièrement et subissant le contrecoup de la crise, qui a fait chuter le trafic fret entre la France et la Grande Bretagne, SeaFrance n'échappera pas à la restructuration. Mais les syndicats se battent pour sauver, au moins, un quatrième navire et les emplois qui vont avec. Ils estiment en effet qu'un renfort est nécessaire pour épauler les trois unités les plus récentes (Rodin, Berlioz, Molière). Garder le Cézanne ou le Nord-Pas-de-Calais pour compenser les arrêts techniques ou les avaries éventuelles ? Même si rien n'est décidé, la préférence irait plutôt au second, un fréteur réputé pour être le bateau « le plus rentable de la flotte ».
Dans tous les cas, avec un quatrième navire, une partie des 650 emplois menacés pourrait être sauvée. La SNCF et la direction de SeaFrance, emmenée par Pierre Fa, poursuivent leurs réflexions en vue d'adopter le schéma le plus pertinent pour permettre à la compagnie de sortir la tête de l'eau.
Si volonté de l'actionnaire de SeaFrance semble forte, les défis devant lesquels se trouve la compagnie sont nombreux. Devant déjà composer avec la concurrence de P&O et Norfolkline, l'armement français, s'il refuse le mariage avec LD Lines, devra alors faire face à sa concurrence. La compagnie privée a, en effet, prévu de s'installer cet été à Boulogne. Un à deux navires supplémentaires s'ajouterai(en)t alors aux lignes existantes vers Douvres, au moment où le marché est des plus tendus.

My Ferry Link (ex-SeaFrance)