Marine Marchande
SeaFrance : Retour à la normale après la fin de la grève des officiers

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SeaFrance : Retour à la normale après la fin de la grève des officiers

Marine Marchande

Les ferries de SeaFrance ont retrouvé une activité normale, ce week-end, après la fin du conflit des officiers. Ces derniers, qui avaient cessé le travail le 27 février, immobilisant la flotte de la compagnie à Calais, ont finalement conclu vendredi un accord avec la direction. « Direction et Officiers sont tombés d'accord sur une augmentation de 100 euros par mois des salaires des Seconds Capitaines, Seconds mécaniciens et Lieutenants. La semaine passée, la Direction avait satisfait les demandes des grévistes sur les conditions de travail en suivant l'avis du CHSCT : les Officiers peuvent désormais naviguer trois jours consécutifs et résider à plus de deux heures de Calais ».

Une porte de sortie mais des revendications à satisfaire

Du côté de l'intersyndicale CGT-CGC, on se félicite de cette sortie de crise. « Nous avons obtenu une première avancée qui permet de faire repartir les bateaux mais d'autres négociations vont s'ouvrir. Nous attendons toujours d'obtenir satisfaction sur d'autres points, et notamment, à moyen terme, des augmentations de salaires pour tous les officiers », explique Jacques Brouyer, de l'intersyndicale. Les grévistes regrettent, également, que leurs revendications aient abouti au plus important mouvement d'officiers jamais intervenu dans le secteur transmanche. « Les choses auraient du être résolues en amont et on n'aurait jamais du en arriver là. Ca faisait longtemps que le feu couvait et, durant les 9 premiers jours du conflit, la direction a refusé de négocier, même sur l'amélioration des conditions de travail, qui ne coûteront pourtant rien à la société ».

« Déterminés, organisés et solidaires »

Les officiers estiment « sortir pavillon haut » de la crise, malgré un combat difficile. « La direction a cherché, initialement, à faire pourrir le conflit mais elle a trouvé en face d'elle des gens déterminés, organisés et solidaires. Des commandants ont fait la grève pour des lieutenants. On n'avait jamais encore vu ça ». Si, au sein des grévistes, on semble encore très remonté contre le président de SeaFrance, Eudes Riblier, l'intervention du directeur des opérations et du jeune directeur d'armement, qui ont mené la phase finale des négociations, est saluée. « Grâce à Gérard Jachet et à Charles Boutry, nous sommes parvenus à un terrain d'entente ».
Tout au long du conflit, les syndicats ont martelé que le niveau « trop faible » des salaires est responsable d'un « manque d'attractivité de la compagnie pour les jeunes officiers français ». Selon eux, ces derniers « vont voir ailleurs où les rémunérations sont meilleures ». Alors que SeaFrance emploie 160 officiers, aux dires de la compagnie, 60 CV auraient été reçus sur toute l'année 2007.

Plusieurs millions d'euros de pertes

La détermination des officiers semble donc avoir été payante. Mais le coût de la grève commençait, également, à peser très lourd dans la balance. Avec un minimum de 300.000 euros par jour de manque à gagner, l'immobilisation de la flotte aurait coûté près de 5 millions d'euros à SeaFrance. S'ajoute, également, l'image très négative de l'armement auprès de ses clients, touristes comme transporteurs, contraints durant deux semaines d'emprunter d'autres moyens de transport pour traverser le détroit. Retards, surcoûts, embouteillages et désorganisation du trafic... La grève n'a pas été sans conséquences économiques pour la région mais aussi pour le sud-est de l'Angleterre, où les élus locaux en avaient même appelé au président de la République pour trouver une sortie de crise. « Le bilan est extrêmement négatif car on a perdu des millions d'euros. C'est une catastrophe pour la compagnie et ce qui est vraiment dommage, c'est qu'on aurait pu l'éviter », commente Jacques Brouyer.

« Quelqu'un avec qui dialoguer »

A la lumière des évènements, les officiers souhaitent que le dialogue social soit renoué. « Nous souhaitons trouver un ou des interlocuteurs capables de dialoguer avec nous », commente-t-on à l'intersyndicale, où l'on reproche au président de SeaFrance de ne pas avoir été à l'écoute des officiers durant le conflit. Selon certains grévistes, le malaise aurait débuté avec « l'abandon de la charte du dialogue social à l'arrivée d'Eudes Riblier, il y a 7 ans ». La direction a, parallèlement, été accusée d'avoir favorisé, ces dernières années, les relations avec les équipages, majoritairement syndiqués à la CFDT. Qu'en est-il de la qualité des relations avec la direction et pourquoi les officiers se sentent « ignorés » voire « méprisés »? Pour Muriel Mironneau, porte-parole de la compagnie : « On ne peut pas dire que les officiers sont méprisés et ignorés. Mais, peut être que des maladresses ont été commises et qu'ils l'ont ressenti comme tel ». Un bref historique de SeaFrance, créée sur les vestiges de Sealink il y a onze ans, permet peut-être d'expliquer le sentiment d'« abandon » affiché ces deux dernières semaines par les grévistes. Il y a quelques jours, dans les colonnes du journal Ouest France, Muriel Mironneau est revenue sur le contexte dans lequel Eudes Riblier est arrivé à la tête de l'armement. C'était en 2001. « L'entreprise est au bord du gouffre. Il y a une culture de la grève des équipages, aucun dialogue social. Arrive Eudes Riblier, qui réengage le dialogue avec la CFDT. Un dialogue privilégié, qui crée de l'emploi et fait gagner de l'argent ».

« Il y a peut être eu des maladresses »

Alors qu'elle apaisait les relations avec les équipages, la direction aurait-elle donné l'impression aux officiers de les délaisser ? « Il y a peut être eu des maladresses mais il y a également eu des avancées importantes pour les officiers. Ce fut par exemple la mise en place du commandant n°1 » nous répond Muriel Mironneau. Les ferries de SeaFrance étant armés avec deux capitaines toutes les 48 heures, le commandant n°1 assure la coordination permanente entre les capitaines de chaque navire et sur tous les sujets, qu'il s'agisse de navigation, de sécurité, de technique ou de gestion des équipes. « Leur rôle est assimilé à la fonction d'adjoint du directeur d'armement et ils siègent d'ailleurs au comité de direction, où ils peuvent intervenir sur tous les sujets », note Muriel Mironneau. La porte-parole de la compagnie met également en avant la nomination, en décembre 2005, de Charles Boutry. A seulement 33 ans, le commandant du SeaFrance Cézanne est devenu directeur d'armement. « C'est un signe fort de considération. La direction n'a pas nommé quelqu'un de l'extérieur mais bien un officier de SeaFrance ».
SeaFrance, seule compagnie maritime française sur Calais et Douvres exploite six navires et réalise chaque jour 46 traversées, dont trente ouvertes au tourisme. L'an passé, elle a transporté 3,7 millions passagers, 723 000 voitures (14,5% du marché) et 770.000 camions (20% du marché). La compagnie emploie 1500 salariés dont 1300 navigants parmi lesquels 160 Officiers de la Marine Marchande.

My Ferry Link (ex-SeaFrance)