Marine Marchande
SeaOwl décroche le premier permis français de navigation pour un navire télé-opéré

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SeaOwl décroche le premier permis français de navigation pour un navire télé-opéré

Marine Marchande

Défilé de ministres à l’Ecole Polytechnique pour la démonstration du premier navire téléopéré français en cette fin de semaine. SeaOwl, à l’origine de ce projet, avait invité hier Cédric O, secrétaire d’Etat en charge du numérique, pour cette première « navigation » qui a vu le commandant du VN Rebel diriger son navire au large de Toulon depuis le campus de la région parisienne, soit 800 kilomètres entre les deux.

Aujourd’hui, c’est la ministre de la Mer Annick Girardin qui va effectuer le déplacement. Et elle ne vient pas les mains vides puisqu’elle va officiellement remettre le premier permis de navigation hauturière portant la mention « navire télé-opéré » de l’histoire maritime française. En effet, si la pratique est désormais répandue dans les pays nordiques (voir nos reportages notamment à Copenhague et en Finlande) et asiatiques, il n’y avait jusqu’ici pas de possibilité d’opérer un navire sans équipage en France.

 

Le centre de contrôle installé en région parisienne (DROITS RESERVES)

Le centre de contrôle installé en région parisienne (DROITS RESERVES)

 

Interrogé par Mer et Marine, Xavier Génin, directeur de SeaOwl, rappelle qu’il s’agit « de l’aboutissement de quatre ans de R&D durant lesquels nous avons travaillé, notamment avec le Bureau Véritas, pour convaincre les Affaires maritimes ». Ce permis hauturier n’est pas réservé aux navigations expérimentales mais également commerciales. Pour mémoire, il n’existe actuellement pas d’encadrement par des conventions internationales de la navigation télé-opérée ou autonome. Les Etats peuvent autoriser, à leur niveau, ce type de navigation. En revanche, les autres pays ne sont pas obligés d’accepter ces navires dans leurs ports.

 

Le VN Rebel, qui a servi à la démonstration, est actuellement affrété par la Marine nationale à Toulon (© FRANCIS JACQUOT)

Le VN Rebel, qui a servi à la démonstration, est actuellement affrété par la Marine nationale à Toulon (© FRANCIS JACQUOT)

 

Dans le cas de SeaOwl, l’Etat était impliqué dans la démarche puisque le projet baptisé ROSS (Remotely Operated Service at Sea), a été soutenu par l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) et partiellement financé dans le cadre du Programme des Investissements d’Avenir (PIA). D’un coût total de 13 millions d’euros, les aides publiques, en subventions et avances remboursables, se sont élevés à 2 millions d’euros. Total et Naval Group ont également participé.

Lancé en 2015, le projet ROSS est né en pleine crise de l’Oil&Gas, alors que toutes les majors pétrolières cherchaient à réduire leurs coûts d’exploitation. Les porteurs de projet ont alors imaginé un navire télé-opéré capable de mettre en œuvre un robot pour mener des travaux sous-marins, des inspections, de la maintenance. « On parle ici de petites unités, des navires de 24 mètres, à propulsion électrique pour s’affranchir des problèmes mécaniques. L’idée est qu’ils évoluent dans un périmètre restreint, celui de la plateforme - Oil&Gas ou éolienne - qui lui servira de station de ravitaillement électrique ». Un périmètre restreint qui permet aussi de simplifier la situation règlementaire.

Pour mettre en œuvre les transmissions de ce système télé-opéré, le projet ROSS s’est appuyé sur le groupe franco-norvégien Marlink qui fournit à la fois la transmission satellite mais également sa sécurisation face aux cybermenaces. Pour limiter le temps de latence entre l’émission et la réception des ordres et informations, les liaisons s’effectueront via des satellites défilant dans les couches basses. Pour assurer la redondance, le système de contrôle comprendra un VSAT Sealink avec trois antennes et deux liaisons satellite. L'interface permettra de surveiller la latence, la distorsion et le débit des transmissions.

 

(DROITS RESERVES)

(DROITS RESERVES)

 

Le futur navire sera équipé d’une veille visuelle et auditive grâce à différents capteurs, qui offriront à l’officier en charge du pilotage un champ visuel et un environnement sonore analogues à ce qu’il aurait s’il se trouvait à bord. Le système de digitalisation du plan d’eau est issu de solutions développées par la société française Sofresud, rachetée par SeaOwl en 2019 et spécialisée en particulier dans les logiciels de surveillance maritime intégrant des drones de surface (USV) et dont le V-MAS est déjà en service sur des installations offshore en Afrique de l’ouest.

« Nous sommes actuellement en phase pré-commerciale. Si le business model fonctionne et que des clients marquent leur intérêt, nous serons en mesure de construire les premières unités autonomes en 2022 ». Les marchés visés sont ceux de la petite servitude à l'offshore, mais également de la défense.

Interrogé sur l’acceptation de cette nouvelle technologie par les marins, Xavier Génin rappelle que « ce seront des navigants qui seront aux commandes des navires, il n’y a pas de menace sur les emplois. Nous sommes face à une transformation technologique majeure, soit on est passif et on la subit, soit on est actif et on en devient acteur. C’est cette option que nous avons choisi ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

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