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SeaOwl : un navire télé-opéré par satellite pour les opérations subsea en Afrique
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SeaOwl : un navire télé-opéré par satellite pour les opérations subsea en Afrique

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Se dispenser du coût d’affrètement des gros navires de services offshore et de leurs équipages pour les opérations subsea sur les champs d'Afrique de l’ouest. C’est l’objectif de la compagnie française SeaOwl, qui a entrepris de développer un bateau sans équipage pouvant être piloté depuis un centre de contrôle en France. Un navire qui pourra déployer sur demande un robot télé-opéré (ROV) chargé des missions d’inspection, de réparation et de maintenance (IMR) des installations sous-marines pétrolières et gazières.

Un navire qui n’est pas un drone, en cela qu’il ne sera pas équipé d’un système pointu d’intelligence embarquée lui permettant de conduire seul une mission préprogrammée et de réagir selon les situations opérationnelles. Ni même un engin autonome comme on en trouve déjà en Europe du nord et depuis peu en Asie, si ce n’est pour certaines séquences particulières, notamment une mise en sécurité automatique en cas de problème. L’idée, ici, est avant tout de valider techniquement et règlementairement la possibilité de télé-opérer un navire à très grande distance, d’une région du monde à une autre, par un officier de marine marchande. Un projet sur lequel SeaOwl travaille depuis quatre ans, jusqu’ici de manière plutôt discrète. « Nous avons été discrets car nous avions d’abord des verrous technologiques à lever. Les grands enjeux de ce projet sont le lien télécom, la cyber-sécurité, le logiciel de digitalisation du plan d’eau et la fiabilité de l’ensemble. Comme nous sommes une société de services mais aussi un armateur, nous menons depuis le début ce projet sur la base d’une conformité règlementaire. Nous travaillons dans cette perspective étroitement depuis plusieurs années avec les Affaires maritimes et le Bureau Veritas. Ce que nous cherchons, c’est un permis de navigation après avoir démontré que notre système est conforme aux normes SOLAS et COLREG », explique-t-on chez SeaOwl.

Un projet né de la crise du pétrole et soutenu par l’ADEME

Baptisé ROSS (Remotely Operated Service at Sea), le projet est soutenu par l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) et partiellement financé dans le cadre du Programme des Investissements d’Avenir (PIA). D’un coût total de près de 13 millions d’euros, dont 4 déjà engagés, il est soutenu à ce titre à hauteur de 2 millions d’euros, en subventions et avances remboursables en cas de succès commerciaux.

L’idée remonte à 2015, lorsque l’industrie de l’Oil&Gas, malmenée par la chute du prix du brut, est en pleine crise. Les compagnies passent au crible leurs coûts et, parmi les sources d’économies possibles, il y a les opérations IMR sur les installations sous-marines des champs pétroliers et gaziers. Une mission menée par des robots télé-opérés (ROV) mis en œuvre par de gros navires offshore. « L’idée a été de digitaliser le service en surface en intervenant avec un bateau sans équipage doté d’un ROV. Cela, directement depuis le champ, dans une zone naturellement restreinte et surveillée, et donc confortable en matière de sécurité. Notre objectif est de mettre en œuvre le navire depuis une plateforme ou un FPSO (unité de production et de stockage flottante, ndlr), à bord desquels un technicien sera présent à plein temps pour assurer la maintenance des équipements, dont les ROV. La plateforme ou le FPSO servira de nounou, avec un système sur lequel le navire doté d’une propulsion électrique avec batteries pourra venir se recharger au moyen d’un câble ». Pour l’heure, SeaOwl ne prévoit pas de dispositif de mise au sec de son engin, du fait des conditions météorologiques clémentes de la zone intertropicale où il est destiné à évoluer.

Démonstration prévue au printemps avec le VN Rebel

Pour mener à bien ce projet, il va d’abord falloir valider le système de télé-opération et la liaison satellite associée qui permettront de piloter un navire. Alors que la version finale de l’analyse de risque, conduite avec Bureau Veritas, est actuellement présentée aux Affaires maritimes, une démonstration du système en conditions réelles est prévue au printemps. Elle se déroulera sur l’un des navires de la compagnie, le VN Rebel, ancien remorqueur offshore de type AHTS long de 75 mètres servant notamment depuis 2016 de navire plastron au profit des unités de la Marine nationale basées en Méditerranée. Equipé du système développé par SeaOwl, le VN Rebel doit être piloté depuis la région parisienne et évoluera dans une zone déterminée au large de Toulon et du Cap Sicié.  

 

Le VN Rebel (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le VN Rebel (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Liaison sécurisée, fiabilité du signal et réduction du temps de latence

Pour la liaison satellite sécurisée, la compagnie travaille avec Marlink, l’un des gros challenges étant la résilience face à la menace cyber (domaine sur lequel Marlink travaille depuis plusieurs années), la fiabilité de la liaison et le temps de latence, qui doit être réduit au maximum pour limiter l’écart entre la réception des informations (en particulier les images) au centre de contrôle, les ordres donnés par l’officier en charge du pilotage et leur arrivée sur le navire. « C’est pourquoi nous allons chercher avec Marlink des satellites défilants, qui évoluent dans les couches basses afin de minimiser le temps de latence et donc la réactivité ».

Des briques provenant de Sofresud, rachetée en 2019

Afin de répondre à la règlementation maritime, le navire télé-opéré sera équipé d’une veille visuelle et auditive grâce à différents capteurs, qui offriront à l’officier en charge du pilotage un champ visuel et un environnement sonore analogues à ce qu’il aurait s’il se trouvait à bord. « Il aura tous les équipements d’une vraie passerelle ». Le système de digitalisation du plan d’eau est issu de solutions développées par la société française Sofresud, spécialisée en particulier dans les logiciels de surveillance maritime intégrant des drones de surface (USV) et dont le V-MAS est déjà en service sur des installations offshore en Afrique de l’ouest. Sofresud, qui a été rachetée en 2019 par SeaOwl, fait d’ailleurs partie des lourds investissements consentis par le groupe pour digitaliser son offre de services.

Un navire prototype d’au moins 20 mètres

Si les tests prévus au printemps avec le VN Rebel sont un succès, SeaOwl passera à l’étape suivante : la réalisation d’un bateau spécialement conçu pour être télé-opéré et mettre en œuvre un robot sous-marin de type Work ROV et éventuellement un second robot plus léger. Il s’agira d’un navire de 20 à 25 mètres en acier qui sera notamment capable, en cas de coupure du faisceau satellite, de se mettre en sécurité en adoptant grâce à son système de positionnement dynamique de se mettre en stationnaire en attendant sa récupération. « En fonction de la situation météo, il utilisera sans intervention extérieure son DP face aux éléments ». Et en cas de panne s’il n’y a personne à bord ? « Nous travaillons énormément sur la robustesse et la redondance des équipements du navire, d’où le choix notamment d’une architecture tout électrique. Cela limite au maximum les risques, sachant qu’il faut se rappeler que le concept vise à employer un tel bateau dans une zone de navigation restreinte et surveillée, avec la possibilité pour les techniciens présents sur la plateforme nounou de venir le récupérer ou l’inspecter en cas de besoin ».

Un navire qui battra pavillon français. « Ce que nous voulons, c’est prouver que ce concept est conforme à la règlementation et qu’il n’y a pas plus de risque qu’avec un navire armé par un équipage. Nous espérons avec ce démonstrateur obtenir un premier permis de navigation pour pouvoir commencer à opérer un service sans équipage ». Cela, au travers d’une nouvelle approche commerciale : « il ne s’agira plus d’affréter des navires mais, pour les opérateurs, de recourir à un système d’abonnement à des services, comme on le fait avec les télécoms ». Le futur centre de contrôle, que SeaOwl pense installer à Brest, accueillera les officiers en charge de télécommander le navire, mais aussi avec eux des pilotes de ROV pour les phases dédiées aux interventions sous-marines.

Intérêt de la part des groupes pétroliers

Le concept, dit-on chez SeaOwl, intéresserait en tous cas fortement des majors du secteur pétrolier, dont un grand groupe français… Sans quoi d’ailleurs la compagnie ne se serait pas lancée dans cette aventure. Il faut dire que si le projet obtient le sésame des autorités maritimes nationales, les gains financiers pourraient être appréciables pour les opérateurs de l’Oil&Gas. Selon les études réalisées par SeaOwl et ses partenaires, le temps d’utilisation d’un tel système, s’il dépend évidemment de la configuration du champ offshore (profondeur des installations, nombre de puits…), serait important, de l’ordre de 150 à 180 plongées de ROV par an. Avec des opérations plus ou moins longues selon les missions, allant de quelques heures pour la maintenance d’une tête de puits à plusieurs jours pour l’inspection des pipelines.

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