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Second porte-avions : Commande symbolique des catapultes avant le changement de gouvernement

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Second porte-avions : Commande symbolique des catapultes avant le changement de gouvernement

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Le ministère de la Défense a annoncé, cette semaine, la commande imminente des deux catapultes devant équiper le futur porte-avions français. Ces équipements très sensibles, sont conçus et réalisés aux Etats-Unis, seul pays à maîtriser cette technologie. Ils ont suivi le processus de Foreign Military Sales (FMS), à l'issue duquel le gouvernement américain donne son feu vert aux commandes étrangères. Longues de 90 mètres (contre 75 mètres sur le Charles de Gaulle), les catapultes C-13 2, identiques à celles embarquées sur les porte-avions américains, permettront de lancer des appareils à 250 kilomètres par heure, soit 130 noeuds de vitesse de sortie. A chaque catapultage, quelques 500 kilos de vapeur sont libérés, les opérateurs jouant avec l'ouverture de la vanne, et donc le débit, pour obtenir la bonne vitesse de sortie en fonction du type et de la masse de l'appareil. Au cours des catapultage, les pilotes encaissent 5 G. L'allongement progressif des catapultes, qui ne mesuraient que 50 mètres sur le type Clemenceau, permet d'opérer des appareils plus lourds et ce, de manière plus confortable et plus souple. Ainsi, le Charles de Gaulle et le second porte-avions pourront mettre en oeuvre des Rafale F3 dont le poids atteindra 21,7 tonnes. Le PA 2, long de 283 mètres pour un déplacement de plus de 70.000 tonnes, doit embarquer 32 chasseurs-bombardiers de ce type, ainsi que 3 avions de guet aérien Hawkeye et 5 hélicoptères lourds.

Ce DLR tant attendu qui n'a pas été signé

La commande des catapultes, qui devrait donc intervenir avant l'installation du nouveau gouvernement, représenterait un investissement de 50 millions d'euros, dont 10 seront pris sur le budget 2007. Très symbolique, ce contrat ne suffit pas à rendre « irréversible » le projet de second porte-avions, comme l'avait souhaité Michèle Alliot-Marie il y a quelques mois. Malgré cet ultime contrat avant son départ de l'Hôtel de Brienne, le ministre de la Défense ne sera pas parvenu à son objectif : Aboutir à un accord avec les Britanniques, permettant la signature du Dossier de Lancement et de Réalisation. Le DLR, qui verra la réalisation des plans de construction, est l'ultime étape avant la commande du navire, dont la mise sur cale est espérée en 2009 pour une livraison en 2014. Une annonce était initialement prévue aux alentours du 29 mars, soit à la fin de la session parlementaire britannique. Aucun signe n'est néanmoins venu de Londres, alors mobilisée sur l'affaire des 15 marins détenus par l'Iran. Dans ce dossier, la position de la Grande-Bretagne et des ses industriels est cruciale. Selon les entreprises françaises en charge du projet, seule une coopération industrielle renforcée, avec réalisation de blocs en commun, peut permettre de réduire la facture, plus proche aujourd'hui de 3 milliards d'euros que des 2.5 milliards souhaités par le ministère de la Défense. A ce jour, près de 200 millions d'euros ont été investis dans les études, notamment sur l'adaptation du design britannique aux besoins de la Marine nationale. Le dernier contrat, signé à la rentrée 2006, courre jusqu'en septembre prochain. Pour notifier la commande du bâtiment, espérée à la fin de l'été par les industriels, le ministère de la Défense pourra puiser dans les 700 millions d'euros inscrits au projet de loi de finances 2007.

Presque toujours aussi réversible

Dans ce contexte, l'avenir du projet, notamment tel qu'il est étudié depuis un an, reste incertain. En effet, la coopération avec la Grande-Bretagne, très séduisante politiquement, ne semble avoir de véritable intérêt économique que si les deux pays peuvent bénéficier de larges effets de série ; à la fois sur les études et les équipements, mais aussi et surtout sur la construction. Dans le cas contraire, un projet en commun reviendrait presque, financièrement, à réaliser un prototype, dont le coût avoisinerait celui du Charles de Gaulle (20 milliards de Francs), retards et dépassement de 20% du budget initial inclus. Dans tous les cas, la volonté du prochain président de la République sera déterminante. Après réflexion, Nicolas Sarkozy, s'est dit « fermement attaché » à la réalisation d'un second-porte-avions.
Ségolène Royal, de son côté, s'est montrée prudente. « Nous avons besoin d'une présence à la mer permanente. Nous y ferons face » a-t-elle déclaré, tout en expliquant que « la solution à ce problème est sans doute de négocier avec les Britanniques dans une perspective de défense européenne, où nous devons mutualiser nos moyens techniques et financiers ».
La vocation première du navire est d'assurer, à la France, la possibilité de disposer en permanence d'un porte-avions ; le Charles de Gaulle n'étant disponible que 60% du temps. Le projet présente également un volet technique et social important. Il permettrait, en effet, à DCNS de conserver ses compétences sur la réalisation d'un navire aussi complexe. Capacité qu'elle perdra en cas d'abandon du programme, avec le départ en retraite des ingénieurs ayant travaillé sur le CDG. Par ailleurs, la réalisation de la plateforme, qui doit être confiée à Aker Yards Saint-Nazaire, représente 2400 emplois directs sur sept ans, tout en impliquant quelques 1000 entreprises sous-traitantes.
Reste maintenant à vérifier si certaines promesses électorales seront tenues. Annoncé en 1996 par Jacques Chirac, le second porte-avions n'est toujours qu'une réalité virtuelle...
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- Lire les positions de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sur le second porte-avions

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