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Second porte-avions : Eventuelle bouée de sauvetage des chantiers de Saint-Nazaire

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Second porte-avions : Eventuelle bouée de sauvetage des chantiers de Saint-Nazaire

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Certains ont, peut être, eu tort d'enterrer le projet de second porte-avions destiné à la Marine nationale. Lors de leur rendez-vous à Bercy, jeudi dernier, les syndicats des chantiers de Saint-Nazaire ont, en effet, appris que le « PA2 » devait être inscrit dans la prochaine loi de programmation militaire, dont le vote interviendra cet hiver au parlement. En juin, Nicolas Sarkozy avait annoncé que la décision de construire, ou non, ce bâtiment était repoussée en 2011 ou 2012. Il est donc assez logique qu'il soit inscrit dans la prochaine LPM, couvrant la période 2009-2014. Si cette inscription ne signifie pas que le bateau sera forcément commandé (la troisième frégate Horizon, pourtant inscrite à la dernière LPM, a par exemple été abandonnée), l'amaigrissement prévisible du carnet de commandes des chantiers de Saint-Nazaire pourrait faire pencher la balance en faveur de ce projet.

Carnet de commandes malmené dans un contexte difficile

Après un redressement de l'activité depuis 2006, Aker Yards France se trouve aujourd'hui dans une position très délicate. En effet, focalisée sur la construction de paquebots, l'entreprise est en conflit avec l'un de ses principaux clients, Norwegian Cruise Line, qui a annulé en septembre la construction de l'un des deux paquebots géants commandés en 2006 (pour une valeur de 1.47 milliard d'euros). L'annulation partielle, et pourquoi pas totale, du projet F3 de NCL pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Les C33 et D33 devaient, en effet, constituer le gros de la charge de travail sur le site entre l'été 2009 et la fin 2010. Alors que les négociations se poursuivent entre Aker Yards et NCL, le constructeur peut compter sur MSC Cruises. L'armement italien a commandé à Saint-Nazaire un total de cinq paquebots (2.3 milliards d'euros), livrables entre décembre 2008 et début 2012. Mais ces commandes, si importantes soient-elles, ne suffisent pas à assurer une charge de travail suffisante. Or, avec l'actuelle crise financière, il ne faut guère compter avec de nouveau contrats dans les prochains mois.

Les bureaux d'études « au bord du chômage technique »

Aux dires des syndicats nazairiens, l'abandon de la commande de NCL aurait des conséquences « dramatiques » sur l'emploi, notamment au niveau des sous-traitants. Mais cette affaire ne fait qu'en rajouter à une situation devenue inquiétante depuis des mois. Hausse du coût du pétrole obérant depuis deux ans les capacités d'investissement des compagnies, nécessité de « digérer » les innombrables commandes déjà signées (encore 41 paquebots à livrer d'ici fin 2012), parité euro/dollar défavorable aux contrats signés en Europe... Depuis 2007, les commandes de paquebots avaient déjà marqué le pas. Depuis des mois, Saint-Nazaire espérait une commande de navire prototype afin de remplir son carnet de commandes à partir de 2011 et, surtout, d'assurer de la charge en ingénierie. Le PA2 avait notamment ce rôle, sa commande étant espérée à l'été. Dans le même temps, l'entreprise visait un nouveau contrat dans la croisière. Mais, faute d'obtenir l'un et l'autre, les bureaux d'études nazairiens seraient, selon les syndicats, « au bord du chômage technique ». Et ce n'est, bien évidemment, pas la crise économique (avec ses conséquences non seulement financières, mais aussi sur le marché touristique et donc la fréquentation des navires) qui va inciter les rares armateurs encore capables d'investir à se lancer dans des constructions neuves.

L'Etat à la rescousse des chantiers

Comme l'explique un représentant du personnel, cela « sent (donc) très mauvais ». En cas de retournement du marché et, ou, d'abandon de NCL, beaucoup espèrent que l'Etat, cette fois encore, soutiendra le dernier grand chantier civil français si celui-ci tombe dans le creux de la vague. Tel avait été notamment le cas entre 2003 et 2006. Faute de commandes de navires de croisière, le gouvernement avait assuré, directement ou indirectement, un certain nombre de contrats. Gaz de France avait, ainsi, commandé trois méthaniers innovants, SeaFrance (filiale de la SNCF) avait été priée de faire construire son nouveau ferry à Saint-Nazaire et non comme prévu en Finlande. L'Ifremer et la Marine nationale avaient, pour leur part, fait réaliser le bâtiment océanographique Pourquoi Pas ? et les deux parties avant des BPC Mistral et Tonnerre dans l'estuaire de la Loire. Ces marchés avaient permis d'éviter au chantier de mettre la clé sous la porte en procurant de la charge le temps que les paquebots soient de retour.

Le PA2 pour traverser le creux de la vague ?

Cinq ans plus tard, un nouveau cycle difficile semble se dessiner à l'horizon. La situation a en revanche évolué. Vendus par Alstom en 2006 à Aker Yards, les ex-Chantiers de l'Atlantique sont passés cet été sous pavillon sud-coréen, avec le rachat du groupe norvégien par STX Shipbuilding. Face à la mainmise asiatique sur le fleuron industriel français, l'Etat a décidé d'entrer à hauteur de 9% dans Aker Yards France et d'obtenir un droit de préemption sur les 25% encore détenus par Alstom dans la filiale tricolore (et qui doivent être vendus en 2010). En visite à Saint-Nazaire le 5 septembre, Nicolas Sarkozy s'est fortement engagé en faveur du maintien et du développement de la construction navale dans l'estuaire de la Loire. « Je ne laisserai pas tomber les chantiers » a lancé le Président de la République aux salariés. Sentant la tempête approcher, ces derniers le prennent aujourd'hui au mot. Les syndicats réclament le lancement du projet de second porte-avions, qui assurerait une charge importante à l'entreprise (2 ans ou l'équivalent de deux paquebots). Quant à son prix, 2.5 milliards d'euros Hors Taxes, argument mis en avant jusqu'ici par les détracteurs du projet, le syndicat Force Ouvrière fait observer qu'il « est dérisoire au regard des sommes gigantesques injectées ces dernières semaines dans les circuits financiers ».
Pour mémoire, les chantiers nazairiens emploient 2700 salariés et de 3000 à 6000 sous-traitants suivant les périodes d'activité.

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