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Second porte-avions : Le président toujours indécis

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Second porte-avions : Le président toujours indécis

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S'exprimant hier matin sur RTL, Nicolas Sarkozy a évoqué le Livre Blanc sur la Défense et l'un des dossiers sensibles du moment : La construction, ou non, d'un second porte-avions (PA2). « On a un peu de temps puisque la décision devrait être prise... aux alentours de 2011/2012 », a expliqué le chef de l'Etat, sous-entendant un nouveau glissement du projet. Rebondissant sur la réponse du président, Jean-Michel Apathie a voulu en avoir le coeur net : « Vous ne prendrez pas la décision avant ? » à demandé le journaliste politique de RTL. Et Nicolas Sarkozy de répondre, avec prudence et solennité : « Je vais y réfléchir. C'est une décision lourde ».
Au moins autant que les paroles, le ton employé par le président semble montrer à quel point le dossier du second porte-avions est délicat pour l'Elysée. Face aux difficultés budgétaires du pays et aux incontournables coupes dans les programmes d'armement, forte parait la tentation de renvoyer le PA2 aux calendes grecques. Non que ce bâtiment constitue le programme le plus onéreux (3 milliards d'euros contre par exemple 7 milliards pour le Tigre et autant pour les SNA du type Barracuda), mais sans doute parce qu'il est très emblématique et souvent perçu dans l'opinion publique comme un outil de luxe à l'utilité mal comprise.

« je pense que ce bâtiment est indispensable »

Toutefois, durant la campagne, Nicolas Sarkozy s'était fermement engagé, et à plusieurs reprises, en faveur de la construction du second porte-avions. « La défense de la France ne s'improvise pas et je pense que ce bâtiment est indispensable. Nous refuser d'avoir les moyens d'intervenir au loin, ce serait implicitement laisser à d'autres la gestion des affaires mondiales », avait-il expliqué il y a un peu plus d'un an (*). Pour la présidence de la République, la situation est d'autant plus inconfortable que le gouvernement britannique vient de donner son feu vert à la construction des Queen Elizabeth et Prince of Wales, dont les études ont été réalisées en coopération avec les industriels français chargés du PA2 (DCNS et Aker Yards). Or, sur ce point également, le candidat Sarkozy avait été tout aussi très clair : « Le Royaume-Uni manifeste l'intention de vouloir entreprendre un programme de construction de deux porte-avions. La coopération franco-britannique a été matérialisée par un accord intergouvernemental en 2006 et a pour but de dégager des économies d'étude et de réalisation. Nous devons tirer parti de cette mutualisation de moyens ».
Abandonner en cours de route un projet symbolique de l'Europe de la Défense et qui a déjà coûté plus de 200 millions d'euros en études n'est donc pas chose évidente.
Si le président renonce finalement, il sera très intéressant de voir comment la décision sera présentée. Le mois dernier, peut-être pour préparer l'opinion, on avait lancé au ministère de la Défense la piste de la « mutualisation des groupes aéronavals » français et britanniques. En clair, durant les arrêts techniques du Charles de Gaulle, la France pourrait s'appuyer sur un porte-avions britannique, et inversement en cas d'indisponibilité des plateformes de la Royal Navy. Mais cette solution bancale, séduisante sur le papier, serait politiquement difficile à mettre en oeuvre. Le porte-avions reste par définition un outil de puissance aux mains d'un pouvoir exécutif et les deux pays n'ont pas forcément la même approche en cas de crise, comme l'a démontré le conflit en Irak.

Report : Un abandon qui ne dit pas son nom ?

Le renvoi du projet à la fin de la prochaine loi de programmation militaire aurait également été envisagé, en s'appuyant sur l'espoir que la situation financière du pays serait alors meilleure. Compte tenu des délais nécessaires à sa réalisation, le bâtiment ne serait toutefois pas au rendez-vous pour assurer la permanence aéronavale française pendant le prochain grand carénage du Charles de Gaulle. Le pays serait de nouveau privé de cet outil diplomatique et de projection pendant près de deux ans, durée nécessaire au chantier et à la remise à niveau de l'équipage. Si l'on en croit les propos tenus hier par Nicolas Sarkozy, cette hypothèse pourrait être privilégiée. Mais, pour la plupart des observateurs, un tel report ne serait autre qu'un abandon qui ne dirait pas son nom. Il poserait en outre le problème de la coopération avec les Britanniques, susceptible de perdre tout son intérêt, aussi bien politique que budgétaire, les économies prévues sur l'achat groupé des gros matériels étant incluses dans la facture présentée aujourd'hui. La note en sortirait probablement renchérie, d'autant qu'il faudrait sans doute lancer de nouvelles études.
Enfin, il y a l'aspect social. A Saint-Nazaire, où le navire doit être construit, on attend avec impatience la notification de ce contrat qui redonnera de la charge aux bureaux d'études. Le PA2 doit, aussi, permettre de conserver une activité « stratégique » dans Aker Yards France, argument mis en avant par l'Etat pour protéger le chantier au cas où les ambitions de STX deviendraient trop importantes. Au sein de l'entreprise, on est en effet très inquiet sur un éventuel pillage de savoir-faire venant du groupe sud-coréen. Pour mémoire, STX est devenu ce mois-ci le nouvel actionnaire de référence du Norvégien Aker Yards (39.2% du capital), maison mère des ex-Chantiers de l'Atlantique.
On comprend donc mieux la prudence du chef de l'Etat car c'est en fonction de tous ces paramètres que Nicolas Sarkozy devra prendre et motiver sa décision. Et, comme il le soulignait hier encore sur RTL : « A force de différer les décisions difficiles, elles sont plus douloureuses ». Dans le cas du second porte-avions, cela fait déjà 15 ans que ça dure...
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(*) Voir l'interview de Nicolas Sarkozy sur les questions maritimes (2007)

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