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Ségolène Royal : Flottements autour du second porte-avions

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Ségolène Royal : Flottements autour du second porte-avions

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Une semaine après que Nicolas Sarkozy, initialement très prudent sur le dossier, se soit prononcé pour la réalisation d'un second porte-avions, Ségolène Royal n'a pas semblé donner gage au projet, jeudi dernier à Dunkerque, lors d'un meeting sur l'éducation. Devant les militants de la fédération du Nord, secteur où la construction navale et les industrie de défense sont relativement absentes, Ségolène Royal a souhaité que les crédits prévus pour le second porte-avions (2.5 à 3 milliards d'euros, ndlr) aillent au renforcement de l'Education nationale : « Si la nation est capable de dégager le coût d'un deuxième porte-avions, j'en fais ici le serment, cette marge de manoeuvre supplémentaire, cette valeur là, n'ira pas à la Défense nationale mais ira à l'Education nationale ». Bien qu'elle souhaite maintenir « inchangé l'effort de défense », la candidate socialiste ne se dit donc « pas favorable » au programme : « Je n'engagerai pas la construction d'un deuxième porte-avions car je considère que cet effort doit se faire dans le cadre de l'émergence d'une défense européenne ». Cette position a, bien entendu, suscité de nombreuses réactions, notamment à droite. Pour mémoire, le coût du second porte-avions, estimé à moins de 3 milliards d'euros sur 10 ans, serait une goutte d'eau dans le budget de l'Education nationale, qui s'élève à plus de 70 milliards d'euros chaque année. Les économies réalisées dans le cadre de la coopération ne devraient, par ailleurs, représenter au mieux que quelques petites centaines de millions d'euros. Suite aux propos de Ségolène Royal, plusieurs responsables socialistes ont tenté de redresser la barre, sur ce sujet très sensible pour la politique de défense et le savoir-faire industriel du pays. Ainsi, pour Vincent Peillon : « Il ne s'agit pas de ne pas faire le deuxième porte-avions, mais de ne pas le financer tout seuls pour pouvoir économiser quelques milliards d'euros. Il y aura un deuxième porte-avions fait en coproduction européenne, en particulier avec les Anglais ».

Le PS et l'UMP seraient-ils finalement d'accord sur le programme actuel?

Suite à la polémique née du meeting de Ségolène Royal, David Assouline, secrétaire national à la défense du Parti Socialiste, s'est également lancé dans un éclaircissement des positions de la candidate: « Ségolène Royal a toujours affirmé que dans le monde tel qu'il est, avec de nouvelles menaces, la France ne baissera pas la garde et les moyens de la défense seront préservés ». En raison des arrêts techniques nécessaires pour la maintenance du Charles de Gaulle, « Nous savons qu'il est nécessaire d'avoir un deuxième porte-avions. Elle dit que le porte-avions doit s'envisager dans le cadre d'une coopération européenne, en particulier avec les Britanniques. On ne baisse pas la garde mais on veut rationnaliser. Les moyens énormes nécessaires pour construire un porte-avions, s'ils étaient rationnalisés, dégageraient du budget de la France les moyens pour répondre aux ambitions du projet de Ségolène Royal, notamment l'ambition dans le domaine de l'éducation ». Curieusement, un bâtiment en coopération avec la Grande-Bretagne afin de réduire les coûts de développement et de réalisation, est précisément le projet défendu depuis maintenant deux ans par Jacques Chirac. En mars 2006, un accord bilatéral a été signé avec Londres. Depuis, les industriels, des deux côtés de la Manche, ont travaillé sur ce projet, permettant de mutualiser le coût des études et d'acheter les équipements en commun. La différence entre les deux aviations embarquées étant trop importantes, les navires ne pourront, néanmoins, pas être identiques, bien qu'un taux de « communalité » de près de 90% ait été atteint. Après la remise d'une première offre par DCN et Thales, le ministère de la Défense a demandé une réduction des coûts de l'ordre de 15 à 20% afin de pouvoir signer de Dossier de Lancement et de Réalisation (DLR) fin mars. Si l'on en croît les explications de David Assouline et les déclarations du candidat de l'UMP, l'actuel projet, répondant aux impératifs de la coopération européenne et des réductions de coûts (dans la mesure du possible), aurait donc toutes les chances d'aboutir...

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