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Selon la Défense, l’incident du M51 ne remet pas en cause la dissuasion française

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Selon la Défense, l’incident du M51 ne remet pas en cause la dissuasion française

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« L’échec du 5 mai ne remet pas en cause la dissuasion ». C’est ce qu’a affirmé hier le ministère de la Défense lors de son point presse hebdomadaire. Une déclaration suite à la désintégration du missile balistique M51 tiré le 5 mai par le sous-marin nucléaire lanceur d’engins Le Vigilant, qui a procédé au lancement en baie d’Audierne, dans le Finistère. « Après quelques dizaines de secondes de vol, pendant une des phases propulsées, le missile a détecté une anomalie et s’est « autodétruit » conformément aux procédures. Cette destruction n’a eu de conséquences ni pour la population ni pour le sous-marin ni son équipage », a rappelé le ministère. Ce tir de validation constituait l’aboutissement du processus de refonte du Vigilant, immobilisé durant 30 mois pour bénéficier d’une importante modernisation destinée notamment à intégrer le nouveau M51, qui remplace le M45 que le bâtiment embarquait depuis sa mise en service en 2004. Pour mémoire, Le Terrible, quatrième et dernier SNLE de cette série, est opérationnel depuis 2010 et fut le premier à embarquer le M51, dont il a été doté dès l’origine. Quant aux deux premiers SNLE, Le Triomphant (1997) et Le Téméraire (1999), ils doivent être à leur tour adaptés à l’occasion de leur prochain grand arrêt technique, les travaux devant normalement débuter cette année pour le premier.

 

 

Les retombées du M51 après son autodestruction le 5 mai (© : LE TELEGRAMME)

Les retombées du M51 après son autodestruction le 5 mai (© : LE TELEGRAMME)

 

 

Les conclusions de l’enquête probablement confidentielles

 

 

Suite à la destruction du missile tiré par Le Vigilant, la préfecture maritime de l’Atlantique a déployé un important dispositif comprenant différents bâtiments, des robots sous-marins et des aéronefs afin de récupérer les débris du M51. Dans le même temps, une commission d’enquête a été mise en place le 7 mai par le délégué général de l’armement. « Elle communiquera ses conclusions aux autorités au plus tôt après un travail minutieux d’analyse », a expliqué hier le ministère. Et comme on pouvait s’en douter, le caractère très sensible de cette affaire fait que l’on ne devrait pas savoir grand-chose des causes techniques de l’incident. « En raison du secret de la défense nationale qui couvre les activités opérationnelles et les essais des systèmes d’armes de la dissuasion, les résultats de cette enquête resteront vraisemblablement confidentiels ». Reste à espérer que l’enquête conclura à une défaillance mineure dont la nature pourra être rendue publique. Dans le cas contraire (ou pas d’ailleurs), il faudra croire l’Hôtel de Brienne sur parole. C’est tout le problème du secret entourant la dissuasion nucléaire, gage de son efficacité mais qui peut également être le terreau de bien des suspicions. Car il est évident que si le nouveau missile balistique français a rencontré un problème plus ou moins sérieux, la France ne le criera pas sur tous les toits.

 

 

Tir de M51 depuis Le Terrible, en 2011 (© : DGA)

Tir de M51 depuis Le Terrible, en 2011 (© : DGA)

 

 

Un savoir-faire reconnu et une expérience de plus de 40 ans

 

 

Néanmoins, au bénéfice de la crédibilité de cette arme, le ministère souligne, à juste titre, que les cinq premiers tirs de M51 (celui du 5 mai était le sixième), dont deux en 2011 depuis Le Terrible, ont été un succès. Il faut aussi rappeler que la France dispose, dans ce domaine, d’une grande expérience. Depuis la mise en service fin 1971 de son premier sous-marin stratégique, Le Redoutable, 10 bâtiments et deux générations de SNLE (six Redoutable puis quatre Triomphant) ont été conçus, réalisés et opérés, embarquant depuis 42 ans plusieurs types de missiles (M1, M2, M4, M45), dotés à chaque époque de nouvelles technologies et de capacités supérieures. Un savoir-faire industriel et technologique reconnu mondialement, qui a aboutit au M51, un engin de 56 tonnes pouvant emporter jusqu’à 6 têtes nucléaires avec une portée allant, selon la charge, jusqu’à 9000 kilomètres. Un missile qui se distingue aussi de ses prédécesseurs par un recours très important aux outils modernes de simulation. Sur les dizaines de lancements d’essais réalisés en plus de quatre décennies, il y a certes eu quelques rares échecs, le dernier remontant à 1996 avec un missile M4, mais jamais la crédibilité de la dissuasion nucléaire française n’a été remise en cause. « 5 tirs de M51 réussis et l’expérience d’une vingtaine d’années de tirs et de validations depuis les SNLE-NG (Triomphant, ndlr) permettent d’avoir confiance dans le système en service et de relativiser les conséquences de cet incident », estime le ministère.

 

 

Le SNLE Le Terrible (© : MARINE NATIONALE)

Le SNLE Le Terrible (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Nécessité de nouveaux tirs réussis pour lever les doutes

 

 

Sans parler du fait que les autres grandes puissances dotées de cet outil ont aussi rencontré de tels déboires, parfois de manière bien plus ennuyeuse (on pense aux échecs à répétition du nouveau missile russe Bulava par exemple), il n’en demeure pas moins que l’incident du 5 mai engage l’image militaire et technologique de la France sur le plan international. Surtout en cette époque où les moyens de communication ont permis à l’information et aux images de faire le tour du monde en un rien de temps. Ce qui n’était pas le cas lors du précédent échec, en 1996. Quoiqu’il en soit, il n’y aura qu’une seule manière de lever les doutes et soupçons : réaliser au plus tôt une série de tirs réussis.

Pour mémoire, chaque SNLE embarque 16 missiles balistiques, au moins un de ces sous-marins étant en permanence à la mer. Regroupés au sein de la Force océanique stratégique, ils représentent l’essentiel de la force de frappe française, mais ne sont pas l’unique composante de la dissuasion. Celle-ci repose également en France sur une composante aérienne double : les Forces aériennes stratégiques (FAS) de l’armée de l’Air et la Force aéronavale nucléaire (FANU) de la Marine nationale, dont les avions, mis en œuvre depuis des bases terrestres et le porte-avions Charles de Gaulle, sont dotés du missile nucléaire ASMP-A.

 

 

Rafale Marine doté d'un ASMP-A et catapulté depuis le Charles de Gaulle (© : MBDA)

Rafale Marine doté d'un ASMP-A et catapulté depuis le Charles de Gaulle (© : MBDA)