Energies Marines
SEM-REV : Le câble électrique devrait être opérationnel cet été
ABONNÉS

Actualité

SEM-REV : Le câble électrique devrait être opérationnel cet été

Energies Marines

Exploité par Centrale Nantes, le SEM-REV, site d’essais en mer dédié aux énergies marines situé au large du Croisic, devrait être enfin opérationnel cet été. Son câble électrique export, chargé d’injecter l’énergie produite par les démonstrateurs dans le réseau électrique terrestre, ne pouvait en effet, jusqu’ici, fonctionner en raison d’un problème technique. Ce souci, autour duquel la plus grande discrétion a été maintenue depuis deux ans, a donné des sueurs froides à Centrale Nantes. Mais heureusement pour l’Ecole, qui joue très gros avec le SEM-REV, il est en passe d’être solutionné, les travaux de réparation ayant débuté ce week-end.

Problème sur la jonction entre le câble et le hub

Pour mémoire, le câble de 23 kilomètres de long, ensouillé et protégé par un matelas de protection fait d’éléments en béton, a été posé en 2012, année où a été également créé le poste de transformation terrestre qui fait la liaison avec le réseau électrique. La seconde phase des travaux s’est déroulée en 2015/2016, une extension étant ajoutée en mer avec, au bout du câble, l’ajout d’une partie comprenant un hub doté de trois prises. C’est sur l’une d’elles que le câble dynamique reliant l’éolienne flottante Floatgen au câble export va être connecté.

Que s’est-il passé pour que l’infrastructure électrique du SEM-REV ne fonctionne pas ? Alors qu’une procédure juridique a été lancée afin de déterminer les responsabilités, les acteurs impliqués dans ce dossier ne souhaitent pas s’exprimer. D’après les éléments réunis ces dernières semaines par Mer et Marine, un problème a été assez rapidement détecté après la seconde phase de travaux. Mais on ne savait pas, à l’époque, quelle partie exactement était défaillante. Pendant près d’un an, il a donc fallu rechercher sur les 23 kilomètres de l’installation d’où venait le défaut électrique. Un travail de fourmi qui a impliqué de gros moyens, notamment sous-marins. A l’issue de nombreux tests effectués en 2017, le problème a été enfin localisé. Il se trouve sur la boite de jonction, c’est-à-dire la partie reliant les travaux de 2012 (câble) à ceux de 2015 (hub).

L’Ecole attaque ses prestataires au tribunal administratif

C’est là que l’affaire s’est sérieusement compliquée pour Centrale Nantes, qui s’est logiquement retournée vers ses prestataires. Mais tout le monde, apparemment, se renvoie la balle. L’Ecole a donc décidé d’attaquer l’ensemble des entreprises impliquées (il y en aurait une quinzaine) devant le tribunal administratif. Ce dernier a nommé un expert chargé de déterminer les responsabilités. L’enjeu est considérable pour l’Ecole car les frais engagés pour la localisation du problème puis les réparations en cours sont très élevés. Néanmoins, le dénouement de cet imbroglio juridique, dont on ne connait évidemment pas l’issue, va prendre du temps, que Centrale Nantes n’a pas. Celle-ci a en effet d’ores et déjà signé des contrats pour tester des démonstrateurs EMR sur son site d’essais, dont certains doivent être impérativement connectés au réseau électrique. C’est le cas en particulier de Floatgen, qui a été installée sur le SEM-REV en mai et est en attente de connexion. Par chance, ce projet d’éolienne flottante est très en retard et, finalement, les calendriers pouvaient correspondre si l’Ecole prenait immédiatement les dispositions adéquates pour réparer son câble. C’est ce qu’elle est en train de faire.

Des millions d’euros qui n’étaient pas prévus au budget

Ainsi, en attendant le résultat de la procédure juridique, qui pourrait prendre des années avec d’éventuels recours (sans évidemment de garantie de succès), Centrale assume le coût des travaux nécessaires à la mise en service finale de son site d’essais. Compte tenu des enjeux commerciaux et la perspective d’éventuelles pénalités de retard liées aux contrats déjà signés pour l’emploi du SEM-REV, l’Ecole n’avait pas vraiment le choix. Mais intégrer dans le budget déjà contraint de l’établissement public une lourde dépense comme celle-ci, ce n'est pas une mince affaire. Car on parle ici en millions d’euros. Ce qui aurait pu déstabiliser toute l’Ecole si une aide providentielle (dont on ne connait pas la provenance) n’était semble-t-il arrivée à temps pour aider Centrale à financer ce surcoût. 

Un navire offshore sur site depuis ce week-end

Les travaux vont porter sur le remplacement de la boite de jonction, à laquelle va se substituer un nouvel équipement d’un type différent. La boite d’origine sera prélevée avec quelques mètres de câble de chaque côté. L’opération sera conduite sous constat d’huissier puisque l’équipement sera ensuite mis sous scellés à Saint-Nazaire en vue d’être expertisé dans le cadre de la procédure juridique.

Le chantier vient de débuter. Il est conduit à partir d’un imposant navire de travaux offshore, l’Ariadne, arrivé en fin de semaine dernière à Saint-Nazaire et qui a rejoint le site du SEM-REV ce week-end. D’après un avis émis par la préfecture maritime de l’Atlantique, qui demande aux navigateurs de ne pas gêner les manœuvres de l’Ariadne, les travaux sous-marins seront effectués d’ici le 9 juillet.

 

L'Ariadne à son arrivée à Saint-Nazaire le 21 juin ( © MER ET MARINE)

L'Ariadne à son arrivée à Saint-Nazaire le 21 juin ( © MER ET MARINE)

 

Floatgen va pouvoir injecter ses premiers kW sur le réseau

Une fois la boite de jonction remplacée et les tests effectués, Floatgen, dont les dernières lignes d’ancrage doivent être prochainement installées, pourra être connectée au réseau. Si tout va bien, la turbine de 2MW de ce démonstrateur d’éolienne flottante, prévu pour rester sur zone au moins 2 ans, pourra injecter ses premiers kW dans le réseau d’ici la fin de cet été.  

D’autres démonstrateurs vont ensuite rejoindre Floatgen sur le SEM-REV et utiliser son câble export, qui offre une capacité maximale de 8 MW. Grâce à son hub, trois systèmes pourront être simultanément connectés, l'ensemble ne devant pas excéder cete puissance.

Connexion de deux autres prototypes en 2019 et 2020

Le prochain sera un prototype de générateur houlomoteur de moyenne puissance développé par la société d’ingénierie Geps Techno dans le cadre du projet IHES (Integrated Harvesting Energy System). Installé sur une plateforme flottante de 21x14x7 mètres, cet engin de 120 tonnes développera une puissance de 150 kW. Sa construction a débuté à Saint-Nazaire le 1er juin, en vue d’une installation sur le SEM-REV à partir de la fin de l’année et un début des essais en 2019. Pour cela, Centrale Nantes va acquérir après celui employé par Floatgen un second câble dynamique qui permettra la connexion du démonstrateur de Geps Techno sur le hub.

La troisième prise du hub doit, quant à elle, être utilisée pour un autre prototype houlomoteur, le S3 développé par SBM Offshore. Il devrait être installé sur le SEM-REV en 2020. Pour la suite, d’autres projets sont à l’étude, sachant que les systèmes déployés sur le site d’essais en mer du Croisic ne resteront sur place que le temps des campagnes de tests. Grâce à ses importantes capacités, le SEM-REV pourra par exemple accueillir des prototypes d’éoliennes flottantes jusqu’à 8 MW.

Un site unique en France

Pour mémoire, le SEM-REV a représenté (hors problème de la jonction) un investissement de 20 millions d’euros, financé par l’Etat, la Région des Pays de la Loire et le Département de la Loire-Atlantique, ainsi que d'autres collectivités locales et organismes, comme le CNRS. 

Unique site d’essais en mer français dédié aux EMR, il comprend une station à terre (centre de recherche et sous-station électrique), un câble d’export électrique (20kV et 24 fibres optiques), une zone en mer délimitée de 1 km² (à 22 kilomètres au large du Croisic, par des fonds d’une trentaine de mètres) bénéficiant de l’ensemble des autorisations administratives, une station de raccordement électrique sous-marine (hub) pour trois connexions simultanées de prototypes, ainsi que des outils d’instrumentation météorologiques et océanographiques (vent, vague et courant et paramètres locaux).