Marine Marchande
Semaine décisive pour la privatisation de la SNCM

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Semaine décisive pour la privatisation de la SNCM

Marine Marchande

Le conflit entre ce matin dans sa troisième semaine et la situation semble toujours aussi bloquée. Les syndicats refusent les propositions du gouvernement et exigent que l’Etat reste majoritaire dans le capital de la compagnie. Hier, Dominique de Villepin, par voie de communiqué, a réitéré ses trois engagements: Pas de licenciements secs, unité de la compagnie et maintien de la flotte dans son intégralité. Ce matin, Thierry Breton et Dominique Perben seront de nouveau à Marseille pour discuter du plan gouvernemental avec les syndicats. Ces négociations auront pour base le dernier schéma présenté par Bercy. En fin de semaine dernière, le ministre des Finances avait prévenu qu’il « n’y aurait pas d’autre proposition ». L’Etat doit conserver 25% du capital, les salariés 9%, le fond d’investissement Butler Capital Partners 38% et Connex (filiale transport de Veolia) 28%. Cette dernière doit également assurer le rôle d’opérateur industriel. Les représentants des deux groupes étaient à Marseille vendredi pour nouer le dialogue avec les grévistes, en vain. Seuls les syndicats d'officiers ont accepté de les rencontrer.

Conseil d’administration crucial

Dominique Perben, qui annonce que les jours de grève ne seront pas payés, a appelé les salariés de la SNCM à reprendre le travail pour éviter le dépôt de bilan. Cette hypothèse sera examinée aujourd’hui au cours d’un conseil d’administration exceptionnel de la compagnie. Au cours de cette réunion, prévue à 10 heures en préfecture, « Nous allons faire des contre-propositions sérieuses. Il est hors de question que l'Etat vende à la hussarde ou que nous allions au dépôt de bilan», affirme Jean Paul Israël. Selon le secrétaire général CGT des marins de Marseille, le syndicat avancera un plan permettant le maintien d’une société publique grâce à l’entrée dans le capital de la Caisse des dépôts et consignations, un shéma soutenu hier soir par le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande. Pour sensibiliser le public, la CGT a prévu de distribuer ce lundi 50.000 tracs aux entrées et sorties marseillaises des autoroutes.

L’unité des syndicats malmenée

Toute la difficulté de ce début de semaine consistera à trouver une sortie par le haut pour tous les protagonistes de cette affaire. Le gouvernement, tout d’abord, car au delà de la SNCM, ce conflit pourrait avoir un impact sur d’autres mouvements de privatisation, à commencer par celui d’EDF. Les syndicats ensuite, accusés d’avoir mis à mal l’économie de Marseille et de la Corse. Après une longue période d’union sacrée, l’unité de ces derniers donne quelques signes d’effritement. Alors que le STC milite pour une compagnie régionale « corse, pour la Corse », Force Ouvrière fait désormais preuve d’une certaine retenue. Le syndicat ne souhaiterait pas endosser la responsabilité d’un dépôt de bilan. La CGT de son côté ne veut pas lâcher prise, malgré les concessions du gouvernement qui a définitivement renoncé à une ouverture totale du capital. Matignon ne semble toutefois pas vouloir ou pas pouvoir faire plus. C’est donc dans ce contexte de blocage total que Dominique Perben et Thierry Breton retrouveront pour la troisième fois les syndicats. Une issue avant le conseil d’administration ferait figure de miracle. La SNCM emploie 2400 personnes et arme 10 navires. Le projet de privatisation prévoit la suppression de 400 postes.

Butler et Connex menacés

Pour ajouter un peu plus à la complication ambiante, un mouvement clandestin corse s’est invité samedi dans le débat. Dans un communiqué, le « FLNC du 22 octobre » menace les deux repreneurs potentiels de la compagnie : « Votre présence, ainsi que celle de vos associés est indésirable sur notre terre, oubliez votre offre, il en va de votre sécurité ». Considéré comme l’un des deux principaux mouvements indépendantistes de l’île, le FLNC du 22 octobre a également revendiqué l’attentat contre une vedette des douanes à Bastia. Le soir même, un bureau de la direction départementale des douanes était visé par un attentat non revendiqué.

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