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Sète : dénonçant la déforestation, Greepeace bloque un navire chargé de soja brésilien

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Sète : dénonçant la déforestation, Greepeace bloque un navire chargé de soja brésilien

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Une action toujours en cours hier soir pour « dénoncer l’importation du soja qui déforeste pour alimenter l’élevage industriel européen ». Depuis vendredi, plusieurs dizaines d’activistes de Greepeace mène une opération coup de poing pour empêcher le déchargement dans le port de Sète de l’Ellirea, vraquier de 195 mètres en provenance du Brésil avec à son bord 50.000 tonnes de tourteaux de soja. « Le cargo bloqué par nos activistes a été chargé au port de Salvador. Or 89 % du soja exporté via ce port est cultivé dans le précieux écosystème du Cerrado. Cette savane, véritable trésor de biodiversité, a perdu près de la moitié de sa végétation naturelle en raison de l’expansion de l’agro-industrie. La culture du soja en Amérique du Sud, dont la production ne cesse de croître, est l’un des principaux moteurs de cette destruction. La hausse de cette production est soutenue par l’industrialisation de notre élevage, puisque 87 % du soja utilisé en Europe est destiné à l’alimentation animale. Déforestation, culture intensive du soja et industrialisation de notre élevage sont donc intimement liées et alimentent la crise climatique », explique l’organisation, qui appelle le gouvernement français à réagir : « Ce système contribue à la crise climatique, puisqu’en déforestant, la culture intensive du soja détruit des remparts précieux face au dérèglement climatique. Les phénomènes extrêmes comme le pic de chaleur actuel se multiplient : il est urgent d’agir. Nous exigeons du gouvernement français qu’il prenne enfin des mesures fortes pour garantir que le soja importé en France n’a pas contribué à la déforestation et réduire notre dépendance au soja ».

Une action qui intervient alors que l’accord commercial conclu la semaine dernière entre l’Europe et le Mercosur (marché commun réunissant l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay) suscite un certain nombre de craintes, notamment en matière d’intensification de la déforestation.

Occupation des grues du terminal vrac

L’Ellirea a donc valeur de symbole pour alerter l’opinion publique et peser sur le gouvernement. Les activistes de Greenpeace, depuis des semi-rigides, ont peint sur la coque du navire « Forest Killer » lors de son arrivée. Puis, même si l’Ellirea a pu rejoindre le quai I du port de Sète, les opérations de débarquement du soja n’ont pu être menées. Car les quatre grues du terminal vrac ont été occupées par les militants, qui y ont déployé des banderoles. En fin de journée dimanche, ils refusaient toujours de descendre. La police, dépêchée sur place, n’était pas intervenue.

Risque d’accident et grogne des opérateurs

Mais les autorités s’inquiètent d’un éventuel accident notamment du fait de la canicule qui rend l’occupation des grues très éprouvante et donc encore plus risquée. Et il faut aussi compter avec la grogne des opérateurs portuaires et dockers. Car si le reste du port n’a pas été impacté ce week-end, le trafic des ferries et navires de croisière se poursuivant normalement, plusieurs navires de commerce sont attendus la semaine prochaine au terminal vrac. Or, si l’Ellirea devait occuper le quai I jusqu’au 5 juillet pour y décharger 25.000 tonnes de soja (le reste de la cargaison devant rejoindre la Slovénie), le retard risque d’immobiliser le quai plus longtemps. Et les grues sont inutilisables pour d’autres bateaux tant qu’elles sont occupées.

Le port a déposé plainte

Dans ces conditions, la direction du port de Sète a déposé plainte hier matin « face à l’intrusion illégitime d’une dizaine d’activistes de Greenpeace sur le terminal vrac. Plusieurs personnes ont pris position en haut des grues prenant ainsi pour elles-mêmes des risques majeurs et bloquant toutes les activités portuaires sur ce terminal. Les services de l’Etat ont été informés dès vendredi des graves dangers encourus et du blocage social et économique dans ce secteur ». Au port, on indique que l’affaire « est désormais transmise au procureur de la République et au préfet qui prendront ou non la décision d’agir ».

Jean-Claude Gayssot soutient la cause mais n'accèpte pas les conséquences sur le port

Samedi, Jean-Claude Gayssot, président du port de Sète, s’est exprimé quant à l’action de Greenpeace : « L’association a raison quand elle s’attaque à la déforestation qui frappe durement l’Amérique Latine et toute la planète. Greenpeace a raison quand elle pose le problème du mode de vie et celui de la consommation excessive de la viande. Combattre un productivisme aveugle et destructeur est surement l’action la plus noble du 21ème siècle. Cela doit se faire dans une lutte qui ne sépare pas la transition écologique, énergétique de la transition sociale et citoyenne. C’est mon engagement. L’action contre les injustices et les inégalités à l’échelle du monde et dans chaque pays doit être démultipliée face aux multinationales géantes et aux Etats à leur solde ! », a déclaré l’ancien ministre des Transports. Mais celui-ci a déploré le choix de Sète et les conséquences de l’opération : « Choisir le port de Sète comme tribune, pourquoi pas ? Mais le port de Sète ne représente que 0,5% de l’importation du soja en Europe ! Bloquer par cette action toute activité commerciale pendant plusieurs jours et renvoyer ces activités vers d’autres ports au détriment des travailleurs de Sète n’est pas une solution acceptable ». Jean-Claude Gayssot a appelé les responsables de Greenpeace au dialogue pour « débloquer cette situation » et « faire avancer à l’échelle de toutes les façades maritimes du Monde cette juste bataille pour la sauvegarde de la planète ».

 

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