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Shell développe le GTL comme carburant alternatif

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Le gaz naturel liquéfié fait aujourd’hui office de candidat de substitution idéal au fuel lourd dérivé du pétrole pour la réduction des émissions nocives dues à la propulsion des navires. Toutefois, il implique souvent des modifications importantes sur les navires existants, notamment pour les moteurs et le stockage du carburant. D’où la volonté de Shell de proposer une alternative complémentaire au GNL, le GTL (Gas-To-Liquid).

Un carburant utilisable comme du diesel

Pour liquéfier du gaz naturel, on utilise une transformation physique, on refroidit le gaz (-160°C à pression atmosphérique) jusqu’à ce qu’il gagne un état liquide. Cette température doit être continuellement maintenue pour garder le carburant GNL sous cette forme liquide. À l’inverse, dans le cas du GTL, c’est une transformation chimique qui a lieu : le procédé Fischer-Tropsch. Les molécules de gaz (méthane) sont "cassées" et synthétisées sous une nouvelle forme, permettant de produire un carburant liquide. Ce dernier, à l’inverse du GNL, ne nécessite plus de précautions particulières pour rester sous la forme liquide à température ambiante.

 

Le GTL est plus transparent que du gazole (© SHELL)

 

En fait, il peut être utilisé directement comme un carburant liquide standard dans un moteur diesel. « C’est l’un des grands avantages de ce carburant. Il ne nécessite pas de chaîne logistique dédiée», explique Chantal Soubigou, business developer pour le GTL à Shell. « Une fois transformé, il peut être transporté dans des tankers normaux. Il suffit de ne pas le mélanger aux autres produits pétroliers, afin de ne pas contaminer le GTL qui est un carburant plus pur que le gazole par exemple  ».

L’autre intérêt de ce carburant est de pouvoir être utilisé sans aucune transformation par un moteur diesel standard. Si sa densité est plus faible que le gazole, son pouvoir calorifique massique est plus élevé. « Certains nous posent la question de la consommation. Comme il est légèrement moins dense que du gazole, il y a la crainte que la consommation volumique soit plus élevée. En réalité, les propriétés du GTL lui permettent d’être plus efficace. Il bénéficie d’une meilleure combustion, ainsi que d’un pouvoir calorifique et d’un indice de cétane plus élevés. De fait, la consommation s’équilibre. C’est aussi vrai sur le prix qui ne diverge que très peu par rapport au gazole », indique Chantal Soubigou.

Des avantages pour l’environnement et les professionnels

Si le GTL n’atteint pas le niveau du GNL, il permet toutefois de réduire les émissions nocives dans la propulsion des navires. En effet, il ne possède pas de souffre, ni d’aromatiques et ne contient aucun métal. Selon Shell, avec le GTL dans le domaine maritime, les émissions d’oxydes d’azote (NOx) peuvent être réduites de 6 à 13% et les particules fines de 15 à 60%. «  À cela s’ajoute une meilleure sécurité pour les personnes travaillant à proximité. Un marin sur le pont d’un bateau, exposé aux fumées des cheminées, sera moins atteint avec le GTL. D’une part il y a très peu d’odeur, ensuite l’absence de composés aromatiques préserve leur santé », explique Chantal Soubigou. La combustion de meilleure qualité du GTL permet de réduire le bruit de certains moteurs, cela peut aller jusqu’à huit décibels. En outre, son point d’éclair plus élevé (> 70°C) le rend moins dangereux lors de sa manipulation. Enfin, à noter qu’en cas d’accident, si le carburant se répand dans la nature, il est plus facilement biodégradable et aura un impact moins fort sur l’écosystème.

Un carburant déjà utilisé dans le fluvial et le maritime

Aujourd’hui, le GTL est déjà utilisé dans certains moyens de transport, comme le routier ou le ferroviaire, mais aussi dans le fluvial et le maritime. Il alimente notamment le navire offshore Kroonborg, de l’armement néerlandais Royal Wagenborg. Lancé en 2015 au chantier Royal Niestern Sander, il mesure 79 mètres de long pour 16 de large et un port en lourd de près de 2000 tonnes. Ce navire supply de type Walk-to-Work, utilise le GTL. Pour les marins, c’est un confort et une sécurité supplémentaires.

 

Le Kroonborg de Royal Wagenborg (© WAGENBORG)

 

Outre ce navire, on retrouve le GTL dans des flottes de bateaux de croisières fluviaux, comme Batorama à Strasbourg, la compagnie suisse Scylla ou encore la société hollandaise Blue Boat Company. Pour tous ces opérateurs, le contact des riverains et des passagers est primordial. En étant à proximité directe des grandes villes et de la population, ils doivent se faire accepter. Cela passe par la réduction de leur empreinte environnementale. Ainsi, les bateaux de Blue Boat sont en activité au coeur d’Amsterdam, de même que Batorama à Strasbourg. Pour Scylla, qui réalise des croisières de luxe en Europe de l’Ouest, c’est aussi un avantage. Dans la descente du Rhône par exemple, les bateaux sont souvent immobilisés longtemps dans les nombreuses écluses du fleuve. Lors de ces phases statiques, le régime de travail des moteurs qui doivent continuer de tourner n’est pas idéal. Les rejets de la propulsion se retrouvent par ailleurs concentrés au même endroit. Le GTL améliore la performance des moteurs et réduit les nuisances et la pollution pour l’environnement adjacent.

 

Toute la flotte de Batorama utilise actuellement le GTL (© BATORAMA)

 

Le GTL, qui ne requiert aucune modification pour les bateaux, peut être directement introduit sur l’ensemble de la flotte. « C’est un point très intéressant de ce produit. Souvent, un armateur, s’il veut passer au GNL, le fera progressivement, en commençant par adapter un navire, puis un autre. Avec le GTL, toute une flotte peut être alimentée sans modification. Il en ressort une réduction globale des émissions plus importante », indique Chantal Soubigou.

Participer au mix énergétique dans les transports

Le GTL de Shell est produit exclusivement dans l’usine Pearl au Qatar. Il est commercialisé depuis cinq ans aux Pays-Bas. « Le délai pour les autorisations administratives est plus court. À l’inverse, il faut plus de temps dans d’autres pays. Cela nous a permis de nous lancer avant d’aller voir d’autres marchés ». Depuis l’année dernière, Shell commercialise aussi le GTL en France, en Allemagne, au Danemark et au Royaume-Uni. Aujourd’hui, le GTL bénéficie d'une norme européenne (EN15940) sous la dénomination de carburant paraffinique de synthèse (cette norme couvre les XTL et les huiles végétales oxygénées, HVO).

Pour Shell, ce nouveau carburant est complémentaire du GNL. Il permet d’apporter une autre alternative, en particulier dans les zones contrôlées pour les émissions. Pour son développement futur, la compagnie s’intéresse principalement au marché fluvial qui reste bien adapté aux propriétés du GTL. Le secteur des yachts, des navires côtiers, des dragues ou encore des remorqueurs, qui peuvent être amenés à naviguer dans des endroits sensibles ou très fréquentés, est aussi une piste de développement pour Shell.

 

Propulsion - motorisation