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Signature du contrat relais pour le second porte-avions français

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Signature du contrat relais pour le second porte-avions français

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Selon nos informations, un nouveau cap a été passé dans le projet de futur porte-avions (PA2). Le contrat relais, lançant la phase d’études détaillées, aurait été signé, pour un montant de 20 millions d’euros. Ce contrat porte sur la poursuite des études d’adaptation du modèle britannique. La solution d’un navire de conception purement française est donc clairement mise de côté, même si elle n’est pas officiellement abandonnée. « Juliette », c’est son nom, reste bien au chaud dans les cartons, au cas où la coopération avec le Royaume-Uni subirait un nouveau coup de Trafalgar, 10 ans après le fiasco du programme Horizon. Cette perspective paraît toutefois difficilement envisageable, tant la volonté politique d’aboutir à un projet commun semble forte, tant à Paris qu’à Londres. La France souhaite bénéficier des porte-avions de la Royal Navy pour bâtir un grand programme européen et, éventuellement, réaliser quelques économies d’échelle. Le projet britannique porte sur la construction de deux navires de près de 70.000 tonnes, destinés à remplacer les trois porte-aéronefs du type Invincible. Le design de ces bâtiments a été confié à Thales UK mais c’est BAE Systems qui dirigera les opérations. Les premières études menées par DCN ont démontré que le modèle anglais était compatible à 85% avec les besoins de la Marine nationale. Les principales différences portent sur les capacités d’emport en combustible et l’utilisation, par la France, de catapultes pour le Rafale, alors que la Royal Navy souhaite doter ses unités d’un tremplin pour la mise en œuvre d’avions à décollage court F 35 B (envol en moins de 150 mètres et atterrissage vertical). Côté études, Thales et DCN ont confié le programme à une filiale commune, MOPA2 (avec respectivement 35 et 65% des parts). Des équipes françaises devraient toutefois rejoindre le plateau britannique de Bristol, qui planche sur les HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales.

Encore beaucoup de travail

La signature du contrat relais ne signifie en aucun cas la commande du navire, et encore moins l’annonce du montage industriel. Le chemin est encore long et toute la question sera de savoir, au-delà du design, comment les industriels des deux pays pourront collaborer et réaliser des équipements en commun. Pour l’heure, les entreprises britanniques freinent des quatre fers, arguant que l’ajout au programme CVF d’un navire en partie différent ne serait qu'une source de complications. Les Chantiers de l’Atlantique, bien placés pour réaliser la coque du porte-avions français, ne décrocheront pas celles des deux anglais. Londres a en effet décidé de construire chaque bateau en quatre méga blocs, dont le montage sera opéré en Grande-Bretagne. Le programme britannique a par ailleurs un an de retard, ce qui complique légèrement le calendrier et l’obtention de l’effet de série. L’argument des économies budgétaires pour justifier la coopération risque donc fort, à l’arrivée, de n’être qu’un effet d’annonce. Déjà, le prix unitaire évoqué de l’autre côté de la Manche dépasse 2,6 milliards d’euros, soit 600 millions de plus qu’une réplique mise à jour du Charles de Gaulle. L’abandon de la propulsion nucléaire permettrait toutefois de réduire le coût de possession de plus de 10%. Si l’intérêt financier n’est donc pas évident, un tel projet reste un acte politique de premier plan dans une Europe en quête d’identité. Si l’on sait que globalement, le CVF peut satisfaire aux besoins de la Marine nationale, il faut désormais disséquer le projet système par système. Il en résultera un avant projet qui dira si les adaptations sont viables et, si c’est le cas, un devis pour une plateforme propulsée aménagée sera présenté. Pour tenir les délais, le dossier censé répondre à l’appel d’offre doit être bouclé, au plus tard, l’été prochain. Si le contrat est notifié fin 2006, l’usinage devrait débuter en 2008 pour une admission au service actif en 2014. Outre les 100 millions d’euros déjà débloqués pour les études, une autorisation d’engagement de crédits de 926 millions d’euros est prévue dans le budget 2006.

Naval Group (ex-DCNS)