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Singapour : Le Cluster Maritime et la Chambre de commerce Française s’activent

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Singapour : Le Cluster Maritime et la Chambre de commerce Française s’activent

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Singapour s’est imposé comme l’un des principaux centres de gravité de l’économie maritime. Et ambitionne maintenant d’en devenir la capitale mondiale. Nouvelles technologies, développement durable et formation de jeunes ultra-qualifiés constituent les trois grands axes de la stratégie singapourienne pour asseoir ce leadership. Grande place financière du sud-est asiatique, la cité Etat compte l’un des plus grands ports du monde et 5000 entreprises œuvrant dans le secteur maritime. Cela représente plus de 18.000 emplois et désormais 7% du PIB du pays, pour un chiffre d’affaires de 16 milliards de dollars.

« Tout l’écosystème maritime débarque »

Singapour a su, ces dernières années, attirer les investisseurs, les grands noms du maritime mais aussi les jeunes pousses par lesquelles émergent de nombreuses innovations. « Singapour veut être la référence mondiale du maritime et met tout en œuvre pour y parvenir. Leurs efforts portent notamment sur la digitalisation et la connectivité, les navires et ports du futur, ainsi que les industries vertes et l’enseignement. Tout l’écosystème maritime, les assurances, les systèmes juridiques et de financement, ainsi que les opérateurs et les jeunes talents, débarquent ici. Tous les marchés sont représentés et toutes les compétences sont là. C’est la place où il faut être aujourd’hui », assure Gilles Bonavita, président du French Maritime Cluster Committee in Singapore (FMCCS), émanation du Cluster Maritime Français créée en partenariat avec la Chambre de Commerce Française à Singapour.


Le port de Singapour (© : PSA)

Le port de Singapour (© : PSA) 

 

Les grands groupes français déjà bien présents

Conscientes de l’importance croissante de la cité et du bouillonnement économique, financier et technologique qu’elle génère, les majors du maritime y disposent à minima d’importantes représentations, certains allant même jusqu’à y déménager progressivement tout ou partie de leurs services, directions ou divisions spécialisées. On a par exemple vu ce mouvement chez le Danois Maersk Line ou encore le Britannique Rolls-Royce. De grandes sociétés françaises, comme Total, Engie, Naval Group, Thales, Bureau Veritas, Bourbon ou Louis Dreyfus Armateurs sont également présents à Singapour, d’où ils peuvent au-delà des intérêts locaux rayonner sur le sud-est asiatique. Le cas de CMA CGM est à ce titre intéressant, l’armateur se renforçant significativement à Singapour depuis plusieurs années, y musclant progressivement ses équipes et son implantation. Le groupe français y a ainsi inauguré en 2017 son troisième Fleet Navigation Center, dédié à la gestion nautique de sa flotte opérant en Asie, ainsi que l’extension du Lion Terminal de Singapour qu’il exploite conjointement avec PSA (Port of Singapore Authority). CMA CGM investit également dans les développements locaux en matière de digitalisation mais aussi dans les écoles singapouriennes et envisage de créer avec une entité locale une académie afin d’attirer les talents.

Enseignement et recherche, l’une des clés du succès

L’enseignement est d’ailleurs une priorité pour Singapour : « Ici, le maritime apparait dans toutes les universités et écoles, les autorités travaillant notamment, pour attirer les jeunes, sur une image de modernité et de haute technologie, expliquant que le maritime est aujourd’hui plus innovant que l’aéronautique ». Avec dans l’idée de former non seulement les jeunes singapouriens, mais aussi de voir émerger de grands pôles internationaux pouvant accueillir des chercheurs et étudiants étrangers. Il s’agit dans le même temps de faire émerger des structures capables de séduire les opérateurs privés pour financer de multiples programmes scientifiques dans des laboratoires publics-privés. Alors que des partenariats ont été noués avec des universités et grandes écoles d’autres pays (Etats-Unis, Royaume-Uni, Pays-Bas, Espagne, Corée du sud …), de nombreux projets de R&D bénéficiant de financements publics, complétés par des investissements privés, favorisent le développement de technologies innovantes.

Technologies du futur et transition énergétique

Les recherches s’axent en particulier sur la numérisation, le big-data et l’intelligence artificielle. On y travaille par exemple sur les réseaux électriques intelligents (Smart Grid), ou encore de gigantesques bases de données sécurisées partagées (Block chain) et déclinables dans de nombreux domaines, comme la logistique maritime et portuaire. La dronisation est également un axe de développement fort, en particulier les navires autonomes, avec des projets déjà en cours et l’émergence, prévue à faible échéance, de premiers bateaux sans équipage assurant la desserte des terminaux du gigantesque port de Singapour. Ce dernier où, déjà, les opérations de manutention sont progressivement robotisées au travers de projets innovants autour desquels PSA coopère avec le port de Rotterdam, pionnier européen dans ce domaine. 

La transition énergétique est aussi considérée comme une priorité, avec par exemple de nombreux programmes liés aux propulsions plus vertueuses liées à l’emploi du GNL sur les navires. Au-delà, Singapour cherche à développer de nouvelles énergies sur l’ensemble des activités portuaires, à l’image de la mise en place de véhicules électriques.

 

Le port de Singapour (© : PSA)

Le port de Singapour (© : PSA) 

 

« C’est ici que sont en train de naître les nouveaux standards de l’industrie maritime»

« Singapour veut être un moteur de la réflexion maritime mondiale et fait la promotion d’un esprit de cluster international au travers duquel des gens venant des quatre coins de la planète échangent et imaginent le futur. Cela, à une époque où tout change très vite, où la digitalisation bouleverse nombre de modèles établis. C’est bien ici que se joue l’avenir car c’est ici que sont en train de naître les nouveaux standards de l’industrie maritime. Dans cette perspective, les concepts de places fortes qui ont prévalu dans certains pays ne suffisent plus car dans un système globalisé, tout le monde est obligé de suivre. Mieux vaut donc accompagner le mouvement et y participer, plutôt que le subir », assure Gilles Bonavita. Au-delà des grands groupes déjà présents, il convient notamment, pour le Cluster Maritime Français, de sensibiliser d’autres sociétés, y compris des PME. « Nous avons des start-ups et de petites entreprises qui viennent à Singapour, mais il faut bien reconnaitre que globalement les Français sont bien plus frileux que d’autres, à l’image des Nordiques qui sont là en nombre ». Des réflexions sont également en cours afin de nouer des partenariats avec de grandes écoles françaises, dont trop peu sont encore représentées sur cette place majeure et rares celles qui s’intéressent au maritime au-delà de la convenance. 

Création du FMCCS en 2014

Afin d’y remédier et plus largement de faire valoir la France et ses atouts dans cette nouvelle capitale mondiale du maritime, le CMF, en association avec la Chambre de Commerce Française à Singapour (FCCS), a créé en juin 2014 le French Maritime Cluster Committee in Singapore. Celui-ci est organisé bénévolement sous la présidence de Gilles Bonavita (GB-Performance) et de deux vice-présidents, Nicolas Sartini (APL) et Frédéric Vazzoler (Totsa). « Fort d’une soixantaine de membres français, le FMCCS est un lieu de réflexion, d'échanges, de networking, de lobbying et un outil de promotion de ces entreprises, avec une vue transverse, travaillant sous forme de club d'affaires en relation avec les comités plus sectoriels de la Chambre de Commerce Française à Singapour. Depuis plus de trois ans, le FMCCS a organisé de multiples visites de sites, des rendez-vous de business et de networking, des rencontres avec des responsables de projets et avec des institutions maritimes et portuaires singapouriennes ».

Des études conduites avec l’ESSEC

Afin de valoriser les actions du FMCCS, des études sont dirigées en partenariat avec des élèves en Master SMIB (Strategy & Management of International Business) du campus ESSEC Singapour. Une cartographie des industries maritimes françaises en Asie réalisée en 2014-2015 a été suivie en 2015-2016, d’une analyse de la stratégie singapourienne dans le maritime et ses évolutions. Un troisième volet 2016-2017 a permis de réfléchir sur les opportunités nouvelles qui vont naître dans les années futures (voir la vidéo de présentation ci-dessous et le rapport complet en fin d'article, rapport également téléchargeable sur le site du FMCCS).

 

 

Créer un centre opérationnel de données

Dans un monde où l’information est cruciale mais ses canaux de plus en plus nombreux, le Comité ambitionne de développer un centre opérationnel de données (COD) sur le secteur maritime à Singapour. Ce dernier pourrait d’ailleurs alimenter celui que le Cluster Maritime Français souhaite créer à Paris. « Ce système ne remplacera pas le networking traditionnel et le travail de terrain, mais une compilation des données grâce au big data et une remontée intelligente d’informations constituent un atout majeur pour savoir où se positionner et ce qui se passe. A l’heure de la transformation digitale qui touche nombre d’entreprises, il faut s’appuyer sur des technologies existantes pour la collecte et le traitement de data, ainsi que sur les outils et méthodes pour doter le secteur maritime d’une sorte de COD qui pourrait prendre la forme d’une start-up. L’objectif est d’opérer les multiples data – donc au-delà de la seule collecte – pour accélérer le développement des filières et donc des entreprises : suivi en temps réel du secteur maritime, modélisation d’écosystèmes, représentation de chaînes de valeur… Ces nouveaux outils et leurs usages s’inscrivent dans le périmètre de l’étude de cette année, en proposant certes, de nouveaux services « augmentés », mais surtout une transformation des méthodes du secteur maritime. L’objectif est de  travailler en mode agile, connecté et collaboratif, afin de développer le business des membres du FMCCS, et les nouveaux business model associés ».

Mieux déceler les opportunités

Un tel outil permettrait donc, via une connaissance plus fine des initiatives de tel ou tel opérateur ou organisme public, évolutions des différents marchés, programmes de R&D, modifications règlementaires et autres tendances, de mieux cerner les opportunités pour les acteurs français liés au maritime. Qu’ils soient déjà présents à Singapour ou, à la lumière de ces précieuses informations, y voient l’occasion de s’y implanter ou d’y « connecter » leur business. 

 

 

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