Marine Marchande
Sir David Attenborough, futur navire polaire britannique

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Sir David Attenborough, futur navire polaire britannique

Marine Marchande

Il aurait pu s’appeler Boaty McBoatface. Ou Usain Bolt, It’s bloody cold here (« il fait sacrément froid ici »), Notthetitanic ou Ice Ice Baby. Il sera finalement baptisé Sir David Attenborough, du nom d’un naturaliste britannique. Le nouveau navire scientifique et polaire du National Environmental Research Council a été au centre d’un débat si typiquement britannique que cela restera sans doute dans les annales du Royaume-Uni.

Annoncé en septembre 2014, comme faisant partie d’un grand programme scientifique pluriannuel, le nouveau navire fait l’objet d’un investissement public de 200 millions de livres sterling. Le NERC veut se doter d’un outil lui permettant de mener des campagnes dans des milieux hostiles et notamment les zones polaires. C’est le chantier Cammel Laird, près de Liverpool, qui est choisi pour construire le nouveau navire amiral de la flotte scientifique britannique.

Un contrat de 30 millions de livres pour Rolls-Royce

C’est aussi relativement logiquement qu’un groupe anglais, Rolls-Royce, a été récemment choisi pour en définir le design et l’équiper. Se basant sur son expérience de conception du nouveau navire océanographique norvégien, le Kronprins Haakon, actuellement en construction dans les chantiers Fincantieri de Muggiano, Rolls-Royce a proposé un design original UT 851 PRV. D’une longueur de 128 mètres, le futur navire aura une coque classée Polar Class 4. D’une très grande autonomie, il pourra couvrir une distance de 19.000 milles et transporter 90 personnes. Il pourra mettre en œuvre des équipements remorqués (jusqu’à 12.000 mètres de câble), notamment pour l’acoustique, et disposera d’un moonpool permettant des prélèvements jusqu’à 9000 mètres de profondeur. Le navire aura des capacités de transport de combustible et de conteneurs, ainsi qu’un hélideck permettant d’opérer deux hélicoptères. Une attention particulière a été portée à la réduction des bruits émis.

La propulsion est diesel-électrique, également en partie fournie par Rolls-Royce : quatre moteurs de la nouvelle gamme B33 :45 de Bergen (deux 9 cylindres, deux 6 cylindres), ainsi que deux hélices à pas variable de 4.5 mètres de diamètre. Cette configuration devrait permettre de faire avancer le navire dans une épaisseur de glace d'un mètre . Enfin, le Sir David Attenborough devrait disposer d’une passerelle « Unified Bridge » de Rolls-Royce et d’un système de positionnement dynamique DP2.

Un navire, dont la construction commencera à l’automne 2016 pour une entrée en service en 2019, et que le gouvernement affiche comme une fierté nationale : il va non seulement permettre aux scientifiques britanniques de perpétuer le prestigieux héritage des explorateurs polaires, mais va aussi revivifier le tissu industriel naval écossais en créeant des centaines d’emplois à Birkenhead, où la construction navale a repris en 2012 chez Cammel Laird avec les deux navires de Western Ferries.

Boaty McBoatFace or not?

Le NERC a donc voulu largement communiquer sur ce projet et a lancé, il y a quelques semaines, une campagne sur les réseaux sociaux incitant le grand public à proposer des noms et à voter pour leur proposition préférée, suggérant des noms de grands scientifiques ou d’explorateurs prestigieux ou « inspirants ». Evidemment, cela a immédiatement pris des proportions invraisemblables. Le site du NERC, qui recueillait les propositions, est tombé à plusieurs reprises, victime du trop grand nombre de votes. Et, notamment, pour 15.000 d’entre eux, en faveur de l’idée de James Hand, ancien présentateur de la BBC, qui suggérait Boaty McBoatFace, sans doute en hommage au futur berceau écossais du navire.

Le NERC, bien embarrassé, a annoncé, après quelques jours d’un insoutenable suspens, que le processus participatif dont il était pourtant à l'origine n’aboutirait finalement pas. Avançant notamment le fait qu’en raison des missions du navire, il pourrait se retrouver dans des situations délicates et potentiellement dangereuses. Et que les familles des membres d’équipage et scientifiques le vivraient encore plus difficilement si le nom du navire pouvait prêter à rire. James Hand, lui-même, a fait des excuses publiques pour sa campagne en faveur de Boaty McBoatFace.

Mais les Britanniques ont quand même beaucoup d’humour. Alors, le NERC a décidé qu'il fallait garder une trace de cette histoire. Il y aura bien un Boaty McBoatFace dans les futures expéditions britanniques. Ce sera le nom du ROV embarqué à bord du Sir David Attenborough.