Construction Navale
SLCE Watermakers : champion français de l’osmose inverse embarquée

Reportage

SLCE Watermakers : champion français de l’osmose inverse embarquée

Construction Navale

L’entreprise lorientaise est discrète mais pourtant, depuis 1989, SLCE a effectué un parcours sans faute dans le difficile environnement de la sous-traitance navale. Elle est aujourd’hui un des leaders mondiaux de l’osmose inverse pour les applications embarquées, une technique de production d’eau douce qui conquiert chaque année de plus en plus sa place à bord des navires et à terre.

« L’idée de base remonte au 18ème siècle quand l’abbé Nollet constate que la saumure filtrée par une panse de brebis devient de l’eau douce », explique Patrick Riot, un des deux  fondateurs et dirigeants de SLCE Watermakers avec Gilles Gury. Mettre en contact l'eau de mer sous forte pression avec la surface d'une membrane semi-perméable permet de produire un perméat d'eau douce et de rejeter une solution un peu salée à la mer: voilà schématisé le principe de l’osmose inverse. Une technique qui paraît simple, mais qui n’a pas été exploitée jusque dans les années 80. Y compris sur les navires où on lui a longtemps préféré le traditionnel bouilleur.

Gilles Gury et Patrick Riot y ont toujours cru. Alors quand au milieu des années 80, ils quittent le groupe SDMO, ils décident de poursuivre l’étude des prototypes sur lesquels ils avaient déjà travaillé. « Il y avait eu une expérimentation sur l’île d’Houat quelques temps auparavant avec des membranes fibres creuses dont les contraintes d'exploitation étaient compliquées. Dès 1985, de nouvelles membranes spirales en polysulfone étaient disponibles et beaucoup plus fiables et facile à mettre en œuvre. Nous voulions concevoir un système simple et robuste qui puisse être industrialisé ». La première machine, qui produit 100 litres/heure, est présentée au salon nautique de Paris. « Nous avons commencé par le créneau de la plaisance, qui correspondait à ce type de production. En un an, nous avons réussi à entrer sur tous les chantiers nautiques français ».

 

L'atelier de Caudan, près de Lorient (© SLCE WATERMAKERS)

L'atelier de Caudan, près de Lorient (© SLCE WATERMAKERS)

 

Les deux fondateurs de SLCE pensent rapidement à la pêche, où l’eau douce a une importance stratégique à bord, notamment pour alimenter la machine à glace. « La pêche n’est pas un marché évident à pénétrer, surtout avec un équipement qui innove et bouscule les traditions. Il faut prouver que son matériel est fiable, qu’il résiste à toutes épreuves et qu’il apporte une plus-value ». Un premier chantier, Piriou en l’occurrence, se lance et confie à SLCE l’installation d’un osmoseur pour compléter la cargaison de 20 tonnes d’eau douce embarquée sur un des chalutiers en construction. La machine est compacte, elle tient la route, « ça a été l’effet boule de neige. Les autres chantiers sont rapidement venus nous voir et nous avons équipé beaucoup de bateaux : les thoniers Saupiquet, le Joseph Roty 2, mais aussi des plus petites unités ». La pêche va même devenir, durant les années 90, le marché majeur de SLCE.

La robustesse éprouvée par la pêche, la connaissance acquise par les chantiers et la possibilité d’autonomie qu’offre la technologie de l’osmose inversée ne tarde pas à intéresser le marché militaire. « Nous avons commencé par des vedettes de la Douane et de la gendarmerie maritime en 1991,avec DCN Lorient et Guy Couach, puis par les patrouilleurs de service public construits par CMN ». Les contrats s’enchainent rapidement, les Jonquille et Jasmin chez Couach, puis le retrofit des P400, le TCD Siroco en sous-traitance avec Indret, le bâtiment hydrographique Beautemps-Beaupré sorti des chantiers de Saint-Nazaire en 1996, puis la frégate Jean de Vienne, les 3 BPC français, les FREMM, le Charles de Gaulle mais également les B2M et BSAH construits par Piriou, le programme Bayunah de CMN et des marchés à l’export les frégates Sawari 2, Delta et Gowind Egypte avec DCNS Lorient… « Nous avons installé plus de 150 osmoseurs produisant de 5 à 80 m3/jour sur les bâtiments de la marine nationale et presque autant sur des bâtiments de marine étrangères (Maroc, Inde, Arabie Saoudite, Nouvelle-Zélande, Singapour, Egypte, Belgique, Algérie, Pologne, Abu Dhabi, Koweit, Thailande, Mauritanie, Indonésie et Gabon  ».

 

Osmoseur destiné à la FREMM Aquitaine (© SLCE WATERMAKERS)

Osmoseur destiné à la FREMM Aquitaine (© SLCE WATERMAKERS)

 

Actuellement les bateaux gris représentent 20% des ventes de SLCE qui a bien diversifié son plan de charge. « Un quart de notre chiffre d'affaires est réalisé actuellement sur les paquebots, nous travaillons avec STX à Saint-Nazaire, avec notamment les MSC Divina et  Preziosa et , l’Europa 2 ou les futurs unités du programme Edge de RCCL et à l’étranger ». L’entreprise fournit ainsi les nouveaux bateaux d’Aida construits chez Mitsubishi au Japon, qui vont recevoir deux machines produisant 1350 m3/jour d'eau douce et 50m3/jour d'eau déminéralisée. « Nous sommes également présents sur le marché de l’oil&gas, où nous fournissons des plateformes et des navires dans le monde entier »

 

L'installation destinée au paquebot Aida Prima (© SLCE WATERMAKERS)

L'installation destinée au paquebot Aida Prima (© SLCE WATERMAKERS)

 

Depuis les années 2000, SLCE a également développé une gamme à récupération d'énergie, dédiée aux installations terrestres. « Cela a commencé avec des clubs de vacances et des sites hôteliers, qui se trouvaient dans des zones éloignées ou mal raccordées aux circuits d’eau potable. Nous avons aussi fourni des bases militaires. Et puis nous avons travaillé avec les îles qui ont souvent des problèmes d’approvisionnement ». Une expérimentation menée à l’île de Sein a permis de remplacer un bouilleur qui nécessitait une énergie de 75 kWh par m3 par un osmoseur-récupérateur qui n’en consomme que 3 kWh. « De 25 litres de gas-oil pour un m3 nous sommes passés à 1 litre ».

Pour rester en phase avec ces marchés, SLCE, qui emploie aujourd’hui 28 collaborateurs, continue à miser sur l’innovation et propose des modèles de plus en plus sobres en énergie, avec des turbos ou des récupérateurs qui permettent de réduire fortement la puissance nécessaire à la production d’eau douce. « Nous essayons toujours de progresser en utilisant des nouvelles membranes et de nouveaux matériaux plus résistants à l'eau de mer pour les composants et les circuits, en optimisant le fonctionnement mécanique et électrique… et surtout en assurant la formation de nos clients et des personnes qui seront en charge de l’entretien des osmoseurs ».

Avec une gamme allant d’une machine de 30 litres par heure à celles d’une capacité de 1500 tonnes par jour pour les navires et de 2000 tonnes/jours pour les stations terrestres, SLCE entend poursuivre sa progression sur un marché mondial. « Nous réalisons 75% de notre chiffre d’affaires à l’étranger, principalement en Asie, Pacifique et en Europe du Nord. Nous allons continuer dans ce sens et développer des produits correspondant aux besoins de l’ensemble de nos marchés ». 

Divers marine marchande