Marine Marchande
SNCM : Bras de fer autour du Corse, toujours immobilisé à Marseille

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SNCM : Bras de fer autour du Corse, toujours immobilisé à Marseille

Marine Marchande

L'ambiance est électrique sur le port de Marseille autour du ferry Corse, de la SNCM. Ce dernier, qui devait rallier le port de Toulon pour démarrer la nouvelle liaison vers la Corse le 27 janvier, est toujours immobilisé avec une quarantaine de personnes à bord. Au coeur des revendications de la CGT des marins de Marseille se trouve l'ouverture de la nouvelle ligne toulonnaise, qui se trouve hors délégation de service public (celle-ci ne concerne que le port de Marseille). Dans un communiqué, le syndicat estime que cette réouverture, « hors DSP et avec le régime d'aides sociales (ndlr : une subvention sur les billets pour les résidents corses, payée par l'office des transports de Corse) est criminelle alors que la remise à plat de la DSP a été annoncée par les élus corses ». Autre sujet d'inquiétude, la remise en cause des accords d'entreprise de la SNCM annoncé au dernier comité d'entreprise de l'armement.
Dans les colonnes du quotidien La Provence, Marc Dufour, patron de la SNCM, laisse éclater sa colère. « Il y en a assez. J'ai dénoncé les 324 accords plus les usages parce que c'est devenu ingérable. Je veux de la productivité. Si je vais à Toulon, c'est pour répondre à la demande des clients et montrer à la Corse que nous voulons être offensifs. Et il le faut, compte-tenu de l'état du marché vers le Maghreb, je veux faire vivre cette compagnie. Un point c'est tout ».

L'inquiétude sur la future délégation de service public

En toile de fond de ce bras de fer, la future attribution de la délégation de service public pour la desserte de la Corse. Actuellement exploitée conjointement par les navires de la SNCM et de La Méridionale, elle a été remise en cause par un arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille en novembre dernier. L'arrêt a prononcé la fin du contrat actuel en septembre 2012, soit un an plus tôt que l'échéance initiale. Ce qui implique un nouvel appel d'offres, dont le cahier des charges est actuellement en cours d'élaboration sur l'île de Beauté. Les 20 et 21 février, la collectivité territoriale de Corse devrait donner les premiers éléments sur le calendrier et les modalités de cette prochaine attribution. Ce qui n'est pas sans provoquer des remous chez les armateurs exploitant les lignes, qui devront sans doute s'aligner sur des conditions financières plus difficiles, compte-tenu de l'état des finances publiques. Et qui, du coup, essaient d'aligner les meilleurs arguments de rentabilité en prévision du futur appel d'offres.
Les syndicats, qui craignent la concurrence de Corsica Ferries sur ce marché, ont tenté de faire passer, via le groupe communiste, un amendement prévoyant l'obligation du pavillon français sur le marché. Mais le texte a été refusé. Et, depuis, la tension monte et le conflit s'est cristallisé autour du Corse.

Un huissier devant le Corse


Dans la matinée d'hier, Marc Dufour s'est présenté avec un huissier et un jugement en référé du tribunal de Marseille ordonnant le déblocage du navire, ainsi qu'une possibilité de recours à la force publique et une astreinte de 150 euros par heure.
La direction de la SNCM conteste le statut de gréviste des personnes à bord du navire. Le premier préavis de grève, déposé pour le mouvement du 23 janvier, avait été jugé illégal par le tribunal de Marseille. Un second, déposé pour les jours du 26 au 28 janvier, a, en revanche, été accepté. Mais, depuis dimanche, c'est la plus grande confusion. D'un côté, le syndicat CGT des marins de Marseille dit avoir déposé une liste de marins grévistes, conforme au préavis. De l'autre, la direction de la SNCM, qui assure qu'aucun marin n'est déclaré gréviste depuis dimanche soir. Dans un communiqué, elle précise que « la grève est donc de fait terminée. Malgré cela, une poignée de personnes, dont quelques permanents CGT Marins accompagnés, par moment, de personnes cagoulées, fait obstacle depuis, par la force, à l'appareillage du navire. Cette situation d'atteinte aux droits des travailleurs et d'entrave, le Tribunal de Grande Instance de Marseille l'a une fois de plus jugée illicite. Une nouvelle ordonnance a été rendue (hier) matin et signifiée par huissier afin de prendre toutes les mesures nécessaires à la libre circulation du navire. Pour la deuxième fois, il y a eu refus de se conformer à la décision de justice. Les forces publiques ont été requises dans le cadre de l'application de la décision de justice afin de protéger les personnes, de sécuriser l'outil de travail et de faire respecter la Loi. La compagnie est résolue à utiliser toutes les voies légales pour faire cesser cette situation afin de permettre au Corse d'appareiller et aux personnels à bord d'effectuer leur mission en toute sécurité ». De son côté, la CGT maintient ses positions et réclame « le retrait des sanctions et procédures en cours à l'encontre des marins du Corse et des représentants syndicaux CGT qui portent gravement atteinte au droit de grève". Le syndicat exige aussi "la suspension de la ligne Toulon-Corse dans l'attente de la prochaine session de la Collectivité Territoriale de Corse sur les transports de continuité territoriale et des choix qui en découleront" et veut "connaître la position des présidents de la Collectivité Territoriale de Corse sur la réouverture de cette ligne en regard de ses possibles impacts sociaux et économiques et avant l'élaboration d'un nouveau dispositif de desserte maritime par la Collectivité Territoriale de Corse". Enfin, la CGT souhaite "la tenue en urgence du Conseil de Surveillance la SNCM, avant la réouverture de cette ligne, réclamé depuis le 20 octobre 2011 par nos élus et conformément aux exigences des représentants de l'Etat actionnaire".

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