Marine Marchande
SNCM : Le gouvernement ne bougera plus ?

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SNCM : Le gouvernement ne bougera plus ?

Marine Marchande

Dominique de Villepin et Thierry Breton ont fait preuve de fermeté, hier soir, dans le conflit de la Société Nationale Corse Méditerranée. Le premier ministre a appelé les syndicats à accepter les dernières propositions du gouvernement. Celles-ci, présentées mercredi à Marseille, consistent en une participation de l’Etat de 25% et une part réservée aux salariés de 9%. Le reste du capital de la compagnie serait partagé entre le fond d’investissement Butler Capital Partners (38%) et Connex, la filiale transport de Veolia (28%). « Il n’y a plus d’autres solutions (…) Nous sommes à l’heure des responsabilités. Nous avons sur la table une bonne offre, l’Etat et les salariés ont une minorité de blocage et il n’y aura pas de licenciements secs », a souligné Dominque de Villepin sur France 2. Peu de temps avant, le ministre des finances avait enfoncé le clou sur RTL, « Si on ne veut pas travailler, on ne veut pas travailler. Mais c’est comme ça qu’une entreprise va à la faillite », a lancé Thierry Breton avant de conclure : « maintenant c’est fini. Le tour de table sera mis en œuvre, il faut que tout le monde en soit conscient ». La France est en effet tenue par ses engagements européens et ne peut pas renflouer indéfiniment la compagnie dans laquelle l'Etat a déjà injecté 70 millions d'euros en deux ans. L'ambiance avec Bruxelles n'est qui plus est pas au beau fixe avec les joutes verbales que se livrent Jacques Chirac et José Manuel Barroso, le président de la Commission.

17 ème jour de grève


Pendant ce temps, à Marseille et en Corse, les syndicats, au premier rang desquels la CGT, ont reconduit la grève pour le 17ème jour consécutif. Les patrons d'entreprises de la zone portuaire de Marseille parlent de désastre économique. Alors que 79 navires étaient bloqués hier à quai ou sur rade, des cargaisons entières de denrées périssables étaient jetées, faute d'avoir pu quitter la zone de déchargement. Les entreprises locales affirment par ailleurs que de nombreux clients sont partis à l'étranger. Conséquence du blocus du port, des centaines de dossiers de chômage technique doivent être déposés aujourd'hui. Pour convaincre les grévistes de cesser leur mouvement, Bercy agite plus que jamais le spectre du dépôt de bilan et martèle que les négociations sont terminées. La seule vraie question est de savoir si la SNCM peut couler. Les syndicats semblent ne pas y croire une minute, se retranchant derrière le fait que la compagnie est une entreprise publique. Au ministère de l’économie, on explique que c’est vrai, mais que la SNCM est aussi une société commerciale et qu’à ce titre, rien n’empêche le dépôt de bilan. Un conseil d’administration est convoqué lundi. Les pertes sont très importantes et faute perspectives, les banques menacent de ne plus signer les chèques. Thierry Breton a rappelé que cette crise durait depuis trop longtemps : « Un dépôt de bilan ne se déclenche pas comme ça. C’est un processus et je rappelle qu’il ne sera pas engagé lundi puisqu'il est déjà engagé depuis le mois d'août ».

Le STC veut sa compagnie régionale

De son côté, le syndicat des travailleurs corses et relâché en partie le blocus de l’île, menacée d’asphyxie économique. « Nous ne nous trompons pas d'adversaire, nous l'avons clairement identifié, c'est l'Etat français dans sa logique de privatisation, pas le peuple Corse », a déclaré Alain Mosconi. Le secrétaire du STC plaide pour la création d’une compagnie régionale publique avec « une entrée majoritaire dans le capital de la collectivité territoriale ». La réponse est arrivée indirectement en fin d’après midi, via l’entourage du président de l’Assemblée de Corse : « La collectivité, vu l'état de ses finances, n'est pas en mesure de s'engager dans un tel processus. La privatisation, dans le cadre du plan actuellement proposé, est inévitable ».
La SNCM arme 10 navires et emploie 2400 personnes, dont 800 en Corse.

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