Marine Marchande
SNCM : Le trafic reprend après une promesse de sursis de quatre mois

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SNCM : Le trafic reprend après une promesse de sursis de quatre mois

Marine Marchande

Après 17 jours de grève, la flotte de la SNCM a repris la mer dans la soirée d’hier. 17 jours d’un mouvement particulièrement dur, qui a vu le blocage à Marseille du Kalliste de la Meridionale, mais aussi l’exaspération violemment exprimée par les socio-professionnels corses. Impératif pour, notamment, sauver la saison estivale de l'île, où le secteur clé du tourisme commençait à vaciller, le déblocage est intervenu après une réunion des actionnaires le mercredi 9 juillet. De cette réunion, il n’y a, en fait, qu’une seule chose à retenir : la SNCM ne déposera pas le bilan dans les quatre mois à venir.

 

Un « moratoire », qui n’a pas de réelle qualification légale,  mais qui repousse l’échéance des décisions sur l’avenir de la compagnie à fin octobre, après la saison touristique, a été adopté. Pour le reste, ce fameux moratoire n’annonce aucune solution pérenne et ne répond en rien à la question de l’épée de Damoclès des 440 millions d’aides jugées indûment perçues par la SNCM et dont Bruxelles réclame le remboursement. Les syndicats voient cependant repoussée la perspective d’un dépôt de bilan, qui serait suivi soit d’un redressement judiciaire - solution plébiscitée par l’actionnaire principal Transdev -, soit d’une liquidation judiciaire.

 

 

Les possibilités de procédures collectives

 

 

Pour mémoire, le redressement judiciaire est une procédure collective, ordonnée par le tribunal de commerce, qui intervient dans une entreprise en cessation de paiement : l’administrateur judiciaire, nommé par le tribunal, veille à l’exécution du plan de redressement validé par le tribunal et autorise les dépenses. Les dettes sont suspendues durant la période de redressement. Cette procédure de sauvegarde vise, en général, à maintenir l’emploi tout en aménageant un apurement des comptes pour préparer une reprise.  Dans le cas de la SNCM, on pourrait imaginer que le redressement, dont la durée est limitée dans le temps, permettrait notamment d’organiser les modalités de remboursement ou d’aménagement de paiement des dettes « européennes ». Ces dernières ne pourraient être effacées qu’en cas de liquidation.

 

 

Les ferries de la SNCM à Marseille durant la grève (© MER ET MARINE)

Les ferries de la SNCM à Marseille durant la grève (© MER ET MARINE)

 

 

Manuel Valls hausse le ton

 

 

Pour comprendre le contexte de cette sortie de crise après 17 jours de grève, il faut aussi souligner qu’il y a eu un changement au niveau politique. Après les hésitations du secrétaire d’Etat aux Transports Frédéric Cuvillier, qui a opéré, en quelques semaines, une impressionnante volte-face sur la question de la SNCM, le premier ministre Manuel Valls, lui, a choisi de hausser le ton. « Il faut un redressement judiciaire parce que cette entreprise est en train de couler », a t-il déclaré en début de semaine. Avant de rajouter que « le blocage des navires et la violence sur les ports étaient inacceptables ». Ce qui pouvait laisser présager d’un éventuel recours à la force publique en cas de poursuite du mouvement.

 

Olivier Diehl, fraîchement nommé à la tête de la SNCM et homme-lige de Transdev, s'est dit, à la suite de l’annonce de la reprise du trafic, convaincu « qu’il existe un avenir pour les activités de la SNCM à condition de porter un regard lucide sur sa situation et de prendre des décisions courageuses. Nous allons maintenant nous mettre au travail pour proposer un projet d’avenir réaliste qui assure un équilibre économique structurellement durable ». Simple tournure de phrase ou mots employés à dessein, on remarque que le patron de l'armement parle d'«  avenir pour les activités de la SNCM » et non, tout simplement, d'« avenir pour la SNCM ». Erreur dans les « éléments de langage » si chers aux communicants ou subtilité lourde de sens? L'avenir le dira. 

 

 
Corsica Linea (ex-SNCM)